Par Gregory Mauzé
Le 13 mars dernier, un rapport accablant – un de plus – est venu souligner une dimension particulièrement sordide du génocide palestinien à Gaza: les attaques contre les droits à la santé reproductive. « Les autorités israéliennes ont en partie détruit la capacité des Palestiniens à Gaza – en tant que groupe – à faire des enfants, à travers la destruction systématique des soins de santé sexuelle et reproductive », peut-on lire dans ce document produit par une commission d’enquête mandatée par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. « Cela correspond à deux catégories d’actes génocidaires dans le Statut de Rome et la Convention sur le génocide, y compris le fait d’infliger délibérément des conditions de vie calculées pour entraîner la destruction physique des Palestiniens et d’imposer des mesures visant à empêcher les naissances. »
Outre les assassinats de femmes et de jeunes filles de tous âges, la Commission atteste du ciblage de maternités et du bombardement, en décembre 2023, du Centre Al Basma, la plus grande clinique de fécondation in vitro (FIV) du territoire. Ce dernier pilonnage a conduit à la destruction de 4 000 embryons, ainsi que 1 000 échantillons de sperme et d’ovules non fécondés. Avant la guerre, Al Basma desservait 2 000 à 3 000 patients et réalisait de 70 à 100 procédures de FIV par mois. Au total, les attaques directes contre les établissements offrant des services de santé sexuelle et reproductive ont affecté environ 540 000 femmes et filles en âge de procréer à Gaza. Elles ont produit, selon la Présidente de la Commission Navi Pillay, « des effets irréversibles à long terme sur la santé mentale et sur les possibilités pour les Palestiniens, en tant que groupe, de faire des enfants. »
Les enquêteurs indépendants de l’ONU pointent par ailleurs le recours de plus en plus fréquent à la violence sexuelle contre les Palestiniennes (tant à Gaza qu’en Cisjordanie), dans le cadre d’un effort plus large cherchant à saper leur droit à l’autodétermination. Nombreuses preuves à l’appui, y compris mises en ligne par les soldats eux-mêmes (lire article page 10), ils estiment que ces pratiques constituent pour Israël une « stratégie de guerre visant à dominer et à détruire le peuple palestinien ».