Trésors sauvés de Gaza : quand l’archéologie résiste au génocide

L’exposition Trésors sauvés de Gaza. 5000 ans d’histoire, présentée à l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris, prend une résonance bouleversante dans le contexte actuel

Par Laurence Blésin
Bulletin n°104 – été 2025

Gaza n’est pas que ce champ de ruines, n’est pas que pas ce territoire bouclé et entravé depuis de trop longues années avant le 7 octobre 2023, n’est pas que cette terre dont Israël massacre aujourd’hui le peuple en direct sur nos smartphones… Gaza est aussi ce carrefour millénaire de civilisations, riche d’un patrimoine exceptionnel, aujourd’hui menacé d’un effacement total.

Née d’une collaboration entre l’IMA, le ministère du Tourisme et des Antiquités de Palestine et le musée d’Art et d’Histoire de Genève, l’exposition dévoile des pièces exceptionnelles, rescapées de la destruction. Les objets exposés, plus de 130 pièces, proviennent d’une collection constituée à partir de fouilles menées entre 1995 et 2005, avant que le blocus n’isole totalement la bande de Gaza. Ces trésors archéologiques — amphores, mosaïques, stèles funéraires, lampes à huile, figurines, statuettes,— sont aujourd’hui conservés au Musée d’art et d’Histoire de Genève. Ils n’ont jamais pu être rapatriés, en raison de la fermeture du territoire.

Parmi les joyaux présentés, la spectaculaire mosaïque byzantine d’Abu Baraqeh, datant du Ve siècle, attire tous les regards. Elle représente des motifs floraux et géométriques d’une finesse remarquable, vestige d’une église chrétienne de l’époque. Les visiteurs découvrent aussi des statuettes de divinités cananéennes, des stèles funéraires gravées en grec et en araméen, des lampes à huile décorées de symboles religieux, ainsi que des éléments d’architecture provenant de temples et de maisons antiques. Ces objets racontent une histoire ininterrompue depuis l’âge du bronze jusqu’à l’époque ottomane.

Lorsque l’on pénètre dans la seconde salle de l’exposition Trésors sauvés de Gaza, le souffle se suspend. Les photographies qui y sont exposées, témoins implacables des destructions infligées aux sites archéologiques et aux lieux de mémoire, imposent un silence lourd, presque sacré. L’émotion est palpable, car derrière l’effacement de ces pierres, c’est l’effacement d’un peuple tout entier, jusque dans les traces les plus anciennes de son existence, qui se joue. Ce n’est pas seulement un patrimoine que l’on voit disparaître, mais une mémoire collective, une identité, l’Histoire faite des petites histoires. Un malaise nous étreint : comment pleurer ces vestiges quand, aujourd’hui, ce sont des milliers d’enfants qui gisent sous les ruines ?

Trésors sauvés de Gaza est bien plus qu’une exposition archéologique. C’est un manifeste pour la résistance dont une part est aussi culturelle. C’est rappeler que derrière les ruines, il y a des vies, des récits, une civilisation. C’est dire que la guerre ne peut pas tout raser, que la mémoire survit, portée par les récits, les images, l’art et la solidarité. Cette exposition est à voir, à vivre jusqu’au 2 novembre 2025, à l’Institut du Monde Arabe à Paris.

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