Campagnes de diffamation et d’éviction en ligne contre les pro-palestiniens

Au cours des dernières années, les défenseurs des droits humains (DDH) et les organisations de défense des droits humains (ODH) qui travaillent à faire cesser les violations des droits humains par ont de plus en plus fait l’objet de désinformation et de diffamation de la part du gouvernement israélien, des organisations non gouvernementales contrôlées par le gouvernement (ONGG) et des réseaux de trolls sur internet et les réseaux sociaux.

par 7amleh – The Arab Center for the Advancement of Social Media

En octobre 2019, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens a noté :

«  […] les pratiques néfastes utilisées par les dirigeants politiques et les autorités de l’État d’Israël pour faire taire les des défenseurs des droits humains critiques à l’égard de certaines politiques gouvernementales. Cela comprend des agressions verbales, des campagnes de désinformation et des entreprises de délégitimation, ainsi que le ciblage des sources de financement de la société civile […] Parmi les mis en cause figuraient des organisations européennes et palestiniennes aussi respectées qu’Al-Haq, le Centre palestinien pour les droits humains et Al-Mezan. »

Cet article décrit comment l’acharnement institutionnalisé d’Israël (gouvernement, ONGG et trolls) a mis en place un système de discrimination à l’échelle mondiale, dans lequel les DDH et les ODH palestiniens sont bloqués ou limités sur les plateformes sociales, politiques et économiques, ce qui en fait des citoyens de seconde zone dans l’espace numérique.

Publication gouvernementale de contenu diffamatoire et désinformation

Au fil des ans, de nombreux militants ont attribué les campagnes de diffamation en ligne au travail du ministère israélien des Affaires stratégiques (MAS). Le MAS a été créé en 2015 pour « agir contre la délégitimation et le boycott de l’État d’Israël ». Cela s’est traduit par la publication de trois rapports ciblant directement les ODH et leurs partisans, « The Money Trail 1 » (2018), « The Money Trail 2 » (2019) et « Terrorists In Suits » (2019).

En juillet 2018, en réponse à « The Money Trail 1 », la Représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, a envoyé une lettre personnelle et ferme au ministre israélien des Affaires stratégiques, Gilad Erdan, dans laquelle elle écrivait : « Les allégations selon lesquelles l’UE soutiendrait l’incitation  au terrorisme ou  le terrorisme sont infondées et inacceptables. Le titre du rapport lui-même est également malvenu et mensonger ; il mêle le terrorisme à la question du boycott et crée une confusion inacceptable auprès du public à propos de ces deux phénomènes distincts. »

De même, la campagne #TerroristsInSuits a utilisé des caricatures racistes qui dépeignent des organisations de la société civile palestinienne comme essentiellement suspectes et terroristes. Dans une illustration, Raji Sourani, le directeur du Centre palestinien pour les droits humains est montré souriant, en costume, en juxtaposition avec l’image d’un homme armé d’une mitraillette et coiffé d’un keffieh, image signifiant son alter ego  «terroriste». Le rapport n’est pas daté et aucun auteur n’est mentionné, il ne cite pas de sources crédibles et ne résiste pas à un examen rigoureux. Al-Haq, dont le directeur général était visé dans le rapport, a eu recours aux Procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme de l’ONU relatives à l’impact de la campagne de dénigrement de leur travail, y compris les menaces de mort reçues via Facebook.

Coordination des trolls en ligne

Le gouvernement israélien a également engagé des acteurs non étatiques pour mettre en oeuvre ses campagnes. En 2013, le bureau du Premier ministre israélien a lancé un programme appelé « Hasbara » qui offrait aux étudiants des campus universitaires israéliens des bourses complètes ou partielles pour lutter contre le « contenu anti-israélien en ligne ». De même, en 2014, Netanyahou a financé 400 étudiants israéliens qui ont lancé une campagne intitulée « Israël sous le feu » pour lutter contre la sympathie manifestée en ligne avec les victimes palestiniennes de la guerre à Gaza.

En 2015, ACT.IL a été fondée avec le soutien du méga-donateur Sheldon Adelson, qui soutient les colons. ACT.IL est une plate-forme en ligne qui vise à « influencer l’opinion publique internationale envers l’État d’Israël via les plateformes de médias sociaux et à mener une bataille efficace contre le mouvement de boycott (BDS) et la délégitimation de l’État d’Israël ». Elle compte 15 000 membres actifs qui s’engagent à une « mission » quotidienne, en ce compris la publication, le partage ou le signalement de contenus « haineux envers Israël et les Israéliens ».

Listes noires

Les ONGG établissent également des listes noires d’activistes et d’organisations. Par exemple, l’Autorité israélienne de la population et de l’immigration a une liste noire utilisée pour prendre des décisions arbitraires et discriminatoires en matière d’entrée en Israël. Alors que l’autorité affirme que le refus est fondé sur le boycott actif et public d’Israël, des militants ont constaté que la liste noire est basée sur des informations privées et a été transmise à des pays étrangers. Et même si le gouvernement israélien a refusé de fournir les noms des personnes mis sur la liste noire  à une requête pourtant légitime d’accès à l’information, l’utilisation de données non publiques est une violation du droit à la vie privée.

En plus des organismes gouvernementaux, il existe des organisations qui créent des listes noires afin d’intimider et de diffamer des militants. L’une des plus connues est l’ONG Monitor, dont le site web répertorie 250 organisations israéliennes, palestiniennes et internationales. L’ONG Monitor a des liens étroits avec le MAS israélien et facilite les réunions de lobbying dans les capitales européennes et fournit les ministères et les diplomates en informations mensongères pour délégitimer les ODH.

De même, la Mission Canary se focalise sur «la documentation des personnes et des groupes qui encouragent la haine des États-Unis, d’Israël et des juifs ». Son site web recense plus d’un millier de profils de professeurs, d’activistes et d’étudiants qui soutiennent les droits humains palestiniens.

 Éviction et retrait de financements

Les entreprises de diffamation en ligne des DDH et les ODH palestiniens par Israël visent à causer des dommages dans le monde réel. Ceux-ci comprennent l’impossibilité pour les DDH et ODH de plaider sur les plateformes de médias sociaux, ou le blocage de leur financement et de leur accès aux plateformes financières en ligne. Plus, en 2020, Global Giving, une plateforme de financement participatif, a exclu Defence for Children International – Palestine (DCIP) après avoir reçu une série de lettres de l’ONGG israélienne, Avocats britanniques pour Israël, alléguant de ses « liens avec des organisations terroristes ». Avocats britanniques pour Israël a en outre convaincu la Citibank et Arab Bank de déclarer qu’ils cesseraient leurs services au DCIP. Dans un autre cas, Shurat HaDin, une ONGG israélienne de lawfare (guerre juridique), a réussi à faire pression sur une start-up de financement participatif basée à San Francisco afin de fermer le compte d’une ODH palestinienne.

Le respect et la protection des droits numériques doivent faire partie intégrante des politiques et pratiques des États et des entreprises. Les droits numériques et les droits humains palestiniens sont de plus en plus violés en ligne et hors ligne du fait des entreprises systématiques du gouvernement israélien pour faire taire les DDH et les ODH. Alors que les ministères du gouvernement israélien, les ONGG et les trolls en ligne prétendent être impartiaux, ils créent et utilisent en fait de la désinformation pour délégitimer le travail des défenseurs des droits humains. Les États tiers, les entreprises et la société civile doivent collaborer pour protéger l’espace de la société civile et le travail vital des défenseurs et des organisations des droits humains et, ce faisant, s’opposer aux campagnes de diffamation et de délégitimation qui visent à les empêcher de contester les politiques et pratiques illégales d’Israël.

Traduit de l’anglais par Thierry Bingen

Cet article résume le contenu du rapport “Online Smear Campaigns and Deplatforming: The Silencing and Delegitimization of Palestinian Human Rights Defenders, Activists and Organizations” publié par 7amleh – The Arab Center for the Advancement of Social Media le 2 juillet 2020

 

 

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