Des morceaux de carton devenus politiques

En arrière-plan des peintures d’Ahmed Muhanna apparaissent des inscriptions telles que « Food Parcel Box » ou encore « Not for Sale or Exchange », ainsi que le logo du Programme alimentaire mondial des Nations Unies. L’artiste palestinien a choisi de détourner des cartons d’aide alimentaire pour en faire à la fois la matière première et le symbole central de son œuvre. À travers eux, il raconte le quotidien des habitant·es de Gaza et la réalité de la guerre.

par Laurianne Systermans

Vous l’avez peut-être aperçu sur la place de la Monnaie, à Bruxelles, à l’automne dernier. Curieux·se, vous avez peut-être franchi le seuil de l’exposition Gaza, récits d’espoir et de résilience. Depuis septembre 2025, un container à la devanture aux yeux perçants sillonne les routes de l’Union européenne. À l’intérieur, une soixantaine de peintures d’Ahmed Muhanna, artiste originaire de Gaza vivant toujours dans l’enclave, sont exposées dans une tournée itinérante. L’objectif est de témoigner des ravages subis par la population gazaouie.

Confronté aux pénuries et préoccupé par la sécurité de ses proches, Ahmed Muhanna a interrompu sa pratique artistique pendant plusieurs mois. Le besoin de raconter ce que vivent les habitants de Gaza l’a néanmoins poussé à reprendre le dessin et la peinture, en utilisant les matériaux qu’il pouvait récupérer, notamment des cartons initialement destinés à l’aide alimentaire.

Ce détournement est central dans son travail : ces emballages, symboles de l’aide humanitaire indispensable à la survie de la population, deviennent des supports de mémoire et de témoignage. Ils portent la trace de la catastrophe humanitaire qui frappe Gaza, où une partie importante de la population est confrontée à la famine, à l’extrême pauvreté et à la mort.

Auparavant, l’artiste s’était spécialisé dans l’art-thérapie auprès des enfants, les aidant à surmonter leurs traumatismes grâce à la création artistique. Cette sensibilité transparaît dans ses œuvres, qui représentent des scènes marquantes : un enfant amputé jouant du violon, une petite fille portant des bidons d’eau, ou encore des figures marquées par la détresse.

Ahmed Muhanna représente souvent des enfants, comme ce jeune garçon au visage déformé par la rage évoquant Le Cri de Munch. Sa bouche ouverte semble laisser échapper un hurlement silencieux.

Les couleurs sont vives, le trait précis et réaliste, et l’émotion affleure dans chaque œuvre.

Ahmed Muhanna représente souvent des enfants, comme ce jeune garçon au visage déformé par la rage évoquant Le Cri de Munch. Sa bouche ouverte semble laisser échapper un hurlement silencieux. Plus loin, une femme paraît porter le poids du monde sur les épaules. Ailleurs, des personnes tendent des bassines et des casseroles en ferraille dans l’espoir d’obtenir de quoi survivre.

Les regards occupent une place centrale dans ses créations : yeux clos ou grands ouverts, ils interpellent le visiteur. Des mots apparaissent parfois sur les œuvres, en arabe comme en anglais : « I see you, do you see me? ».

Les visages dominent : ceux de femmes, d’hommes et d’enfants confrontés à l’horreur de la guerre et à ses conséquences.

Comme l’écrit RFI, « des boîtes en carton destinées à être détruites deviennent ainsi à la fois son support et son message : celui de la résilience du peuple palestinien ».

L’exposition s’est terminée le 28 juin à Rome, après avoir parcouru 16 villes dans huit pays européens. Plus de 30 000 personnes l’auraient visitée, contribuant à ouvrir un espace de dialogue autour de la Palestine.

Une partie des œuvres d’Ahmed Muhanna a été vendue, lui permettant de subvenir aux besoins de sa famille, avec l’espoir de pouvoir un jour quitter Gaza pour s’installer en Europe.

Toutes les informations pratiques étaient disponibles sur le site de l’exposition, cofinancée par l’Union européenne et le Programme alimentaire mondial. https://cdn.wfp.org/2025/eu-gaza/

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