Rabie Hussein, 29 ANS, écrivain et poète à Gaza

Il y a un an, je découvrais Rabie Hussein via l’artiste anglaise Greentea Peng. Elle partageait sur son Instagram des textes de Rabie, le soutenant comme une sœur. Je me plonge dans ces textes et je me trouve bouleversé, renversé.

Je contacte Rabie et nous commençons une correspondance qui est toujours vivante aujourd’hui. Rabie fait partie des jeunes auteurs et autrices qui prennent le contrôle des nouveaux médias dès l’acte d’écriture. Ses textes ne comportent pas de titres, et la date est l’instant de la publication. Ils impriment un organisme fort, libre, cru. Les mots sont inspirés ; il y a une musicalité punk et frontale greffée sur un humanisme profond.

Rabie aime profondément sa terre, ses proches, sa culture et son histoire. Comme des milliers de Gazaoui·e·s qui sont remonté·e·s après le prétendu cessez-le-feu vers leur maison mais n’ont trouvé que des ruines, il vit désormais sous une tente.

Nous organisons une soirée levée de fonds au CHAFF à Bruxelles, place du Jeu de Balle, le 21 mars 2026, pour aider Rabie dans la reconstruction de sa maison.

Par Rodolphe Coster

Les plus vertueux d’entre nous ne craignent pas tant la destruction de ce qui reste de la ville que l’amertume du déracinement, l’arrachement à leur patrie, le spectre de l’exil, ou le fait d’être reconnus coupables d’avoir abandonné ceux qui, fusil à la main, ont combattu l’ennemi sur tous les champs de bataille.

Je m’étonne de ceux qui se donnent la mort, s’arrachent à leurs racines et hâtent leur propre déclin, sachant pertinemment que leur mort dans leur village, leur ville ou leur quartier ne sera pas plus lente que leur mort dans une terre qui ne les connaît pas et qu’ils ne connaissent pas.

Mourir dans leur village, qui les a accueillis toute leur vie, serait la plus juste des morts, l’ascension la plus proche du bonheur. Et la plus belle mort pour un homme, s’il doit mourir un jour, est de mourir patient et fidèle sur sa terre, enlaçant son sol.

Mon ami, si un jour tu me vois boire le sang des gens dans des coupes faites à partir de leurs crânes, ne me blâme pas. Ne me demande pas de ne pas être un vampire. Oui, je suis devenu monstrueux, et je n’en ai pas honte.

Pourtant, je ne mange pas les enfants, ni les pauvres et les faibles, même s’ils ont écrasé les fils de mon peuple, leurs femmes et leurs pauvres. Je suis devenu une bête qui dévore d’autres bêtes, et non une âme douce qui pardonne les effusions de sang, à la recherche d’idéaux imaginaires dépourvus de réalité et de cruauté, tout en étant massacrée à chaque heure sur l’autel du pouvoir brutal, comme un agneau réprimandant ses compagnons pour avoir résisté au loup et être devenus eux-mêmes des loups.

Avez-vous déjà entendu parler du calme avant la tempête ? Ici, à Gaza, nous vivons quelque chose de similaire, mais je l’appellerais plutôt « le calme avant la catastrophe ». Au milieu de l’enfer de la guerre, pendant ces rares moments, un calme inhabituel règne, comme si la vie elle-même s’était détachée de tout ce qui l’entoure. Le bruit des avions dans le ciel s’estompe, et dans ces instants, nous trouvons une rare occasion de respirer, de reprendre notre souffle face au poids de la dure réalité, même si ce n’est que pour quelques secondes.

Mais cette paix temporaire ne dure pas longtemps. Soudain, un bruit formidable résonne au loin… le bruit d’une roquette lancée vers sa cible, un bruit que vous souhaiteriez ne jamais entendre. Plus le son est court, plus la cible est proche et plus votre cœur bat vite. Instinctivement, votre main se tend vers le téléphone, vos émotions vous poussant à prendre des nouvelles de votre famille dispersée ici et là.

Votre sœur vous appelle avant que vous n’ayez le temps de composer son numéro et, sans même vous saluer, elle vous rassure : « Nous allons bien, le bombardement ne nous a pas touchés. » À ce moment-là, votre cœur se calme un peu et vous reprenez le souffle que vous reteniez inconsciemment.

Cette scène, aussi terrifiante soit-elle, est devenue une partie intégrante de la vie des familles ici à Gaza pendant les jours de guerre. Nous en sommes venus à considérer le calme non pas comme un moment de sécurité, mais comme un moment de peur… la peur de ce qui va suivre. Ce calme n’est rien d’autre que le début d’un nouveau cycle de souffrance, que nous anticipons avec le cœur battant et les yeux sans sommeil.

https://www.instagram.com/_rabiehussein

Crédit photo : Image extraite d’une vidéo filmée par Rabie de sa cousine tuée dans un bombardement durant le génocide.

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