The Ramallah Club Network

 

Deux artistes palestiniennes, Samah Hijawi & Reem Shilleh, au Kunstenfestivaldesarts

Exil, exode, expulsions, migrations et leurs corollaires que sont la séparation, l’éloignement, la déstructuration… sont la réalité de bien des peuples. C’est de longue date, et essentiellement depuis 1948, la réalité des Palestiniens. La diaspora palestinienne compte aujourd’hui cinq à six millions de personnes; elle se compose d’une diaspora intérieure et d’une diaspora extérieure ; elle est présente dans les pays voisins de la Palestine, en Europe, en Amérique latine et aux Etats-Unis. (cfr Dossier “Richesse et diversité de la diaspora palestinienne” dans Palestine, bulletin de l’ABP, n°77, 3e trim. 2018).

A l’inverse, c’est à cause du confinement consécutif à la pandémie de coronavirus que l’éloignement et la séparation ont soudain habité nos vies – ici.

Pour “re-créer” du lien social, des modes de communication et d’échanges virtuels, nouveaux ou différents, se sont développés. Skype, WhatsApp, Messenger, Zoom, etc.  accompagnent les  besoins divers de gommer les distances imposées.

Dans une situation d'”urgence culturelle”, le Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles, annulé au mois de mai, s’est réorganisé avec une programmation automnale qui rencontre ces préoccupations actuelles tant politiques que sociétales. (www.kfda.be)

Pour le volet programmatique du mois d’octobre, “The Diasporic Schools”, le KFDA a commandé six nouveaux projets artistiques axés sur les nouvelles formes de circulation des connaissances dans des contextes diasporiques, et la transmission comme outil politique et vecteur d’autonomisation.

Pour chaque projet, un groupe de participants est sélectionné parmi des candidatures issues du monde entier et fonctionne comme une classe. Des rencontres en ligne sont également accessibles à tous les publics.

Figure 1Logo du Ramallah Club Network de San Francisco

“The Ramallah Club Network” est un des six projets. Samah Hijawi & Reem Shilleh, artistes palestiniennes résidant à Bruxelles, proposent un vidéo-club en ligne pour partager des films de moments familiaux de la diaspora palestinienne . Elles prennent les “Ramallah Clubs” de la diaspora palestinienne aux États-Unis comme point de départ de leur réflexion.

Aux Etats-Unis, en effet, un groupe de personnes originaires de Ramallah a créé dans tout le pays un réseau de “Ramallah Clubs”, grâce auquel leur “palestinité” se perpétue de différentes manières. Ce réseau “propose des programmes sociaux, caritatifs, humanitaires et culturels.”  “Il vise également à inculquer et à favoriser chez nos jeunes la richesse de notre culture et de notre patrimoine afin qu’ils puissent le préserver et le partager à l’avenir et les aider à devenir des contributeurs efficaces et importants de la société.”

Les migrations et les déplacements de masse d’individus incitent souvent les communautés exilées à créer des espaces pour se reconnecter entre elles dans leur nouvelle patrie. Les centres communautaires, les festivals et les événements célébrant des occasions spéciales permettent de maintenir en vie la tradition et la langue, et de préserver les liens entre les membres des communautés. Mais au-delà du partage de la nourriture, de la danse et de la conversation, de quels éléments intangibles ces rassemblements transmettent-ils ? Comment ont-ils contribué  à des formes directes ou indirectes de résistance ?

Dans une série de conversations diffusées sur le site web de Radio Al Hara, Samah Hijawi et Reem Shilleh aborderont ces questions avec des artistes et des personnes actives dans des centres communautaires palestiniens à travers le monde.

Samah Hijawi (1976) est artiste et chercheuse. Elle prépare actuellement un  doctorat en pratique artistique à l’ULB et à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Dans ses créations multimédias, elle explore l’esthétique de la représentation dans les œuvres d’art qui évoquent l’histoire de Palestine.

A Amman, elle a participé à la création de Makan Art Space (2003-2015), un espace indépendant d’art contemporain, et, entre 2012 et 2017, elle a été co-commissaire de la plateforme artistique The River has Two Banks, dont la programmation interrogeait la distance croissante entre la Jordanie et la Palestine.

Son travail a été exposé récemment à Londres, à Bozar à Bruxelles, à Gand et à la Fondation Qattan à Ramallah.

En décembre 2019, elle a  présenté aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique une conférence-performance “Godefroid de Bouillon : Le fils bâtard d’Antar Bin-Shaddad”.

En voici la description : “Une histoire qui saute à travers le temps et les géographies amène l’artiste en Palestine, en compagnie de sa grand-mère ainsi que de deux personnalités européennes notoires : le peintre Pieter Bruegel et Godefroid de Bouillon, premier roi de Jérusalem et fils illégitime du célèbre poète arabe Antar Bin-Shaddad. Les personnalités et les images sont retirées de leurs contextes et replacées, avec humour, dans un cadre historique colonialiste. Utilisant différentes formes de collage, tant dans la narration que dans les images, Hijawi nous invite subtilement à observer avec elle à quel point le colonialisme imprègne les œuvres d’art du canon européen.”

Cette création fait partie d’une œuvre plus vaste intitulée « Chicken Scribbles and the Dove that Looks like a Frog » qui explore l’esthétique de la représentation dans les œuvres d’art évoquant l’histoire politique de la Palestine à travers divers médias.

La dramaturgie de cette performance est due à Reem Shilleh.

Reem Shilleh (1980) est chercheuse, curatrice et écrivaine. Elle vit et travaille à Bruxelles et Ramallah. Son travail se déploie dans le champ de l’image en mouvement, en se focalisant souvent sur le film.  Ses sujets de recherche l’ont conduite à des projets qui explorent le récit palestinien et sa formation historique.

Reem Shilleh a co-fondé “Subversive Film”, un collectif de recherche et de production cinématographiques qui vise à jeter un nouvel éclairage sur des œuvres historiques liées à la Palestine et à la région; à susciter un soutien pour la préservation des films, et à étudier les pratiques et les effets de l’archivage. Parmi les projets figurent la réédition numérique de films jusque-là négligés, le commissariat de cycles de projection de films rares et le sous-titrage de films redécouverts. Fondé en 2011, “Subversive Film” se partage entre Ramallah et Bruxelles.

Ces dernières années, Reem Shilleh a réalisé “Perpetual Recurrences” (2016, 60′, commandé par AM Qattan Foundation pour  Qalandiya International, Ramallah), un collage de films sur le thème de la répétition dans les films de cinéastes militants de la période révolutionnaire palestinienne 1968-1982 et dans des films plus contemporains.

Elle a également assuré le co-commissariat de “Desires into Fossiles. Monuments without a State”, une série d’expositions de recherches qui abordent les tensions provoquées par les monuments en Palestine et à propos de celle-ci (Centre culturel Khalil Sakakini, Ramallah, 2017).

Catherine Fache

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