par Nasser Abu Srour, Éditions Gallimard,
janvier 2025, 299 pages
Critique par Michel Brouyaux
Ce cantique de la douleur est une vraie claque. Issu de la génération des pierres, l’auteur se souvient: «Chez les acteurs de l’Intifada, il y avait un sentiment de dernière fois.(…) Une balle qui vous avait manqué la veille pouvait vous tuer une heure plus tard. »
Soumis, dans les prisons israéliennes, à de longues tortures et à d’interminables interrogatoires, il comprend que « depuis le début, ce qui intéresse ton interrogateur, c’est ce que tu pourras commettre plus tard, pas ce que tu as déjà commis. C’est ton avenir qu’il juge, pas ton passé. »
Puis, le verdict tombe : perpétuité. Sur le mur de sa prison, ce mur qui sera dorénavant son fidèle interlocuteur, il écrit : «Adieu, monde».
Comment un prisonnier politique vit-il trente ans d’incarcération ? Il explore «les idéaux, les illusions de victoires qui aident à tenir le coup ». Au cours des rares visites de sa famille, ses visiteurs affichaient «des visages dénués de fatigue, comme s’ils n’étaient pas passés par la fouille, dont ils ne disaient rien. Et je fis la même chose. Nous jouions tous parfaitement notre rôle ». «Trois quarts d’heure qui vous rendent tout ce à quoi vous avez renoncé, pour vous le reprendre à l’issue du temps imparti ». Il ne perd pas sa tendresse : « ta mère, qui à chaque visite, te promet qu’elle ne mourra pas tant que tu resteras accroché là.» Mais il déplore la tragédie de la division qui, de plus en plus, déchire le récit palestinien. Une vieille élite politique prône « une nouvelle voie excluant la résistance armée », au bénéfice « d’une résistance pacifique, un concept timidement articulé et jamais mis en pratique. »
La seconde partie du récit décrit avec poésie sa rencontre avec une visiteuse : ils tenteront de préserver cet amour qui, lui aussi, sera victime de la prison.