Arrêtez de jouer avec les droits humains sur les hauteurs du Golan !

Au cours de la guerre israélo-arabe de 1967, Israël s’est emparé par agression du Golan syrien, en violation directe de la Charte des Nations Unies. En prenant le Golan syrien, Israël a rasé 340 des 345 fermes et villages syriens, et contraint à l’exode environ 130 000 personnes, ce qui représente 95% de la population de la région. La diaspora des personnes initialement déplacées du Golan occupé, qui ont droit au retour en vertu du droit international, est maintenant estimée à environ 500 000 personnes.

Alors que fait rage le débat sur la décision des États-Unis de reconnaître comme israélien le Golan occupé, les Syriens du Golan occupé ont été complètement ignorés. Les Syriens qui habitent le Golan occupé, et qu’Israël qualifie souvent de «druzes», ont toujours rejeté la présence d’Israël dans la région. Les Syriens du Golan l’ont montré à chaque occasion en protestant contre le contrôle israélien, en rejetant la citoyenneté israélienne et l’autorité israélienne. Par exemple l’an dernier, lors des premières élections municipales organisées par les Israéliens depuis le début de l’occupation dans quatre des cinq villages syriens restant dans le Golan occupé, le taux de participation a varié de 1,5 à 3,5 %.

Depuis le début de l’occupation, les Syriens du Golan vivent sous la menace de cette occupation militaire israélienne. La région comporte plus de 36 km2 de champs de mines. Les mines terrestres ont tué ou blessé 66 Syriens, en majorité des enfants. De plus, Israël a de nombreuses installations militaires dans et autour des villages syriens. Celles-ci peuvent servir de cibles légitimes dans les conflits, ce qui menace la vie des civils. Israël a été invité à évacuer ces avant-postes pour raisons de sécurité, mais refuse de le faire.

Vivre sous l’occupation israélienne prolongée a de nombreuses conséquences pour la population syrienne locale. Dans le Golan occupé, Israël cherche à purifier l’identité syro-arabe, à exproprier des terres syriennes, à développer des colonies de peuplement illégales et à manipuler les droits de résidence pour institutionnaliser la séparation des familles.

Assimilation et discrimination

La répression israélienne dans le Golan occupé commence par son discours «druze» quant à la région. Avec son discours «druze», Israël met en avant l’identité religieuse druze qu’il trouve non menaçante, tout en éliminant l’identité syrienne qu’il trouve menaçante. Israël utilise son discours «druze» pour camoufler la réalité du Golan occupé, et ces derniers mois ont mis en évidence le succès de cette manipulation. Dans la majorité des débats publics récents sur la région, peu de personnes semblent savoir qu’il existe encore une population autochtone dans le Golan occupé.

La grande majorité des Syriens du Golan occupé continue de refuser la citoyenneté israélienne, choisissant de subir l’humiliation et les difficultés liées au statut de citoyenneté «indéfinie» plutôt que l’assimilation forcée. En fait, seuls 6,5 % des Syriens ont activement demandé la citoyenneté israélienne. Le statut de citoyenneté «indéfinie» entraîne des problèmes énormes et des coûts financiers pour les Syriens qui veulent voyager. L’un des aspects les plus troublants de cette situation est qu’elle limite la capacité des Syriens à rendre visite et voir leurs familles en Syrie et au Liban, institutionnalisant ainsi la séparation des familles.

Sur le plan intérieur, les Syriens du Golan ont des permis de résidence israéliens similaires à ceux des Palestiniens résidant à Jérusalem-Est occupée. Ainsi, les Syriens jouissent de certains droits fondamentaux en tant que minorité arabe sous contrôle israélien; cependant, ces droits sont souvent ignorés par les autorités et des permis de séjour ont été arbitrairement révoqués par Israël lorsque des Syriens du Golan ont séjourné trop longtemps en dehors du territoire sous contrôle israélien. Les Palestiniens de Jérusalem sont confrontés aux mêmes problèmes, mais il existe une différence marquée entre les statuts de ces deux groupes. Les Palestiniens de Jérusalem sont toujours autorisés à obtenir des documents de voyage jordaniens et à participer aux élections de l’Autorité nationale palestinienne, tandis que les Syriens du Golan n’ont pas de possibilité d’obtenir des documents de voyage délivrés par un État autre qu’Israël ni à participer à leurs élections nationales.

Planification discriminatoire et colonisation

Les Syriens qui sont restés dans le Golan occupé sont confrontés à un système calculé d’inégalité et de discrimination. Israël a illégalement exproprié la quasi-totalité du Golan occupé. Depuis la prise de la région, Israël a mis en place une réglementation foncière restrictive visant les Syriens, limitant leur capacité à agrandir leurs villages et à cultiver leurs terres. Lorsque les Syriens construisent sans autorisations appropriées, qui sont extrêmement difficiles à obtenir, Israël les cible. Israël a donné plus de 1 570 ordres de démolition à l’encontre de Syriens depuis le début des années 1980.

Israël a commencé à construire des colonies de peuplement illégales sur les hauteurs du Golan occupé environ un mois après la prise de la région. Les colonies sont sans conteste interdites par le droit international. Aujourd’hui, Israël soutient 34 colonies de peuplement illégales dans le Golan occupé et la population de ces colonies a augmenté d’environ un tiers depuis le début du conflit en Syrie, il y a huit ans.

Récemment, Israël a décidé d’étendre massivement ses colonies de 1 000 % et de créer des entreprises lucratives dans ces colonies. Israël subventionne et encourage fortement les colonies de peuplement tout en perpétuant sa politique de destruction des entreprises syriennes locales. Cela a conduit Israël à s’emparer de la majorité des entreprises syriennes de la région, en particulier dans les secteurs du tourisme et de l’agriculture. Par exemple, là où les Syriens du Golan élevaient autrefois du bétail et cultivaient avec peine du blé, des olives, des figues et des grenades, ils ne possèdent plus que des vergers de pommiers et de cerisiers, qui ont souvent du mal à rivaliser avec leurs concurrents des colonies.

Au moins 167 entreprises coloniales sont actuellement enregistrées dans le Golan occupé. L’une des entreprises coloniales les plus populaires est Golan Heights Winery (GHW), qui exporte dans le monde entier et vend même son vin sur le site web de Delhaize. GHW produit plus d’un million de bouteilles de vin chaque année et possède des vignobles répartis sur toutes les terres syriennes occupées. Bien que GHW produise la grande majorité de son vin en territoire occupé, elle refuse depuis longtemps d’aligner ses procédures d’étiquetage sur les normes de l’Union européenne et d’identifier ses produits comme provenant d’un territoire occupé. Le plus troublant peut-être, GHW déclare adhérer fermement aux normes de responsabilité d’entreprise et prétend soutenir la communauté locale. Cependant, GHW contribue massivement à la mise à l’écart de la population syrienne autochtone du Golan occupé.

La réalité du Golan occupé n’est pas celle d’un plateau nu, marqué par de magnifiques domaines viticoles, qu’Israël peint pour le monde. Le Golan occupé est le lieu de nombreuses violations des droits de l’homme et témoigne de l’expansionnisme par l’usage de la force et d’une occupation prolongée. Les États-Unis ont choisi de s’opposer au consensus international, à la loi et aux droits de l’homme en reconnaissant la «souveraineté» revendiquée par Israël sur le Golan occupé. Malgré cela, les Syriens du Golan occupé continuent leur résistance à l’occupation illégale de leur territoire par Israël.

Par Aaron Southlea, chargé de collecte de fonds et de plaidoyer pour Al-Marsad (Centre arabe des droits de l’homme sur les hauteurs du Golan).

Traduit de l’anglais par Thierry Bingen

Al-Marsad est la seule organisation de défense des droits de l’homme et l’une des rares organisations de la société civile présentes dans le Golan syrien occupé. Al-Marsad est engagée dans un large éventail d’activités juridiques, de plaidoyer, d’enrichissement culturel et d’éducation afin de contester les politiques discriminatoires d’Israël et de préserver l’identité syro-arabe. Al-Marsad a été fondée en 2003 par un groupe de défenseurs des droits de l’homme syriens et est aujourd’hui devenue un élément essentiel de la résistance sociale, culturelle et politique à l’occupation israélienne.

 

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