L’OCDE accueille le « Grand Israël »

L’organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) légitime de fait l’occupation israélienne des Territoires palestiniens et autorise l’entrée d’Israël en son sein. Tel est le sens d’un document confidentiel, daté du 1er février 2010 et disponible à l’adresse Internet suivante : http://cryptome.org/israel-oecd.zip

Ce texte s’inscrit dans le processus d’évaluation de la candidature d’Israël à l’adhésion à l’OCDE. Celle-ci devrait se produire au mois de mai prochain, à en croire les propos du secrétaire général, Angel Gurria, lors de son voyage en Israël, en janvier dernier, pour la présentation des deux rapports de l’organisation, l’Etude économique d’Israël [1] et la Revue du marché du travail et des politiques sociales d’Israël [2]. Et le ministre italien de l’Economie, Giulio Tremonti l’a confirmé le 3 mars.

Le document confidentiel « Adhésion d’Israël à l’organisation : projet d’opinion formelle du Comité statistique » se présente comme l’ébauche d’évaluation dudit Comité de l’OCDE – dit CSTAT – sur la correspondance entre les faits présentés par Israël et les exigences économiques de l’organisation à l’égard de ses Etats membres. La présentation de faits ainsi que de statistiques analytiques, structurés sur une période brève, explique le document, « est l’une des obligations fondamentales pour l’adhésion », conformément à la Convention fondatrice de l’organisation.

Le document retrace le processus d’évaluation de la candidature d’Israël. Aux points 18-19 et 58-60, il est dit qu’Israël n’a présenté jusqu’à présent que des données concernant non seulement son propre territoire, mais aussi Jérusalem-Est, les hauteurs du Golan et les colonies de Cisjordanie, zones occupées illégalement depuis 1967. L’intégration de données sur les colonies est particulièrement importante : en Cisjordanie, celles-ci bénéficient de privilèges économiques dont sont exclus les citoyens israéliens à l’intérieur de la Ligne verte. D’où une déformation de l’image ainsi fournie de l’économie et de la qualité de la vie en Israël. Mais cela reflète surtout le refus d’Israël de présenter des statistiques distinctes pour lui-même et pour les Territoires qu’il occupe.

Pourtant, le rapport ne considère pas cette question comme un obstacle susceptible d’empêcher l’adhésion d’Israël à l’OCDE. Au contraire : le Comité statistique « recommande la préparation d’une étude en commun avec les autorités israéliennes afin d’évaluer l’impact quantitatif des hauteurs du Golan, de Jérusalem-Est et des colonies israéliennes de Cisjordanie sur les données-clés rassemblées au plan économique et social ». Cette étude ne sera toutefois produite que « dans l’année suivant l’adhésion d’Israël à l’organisation », c’est-à-dire une fois que l’Etat en sera devenu membre.

Si le texte affirme que « Israël s’est engagé à contribuer activement à cette étude après son admission », qui garantit que le gouvernement israélien ne refusera pas, finalement, de présenter les données exigées ? Mais le pire est ailleurs : avec ce document, l’OCDE reconnaît de fait l’occupation israélienne et la légitime au niveau international.

L’OCDE qui siège à Paris, rassemble trente Etats, a pour but la promotion de l’économie de marché et le libre-échange sur une base néo-libérale. Née en 1948, dans le cadre du plan Marshall, cette organisation des Etats de l’Europe occidentale sous parapluie américain s’est transformée en 1960 en organisme international. Attendent actuellement d’y adhérer – outre Israël – le Chili, l’Estonie, la Russie et la Slovénie.

Le processus d’adhésion d’Israël a commencé en 1993, dans le cadre des accords d’Oslo. Les critiques les plus fortes de l’OCDE vis-à-vis de la politique israélienne concernaient jusqu’ici trois faits : l’occupation des territoires palestiniens et les données statistiques à son sujet, la corruption de l’armée et le droit de propriété intellectuelle dans l’industrie pharmaceutique.

Depuis 2007, le processus a enregistré une accélération grâce au choix des gouvernements israéliens de tailler dans les dépenses sociales et de privatiser de nombreux secteurs. L’adhésion d’Israël représentera une reconnaissance de la légitimité et de la nature démocratique de l’Etat d’Israël, d’autant plus précieuse qu’elle interviendra dans un contexte très particulier : contrairement à la rhétorique des colloques de paix, Israël développe actuellement une répression systématique contre la résistance populaire non violente en Cisjordanie tout en poursuivant le siège de la bande de Gaza.

Pour cette stratégie, le gouvernement Netanyahou-Lieberman-Barak a plus que jamais besoin que jamais de reconnaissance internationale. Et il a de plus en plus de mal à l’obtenir, comme le montrent l’adoption du rapport Goldstone par l’Assemblée générale des Nations unies, les conclusions du sommet européen de décembre dernier, les percées de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions. L’OCDE va-t-elle, à contre-courant, légitimer l’occupation et la colonisation ?

publié le mardi 9 mars 2010 sur le site de l’AFPS
Luisa Baroni

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