Communiqué de Presse GAZA : Où sont passés nos valeurs?

Contrairement à ce que déclarait en souriant la ministre des affaires étrangères, dirigeante de Kadima et candidate au poste de premier ministre Tzipi Livni à Paris le 1er janvier, 1,5 millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont pris au piège d’une crise humanitaire totale. Pierre Kraehenbuehl, directeur des opérations du CICR, signale particulièrement le nombre croissant de victimes parmi les civils, les attaques contre le personnel et les infrastructures médicales. Les membres du personnel du CICR à Gaza ont décrit la nuit passée comme « la plus effrayante jusqu’ici », alors que des quartiers sous le feu de l’armée la plus puissante de la région les nouvelles arrivent plus effrayantes encore : les soldats israéliens visent délibérément des familles entières, bombardant les maisons avec leurs habitants à l’intérieur, tirent sur les civils en fuite. L’armée a investi certaines agglomérations périphériques de la Bande de Gaza, on rapporte des exécutions sommaires, les habitants ont été massivement expulsés dans la nuit vers les villes de Gaza ou Nouseirat, comme un sinistre rappel de la catastrophe de 1948, aggravant encore plus la situation sanitaire dans les villes surpeuplées, au milieu des décombres consécutifs à 10 jours de bombardement massifs.

Contredisant encore les propos des officiels israéliens, les déclarations du CICR, de l’ONU, des habitants de Gaza, des rares journalistes présents sur le terrain, l’aide humanitaire ne parvient pas à la population : les hôpitaux manquent de tout et ne s’occupent plus que des milliers de blessés causés par l’opération militaire israélienne (on parle de 2780 blessés), laissant souvent sans soins les personnes malades, la population n’a plus d’eau potable depuis deux jours et se presse, pour ceux qui le peuvent, dans les hôpitaux pour obtenir de l’eau ; les réserves de nourriture des familles sont presque épuisées, les rares marchés encore ouverts sont vides. (blessé dans les décombres)

Mais l’armée israélienne a affirmé mardi avoir tué 130 combattants du Hamas depuis le début de la phase terrestre de son offensive contre la Bande de Gaza et qui oserait exercer son sens critique face à ces déclarations ? Qui peut croire qu’une chasse généralisée aux policiers dont le travail, à Gaza comme en Belgique, consiste à veiller à l’ordre public, à contrôler la circulation, à poursuivre criminels et délinquants, un travail qui, ni ici ni là-bas n’implique une adhésion aux idées et aux actes du parti politique au pouvoir, peut revêtir une quelconque forme de légitimité ? Qui pourra décemment croire qu’une vaste et massive opération engageant des centaines d’engins de guerre et des milliers de soldats dans un territoire grand comme la moitié de la région Bruxelles capitale où vivent 1,5 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, avec un nombre si considérable de morts et de blessés dans une population miséreuse après 18 mois de blocus presque hermétique, qui peut croire que ce massacre réglera les problèmes de sécurité de Sderot, d’Ashkelon, de Beer Sheva ? Qui peut croire qu’on va construire la paix sur un charnier ?

Aujourd’hui, on a dénombré parmi les victimes 159 enfants assassinés, au 11e jour de l’offensive généralisée de l’armée israélienne contre la Bande de Gaza. Le général Gaby Ashkenazi, chef d’état-major israélien, à déclaré à la radio militaire : « Nos soldats agissent parfaitement, progressent selon les plans ». Vu le silence diplomatique des gouvernements européens, quand ils n’assument pas pleinement les positions israéliennes, considérant les déclarations symboliques des institutions européennes (dont on ne peut que constater le décalage tragique entre les valeurs affichées sur les façades des bâtiments des institutions et l’inertie totale lorsqu’il s’agit de défendre ces mêmes valeurs), relevant l’incapacité de nombreux médias à relayer ne serait-ce que les rapports alarmants des agences de l’ONU travaillant sur le terrain, pour préférer des déclarations laconiques souvent reprises des communiqués de l’armée israélienne, l’ABP :

•  Condamne sans condition l’agression de l’armée israélienne contre la population de la Bande de Gaza, agression constituant aux termes de la IVe convention de Genève un crime de guerre, et appelle à la fin de l’occupation, seule solution pour apporter la paix et la sécurité pour tous les habitants de la région

•  Condamne fermement la complicité active ou passive des gouvernements européens et des institutions européennes et appelle à un vaste mouvement citoyen de solidarité avec la population de Gaza

•  Déplore le traitement de l’information par un grand nombre de médias ayant abandonné tout esprit critique

06 janvier 2009

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