Les généraux israéliens, pas seulement les soldats, doivent répondre aux questions de boucliers humains

Les soldats de la brigade Givati, jugés et déclarés responsables de risquer la vie d’un enfant palestinien non-combattant, peuvent légitiment se sentir victimes. Mais pourquoi ne devraient-ils pas sentir une certaine fierté patriotique ? La culpabilité des soldats Givati signifie essentiellement une première étape, le premier relais, dans la transmission de l’estafette à Yoav Galant et aux personnalités politiques, en particulier Ehud Olmert et Ehud Barak, qui jouissent d’une immunité judiciaire.

S. A., bouclier humain de 14 ans, enmené par les soldats israéliens (@Ma'an)Ils correspondent à de petits rouages ayant subi un lavage de cerveaux quant à la force de l’ennemi. Il suffit de regarder les déclarations faites par d’autres soldats à l’organisation « Breaking the Silence » ; certains s’en sont rapidement rendu compte. Leurs commandants leur avaient raconté des mensonges avant l’offensive terrestre sur la Bande de Gaza à partir du 3 janvier 2009. Même si les deux soldats condamnés avaient la maturité et la capacité de jugement de réaliser que ce n’était pas la lutte héroïque pour laquelle ils avaient été préparés, il est évident qu’ils ont agi apeurés lorsqu’ils ont ordonné à un enfant de neuf ans d’ouvrir des sacs. Ils ont grandi dans un environnement où l’on peut faire n’importe quoi aux palestiniens de Gaza. Ils n’ont pas inventé cette façon d’agir – ce sont des soldats peu gradés que le système a mis sous les feux de la rampe.

Contrairement à un soldat qui vole une carte de crédit et qui va en prison, ces deux soldats-ci ne sont pas été incarcérés. Leurs pairs, qui ont manifesté en leurs noms, le savent : ils ne sont pas les seuls à avoir utilisé des civils lors d’opérations militaires. Cette pratique leur préexistait au sein de la brigade Golani. Des civils avaient été attachés, yeux bandés, et exposés au froid afin de servir de boucliers humains aux soldats israéliens positionnés dans des tranchés ou maisons depuis lesquelles ils tiraient. Ce n’était pas le fait de quelques soldats isolés. Certains soldats ont directement tiré sur des civils arborant des drapeaux blancs. Sous ordres de leurs commandants, les soldats ont empêché les équipes de sauvetage d’atteindre des blessés – provoquant la perte de sang et la mort d’un nombre inconnu de personnes, enfants compris. La multiplication d’incidents similaires montre que les soldats agissaient (agissent) conformément à des consignes uniformes.

Les enquêtes militaires internes ont tendance à se focaliser et à isoler des soldats qui ont pris part aux offensives terrestres. Mais la plus part des civils palestiniens tués par l’armée israélienne l’ont été suite à des attaques informatisées à distance – aussi bien aériennes, navales, que terrestres. Des enfants sur le toit de leurs maisons ont été tués par ce genre de jeux vidéo –  lorsque l’un de nos soldats anonymes, qui ne sera pas poursuivi, pressait un bouton.

Le colonel Ilan Malka – commandant de la brigade Givati – semble être l’officier le plus gradé interrogé par les enquêteurs militaires suite à son ordre de bombarder, par air, une maison dans laquelle ses hommes avaient rassemblé une centaine de civils. L’ordre était fondé sur son interprétation d’images transmises par un drone. Mais ce n’est pas Malka qui a pondu l’instruction selon laquelle un palestinien lambda perçu par un drone et occupé dans des activités civiles telles que téléphoner près d’une fenêtre, cuire du pain dans la cour, chercher de l’eau ou rouler à vélo, est synonyme de suspect à tuer. C’est la raison pour laquelle tant de civils ont été tués ; ils ont été atteints par des missiles tirés depuis les airs et non pas parce qu’ils avaient été aperçus dans un combat au sol. Ce n’est pas Malka qui a inventé le culte militaire des technologies de pointe ou sa description comme étant un outil infaillible. Cette description huile la mécanique de la propagande israélienne – pour qui tout communiqué ou rapport de morts de civils palestiniens est un mensonge.

Malka n’est pas non plus responsable du concept qui veut qu’Israël emploie des forces tellement plus mortelles que les armes utilisées par les palestiniens. Plus de civils que de combattants armés ont été tués ? C’est leur problème.

Lorsqu’un ou deux soldats sont poursuivis, l’establishment militaire s’empresse d’argumenter que ce sont là des exceptions isolées – dont les actions sont contraires à la mentalité des forces israéliennes. Mais l’establishment militaire fonctionne sous l’influence et l’autorité de l’establishment civil. La société israélienne, en grande majorité, est indifférente à la (mise à) mort de civils non-Juifs. Elle supporte l’usage de forces disproportionnées et n’est pas intéressée par les enquêtes entourant les morts de civils palestiniens. Dans de telles enquêtes, les preuves à charge conduisent directement aux plus hauts niveaux de l’establishment israélien – aussi bien militaire que politique.

Amira Hass, Haaretz, 24 novembre 2010

Traduction : NVC

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