Volvo se vente d’être synonyme de robustesse, de sécurité, et de fiabilité. Après une étude attentive des investissements en Israël de la part du constructeur automobile, Volvo devrait aussi devenir synonyme de torture autorisée.

La firme suédoise détient directement 26,5 pourcents des parts de la société israélienne Merkavim – constructeur du Mars, un bus de prisonniers. Ces bus ont spécialement été conçus pour l’usage que leur réservent les autorités pénitentiaires israéliennes : transporter les palestiniens appréhendés dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Gaza vers des établissements à l’intérieur des frontières internationalement reconnues de l’État d’Israël. Les autres parts de Merkavim sont détenues par Mayer’s Cars and Trucks – une société qui agit comme représentant exclusif de Volvo en Israël.
Des preuves récoltées par différentes associations des Droits de l’Homme indiquent que l’usage de la torture est répandu à l’intérieur des centres de détention israéliens. Bien qu’en 1999 la Haute Cour de Justice israélienne ait décidé que certaines méthodes d’interrogation devaient être interdites, Israël continue d’approuver l’usage de la torture dans des cas jugés « nécessaires » d’après Amnesty International. Un important vide juridique permet en effet l’usage de la torture lorsque les forces de sécurité israéliennes font face à une menace imminente. Le ministre de la Justice n’a cessé d’utiliser et d’invoquer ce vide juridique afin de justifier/approuver l’usage de la torture, et ce malgré la ratification par Israël de la Convention contre la Torture (ONU).
Chaque année, Israël enferme en moyenne 700 enfants palestiniens – souvent pour des délits pas plus graves que des jets de pierres. L’organisation « Defence for Children International-Palestine Section » (DCI-PS) affirme que les mauvais traitements sont quelque chose d’habituel lorsque les détenus sont transportés vers une prison. D’après le directeur du bureau de Ramallah de DCI-PS, Rifat Kassis, « tous sont sujets aux insultes et aux menaces verbales. Certains sont battus, frappés, forcés à s’assoir dans des positions inconfortables. Nous avons des enfants qui sont menottés et dont les yeux sont également bandés. Tout cela, ce sont des méthodes de rétention pénibles pour les enfants. »
En septembre, un rapport a établi que trois enfants avaient reçu des décharges électriques de la part de leurs interrogateurs israéliens et ce à l’intérieur même de la colonie juive d’Ariel, en Cisjordanie. L’un des enfants a à peine 14 ans. Une récente enquête du DCI-PS, en collaboration avec d’autres associations de lutte contre la torture, a montré que sur un échantillon de 100 enfants arrêtés par les forces israéliennes 69 pourcents avaient été battus et frappés et que 12 pourcents avaient été menacés de viol ou d’autres forces d’attaque sexuelle.
Kassis explique également qu’en transportant des détenus de Cisjordanie occupée vers Israël, les bus Merkavim facilitent les violations du droit international humanitaire. D’après la Quatrième Convention de Genève de 1949, les personnes condamnées pour des actions dans un territoire occupé ne peuvent être emprisonnées que dans ce territoire.
Un représentant de Merkavim a répondu que la société « ne souhaite pas répondre aux journalistes ». D’après son site internet, le bus “Mars” correspond à « la solution parfaite pour le transport de prisonniers sous garde ». Aménagé avec six compartiments séparés, le bus permet une « surveillance complète durant le délicat voyage à haut risque entre deux établissements de sécurité ». Parmi ces caractéristiques principales : de larges fenêtres « équipées de verre blindé afin de prévenir toute évasion » et « un système d’intercom avancé et un circuit télévisé fermé ».
Per-Martin Johansson, porte-parole pour Volvo-Bus, affirme que la société suédoise « ne peut contrôler » ce que font les sociétés associées. « Les véhicules pour transporter des prisonniers peuvent être trouvés partout dans le monde, dans tous les pays », ajoute-t-il. « Ces bus ne sont pas particuliers à Israël. Ils en ont besoin dans chaque pays afin de s’assurer qu’aucun prisonnier ne s’échappe ».
La déclaration de Johansson contraste avec les principes hautement éthiques auxquels Volvo est nommément engagé. En 2003, le conseil de direction de Volvo scellait un « code de conduite » pour sa société. Il y est dit que la firme soutient « les Droits de l’Homme internationalement proclamés et s’assure qu’elle n’est pas complice d’atteintes aux Droits de l’Homme ».
Malgré ce code, Volvo fait face à de nombreuses accusations selon lesquelles ses produits sont utilisés comme outil d’oppression par Israël. En avril 2010, des forces israéliennes ont été photographiées en train de manœuvrer un bulldozer Volvo dans le village palestinien de al-Walaja. Les forces israéliennes y effectuaient des travaux liés à la construction de l’immense Mur qu’Israël continue de construire sur des terres occupées de Cisjordanie – malgré l’avis de la Cour Internationale de Justice de La Haye qui déclarait le projet illégal. L’utilisation de bulldozers Volvo dans les destructions de maisons palestiniennes à Jérusalem-Est, et plus généralement en Cisjordanie, est documentée entre autre grâce au travail d’Adri Nieuwhof. Celle-ci montre comment Volvo profite de l’occupation.
À côté du bus pour prisonniers, Merkavim construit également le bus « Mars Defender ». La société israélienne de transport public, Egged, dessert les colonies juives de Cisjordanie avec ce dernier. Tout comme le bus de prisonnier, le « Mars Defender » est construit à partir d’un châssis Volvo.
Mauricio Lazala, un chercheur du Centre de Ressources sur les Entreprises et les Droits de l’Homme à Londres, pense que les grosses sociétés comme Volvo devraient étudier l’impact de leurs activités économiques. « C’est particulièrement important dans les zones de conflit », précise-t-il. « Dans les zones de conflit, les exactions peuvent prendre de très vilaines tournures. Donc les sociétés devraient être doublement plus prudentes ».
Lors de sa deuxième session à Londres, le Tribunal Russel sur la Palestine a conclu qu’un certain nombre de sociétés privées et de multinationales « joue un rôle très décisif » en permettant à Israël de commettre des crimes contre l’Humanité.
Bien que Volvo n’ait pas été parmi les sociétés visées par le Tribunal, Volvo facilite quelques-unes des attaques jugées « répréhensibles » par celui-ci. Elles comprennent la provision de services aux colonies israéliennes et l’aide à la construction du Mur d’apartheid en Cisjordanie. Une déclaration émise par le Tribunal souligne que les grosses sociétés collaborant aux violations des Droits de l’Homme commises par Israël se sont placées « du mauvais côté de l’opinion, de la moralité et du droit international ». En conséquence, elles « sapent l’intégrité même et la crédibilité des lois internationales et instances qui les supportent ».
Frank Barat, coordinateur du Tribunal, explique que bien qu’il soit difficile de légalement poursuivre de telles sociétés, les campagnes civiles peuvent les pousser à changer leur attitude. « Les gens peuvent pousser leurs gouvernements à désinvestir de ces sociétés. Si une société aide à construire le Mur, elle aide une activité illégale et devrait être sanctionnée ».
La tentative de Volvo de justifier ces investissements israéliens est sournoise. Elle ne peut prétendre que les activités d’une filiale n’ont rien à voir avec ces quartiers généraux à Göteborg ou que les bus Merkavim ne sont pas différents d’autres bus destinés au transport de prisonniers. Il est évident que ces véhicules sont conçus sur mesure afin de rencontrer les besoins sadiques de l’occupation israélienne – en effet, c’est là leur argument de vente.
Fournir des services aux prisons israéliennes n’est pas analogue à l’assistance que l’on pourrait fournir aux services pénitenciers d’autres pays. Israël utilise délibérément l’emprisonnement à large échelle et la torture afin de nier le droit des palestiniens de résister à l’occupation. Addameer, un groupe de soutien aux prisonniers, a répertorié et documenté la manière dont 650 000 palestiniens (soit un cinquième de la population vivant dans les territoires occupés) ont été incarcérés depuis que l’occupation a commencé en 1967.
Quoiqu’en dise Volvo, la vérité est que la société est devenue un sous-traitant de l’occupation israélienne. Que les conducteurs européens et américains se sentent rassurés lorsqu’ils s’installent dans le siège bien rembourré de leur Volvo. En Palestine, la même société facilite la torture d’enfants.
David Cronin, The Electronic Intifada, 24 novembre 2010
Traduction : NVC