Conseils de lecture – bulletin n°108

Cent ans de guerre contre la Palestine

par Rashid Khalidi, Actes Sud, 429 pages

Voici enfin traduit en français l’ouvrage majeur de l’historien palestinien Rashid Khalidi, paru en 2020. Issu d’une grande famille palestinienne, l’auteur s’appuie sur l’abondante bibliothèque d’archives de son père et fut lui-même témoin et acteur d’événements majeurs.

Khalidi identifie, sur un siècle, six moments clés qu’il interprète comme des formes successives de guerre contre le peuple palestinien :

– La Déclaration Balfour, où le Royaume-Uni, puissance dominante de l’époque, devient un soutien décisif du projet colonial sioniste, rôle ensuite repris par les États-Unis.
– La Nakba de 1947-1948, correspondant à la création violente de l’État d’Israël et à la prise de contrôle de 78 % de la Palestine historique.
– La guerre de 1967, qui permet à Israël de contrôler l’ensemble du territoire convoité.
– L’invasion du Liban en 1982, entraînant l’exil de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dispersée ensuite dans plusieurs pays.
– La première Intifada, qui marque une forte mobilisation populaire palestinienne, mais débouche selon l’auteur sur les accords d’Oslo, jugés désastreux pour la situation palestinienne.
– La période 2000-2015, marquée par la répression de la seconde Intifada et le durcissement de l’étouffement de Gaza.

Loin d’une approche victimaire, Khalidi critique également les dirigeants palestiniens, notamment leur gestion de l’opinion publique internationale et certains choix stratégiques. Il plaide pour une unité politique palestinienne, condition qu’il juge indispensable à la construction d’une société fondée sur l’égalité des droits.


Palestine, un féminisme de libération

par Nada Elia, Éditions du remue-ménage, 124 pages

Cet ouvrage de référence du féminisme palestinien met en lumière la manière dont le discours dominant sur la Palestine est façonné, notamment aux États-Unis où il demeure largement influencé par des récits sionistes.

L’autrice souligne que, selon certaines enquêtes, une majorité d’étudiant·es américains de première année auraient une perception inversée de la situation, croyant que les Palestiniens occupent Israël. Cette méconnaissance serait le reflet d’une hégémonie idéologique et de la diffusion de la « hasbara », présentée comme un système de communication visant à légitimer le récit israélien.

Dans ce contexte, la résistance palestinienne est souvent interprétée comme du terrorisme, tandis qu’elle est revendiquée comme une lutte de libération.

Le féminisme palestinien défendu par l’autrice ne se limite pas à une revendication d’égalité formelle entre hommes et femmes. Il s’agit d’un projet de transformation sociale globale, dans un contexte où la guerre contribue également à renforcer certaines formes de patriarcat.

L’ouvrage critique aussi le féminisme dit impérialiste, incarné notamment par des figures politiques occidentales, et défend l’idée d’un féminisme visant à transformer les structures mêmes de la société, plutôt qu’à en obtenir une simple intégration.


Le sionisme, une invention européenne

Genèse d’une idéologie
par Sonia Dayan-Herzbrun, éditions Lux, 120 pages

Cet essai analyse le sionisme comme un produit de la modernité européenne, inscrit dans les dynamiques coloniales et impériales plutôt que dans la tradition rabbinique.

Le sionisme y est présenté comme un instrument ayant servi au démantèlement de l’Empire ottoman, s’inscrivant dans des logiques géopolitiques européennes. Il aurait été pensé comme un moyen de sécurisation stratégique et de projection impériale, notamment britannique.

L’auteure souligne que ce projet a été porté par des acteurs européens souvent hostiles aux Juifs eux-mêmes, et cite des discours les présentant comme indésirables, tout en soutenant leur départ vers la Palestine.

Dans cette perspective, le sionisme est décrit comme un allié des stratégies euro-américaines ayant conduit à la situation actuelle du conflit.

L’ouvrage conclut en évoquant la nécessité d’une sortie du colonialisme et d’une reconnaissance de l’autodétermination des deux peuples, sans domination de l’un sur l’autre, dans la continuité des analyses d’Edward Said.


Gaza, un génocide colonial

collectif, Éditions Couleur livres, 159 pages

Cet ouvrage collectif, réunissant plusieurs auteurs et autrices, décrit la situation à Gaza et met en lumière le contraste entre les mobilisations massives de la société civile internationale et la position des élites occidentales, jugées largement complices, à quelques exceptions près.

Il est fait état de dizaines de milliers de rassemblements pro-palestiniens dans plus d’une centaine de pays, ainsi que d’une répression accrue des expressions de soutien à la Palestine dans de nombreux États occidentaux.

Le livre affirme que la destruction de Gaza constitue non seulement une tragédie humanitaire majeure, mais aussi une remise en cause des discours universalistes occidentaux.

La bande de Gaza y est décrite comme étant passée du statut de « prison à ciel ouvert » à celui de « cimetière à ciel ouvert », soulignant l’ampleur des destructions.

Les contributions, issues de divers horizons, notamment belges, mêlent analyses politiques, témoignages et perspectives historiques. Certaines reviennent également sur les fractures politiques internes en Belgique au moment de la création d’Israël, comparées aux dynamiques contemporaines.

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