Notre rencontre avec la ministre belge des Affaires étrangères Hadja Lahbib

Le 6 mars dernier, se tenait devant le siège du ministère des Affaires étrangères une manifestation qui réclamait des actes concrets pour mettre fin à l’impunité d’Israël. Une délégation d’organisateurs, dont l’ABP, s’est entretenue à cette occasion avec la cheffe de la diplomatie Hadja Lahbib (MR). Un petit événement en soi : depuis le début de la législature, aucun de ses prédécesseurs n’avait accepté de nous recevoir. Le signe que le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien a pris une ampleur telle qu’on ne peut désormais plus l’ignorer?

Lors de la rencontre, la ministre, très au fait du dossier, a souligné les pas de la Belgique dans la bonne direction : soutien aux ordonnances de la Cour internationale de justice pour empêcher le risque de génocide à Gaza ; maintien du financement de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), appel clair à un cessez-le-feu… Contre les initiatives nationales isolées présentées comme peu efficaces, elle loue les vertus du travail en coulisse, susceptible de faire évoluer les choses au niveau européen. Mme Lahbib en veut pour preuve la déclaration commune du 19 février 2024 obtenue de haute lutte de 26 des 27 États membres de l’Union européenne en faveur d’une « pause humanitaire immédiate » à Gaza.

Intentions louables, logiciel obsolète

Malheureusement, la volonté manifestée par la ministre d’être « à la hauteur de l’Histoire » est contredite par un fil rouge qui transparaît tout au long de l’entretien : le maintien coûte que coûte du dialogue avec Israël. Au nom de l’impératif de garder le contact avec toutes les parties, toute contre-mesure concrète envers Israël est balayée. Cette même crainte de perdre entièrement l’oreille de Tel-Aviv lui sert, entre autres, à justifier son opposition à une interdiction des produits des colonies, actuellement sur la table du gouvernement, mais bloquée par son parti (lire article page 6).

La réalité de terrain illustre pourtant à suffisance que les déclarations sans lendemain, aussi fermes soient-elles, confortent les autorités israéliennes dans leur sentiment d’impunité. L’obsession de l’équidistance de Mme Lahbib semble d’autant moins à la hauteur de la situation vu l’ampleur des crimes de guerre et de crimes contre l’humanité perpétrés à Gaza, lesquels exigent non pas de dialoguer avec Israël, mais de le mettre au ban des nations. Une méthode qui a déjà permis en son temps de faire tomber un autre régime d’apartheid, celui des suprémacistes blancs en Afrique du Sud.

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