Le Dk, à Saint-Gilles, vient d’accueillir l’exposition « Palestine : création en résistance ». Le lieu, qui se veut « un espace de solidarités et d’utopies concrètes », a, entre autres, reçu l’artiste gazaoui Ismail Matar. Rencontre avec celui qui a peint sa première œuvre sur les murs de Khan Younès, alors qu’il n’avait que 8 ans.
Par Laurianne Systermans
Ismail a la nostalgie collée au cœur. Plusieurs fois lors de l’interview, il répète que Gaza lui manque, que les gens lui manquent et qu’il aspire à une Palestine libre. Sa patrie, sa maison. Né en 1998, il a grandi dans l’un des camps de réfugiés qui composent Khan Younès, ville intégralement détruite lors du génocide commis par Israël dans la bande de Gaza à partir d’octobre 2023. Il a quitté sa terre natale en juin 2022, sur invitation d’un théâtre en Suède. Mais sa situation là-bas n’est ni stable ni certaine et il décide alors, à l’été 2023, de rejoindre Bruxelles. Depuis quasi deux ans maintenant, Ismail Matar expose son travail artistique dans notre capitale. Lui qui s’exprime principalement par la calligraphie, la peinture et des fresques murales, il nous invite à plonger dans ses créations.
Lorsqu’on observe ses tableaux ornés de lettres arabes calligraphiées, c’est un monde qui s’ouvre à nous. Son trait fluide et plein nous donne l’impression d’atterrir dans un coussin d’écriture manuscrite veloutée. Ses lettres se révèlent à nous comme en trois dimensions, telles des étoffes, des bouts de tissu qu’il aurait noués, entremêlés. Il y ajoute souvent une couleur vive et choisit de peindre principalement « l’espoir, le rêve et la liberté ». Mais derrière ces concepts qu’on pourrait penser « légers », Ismail Matar dénonce l’oppression et la colonisation. « J’aime dessiner les textures, les ombres et tout ce qu’elles renferment. Il en va de ma responsabilité d’envoyer des messages politiques forts. Avec l’art, il n’y a pas besoin de traduction. Une œuvre renvoie à des sensations, des émotions. Le message devient compréhensible à quiconque possède un cœur ouvert. » Il considère d’ailleurs que l’art, de manière générale, ne peut pas être apolitique. « Même s’il n’y a pas de symbole ou de signe témoin d’une opinion, il y a forcément un message indirect. Mon art est là pour faire évoluer la situation en Palestine ; il se doit d’être politisé ! »
Lui qui a hérité des talents d’une maman artiste, il a souvent choisi de transmettre sa passion, notamment à travers des ateliers destinés aux enfants de Gaza. « Quand j’avais 12 ans, je suis retombé par hasard sur le bout de mur portant mon tout premier dessin, signé de ma main et réalisé quatre ans auparavant. Je m’en souvenais à peine. C’était simplement un arbre et une guitare. (…) Les enfants dans les camps de réfugiés sont talentueux, ils et elles ont juste besoin que l’on prenne soin d’eux, qu’on les soutienne. Ils et elles sont bourré·e·s de compétences. Ils me manquent, mais je devais partir. Je le devais. »
Parmi tous les mots qu’il a esquissés, il y en a un qui – sans nul doute – reste son préféré : « Dream ». Le rêve. « Je rêve sans cesse, avec mon art, par mon art. C’est ce qui me permet d’avancer, de lutter. Sans rêve, je serais déjà perdu. »