par Sophie Bessis,
Éditions Les Liens qui libèrent, mars 2025, 96 pages
Chronique par Michel Brouyaux
La civilisation judéo-chrétienne : une expression dont l’usage s’est largement répandu depuis une quarantaine d’années.
On conviendra que les innombrables victimes juives des deux millénaires d’antisémitisme chrétien doivent se retourner dans leurs tombes.
Le concept a d’ailleurs été longtemps marginal chez les Juifs.
Mais alors, quelles sont les clés de son succès ?
Sophie Bessis nous explique que, très commode, il sert à trop de monde.
Le sionisme le brandit avec opportunisme pour se présenter comme une partie de l’Occident chrétien, dont Israël serait la pointe avancée dans la lutte contre la barbarie arabo-musulmane.
Il ancre ainsi exclusivement son destin à l’Occident.
L’Occident l’utilise pour prouver son amour d’Israël et des Juifs et pour rejeter la part arabo-musulmane de sa culture.
Ce qui lui permet, au passage, de restaurer son innocence en « faisant expier » le judéocide par les antisémites que sont les Arabes.
En réaction, les nationalistes arabes l’adoptent comme définition de l’ennemi, ce qui a pour effet de nier la dimension juive de leur propre histoire.
Le résultat est un appauvrissement général : les uns répudiant leur part orientale, les autres leur part juive.
Identitaires du Nord et du Sud sont réunis dans leur refus de l’Autre, donc dans le refus de toute paix possible.
Qui tranchera ce nœud gordien ?