Tamam A., réfugiée gazaouie en Belgique – voix palestiniennes

Ayant quitté Gaza pour la Belgique en 2017, Tamam, 31 ans, est experte en communication. Elle milite au sein du collectif Beitna, qui cherche à faire entendre la parole politique des Palestiniens chez nous.

Tamam, comment te sens-tu ? 

En tant que Palestinienne née et ayant grandi à Gaza, résider aujourd’hui en Belgique pendant que ce génocide est en cours, m’a révélé à quel point le monde peut sembler éloigné et déconnecté de la réalité en Palestine.
Le contraste est saisissant – la vie en Belgique me paraît souvent futile et sans intérêt face à l’urgence et à la gravité de ce qui se passe chez moi. J’oscille entre désespoir, espoir, deuil, fierté, force, vulnérabilité et parfois, je me sens complètement perdue. Dans ces moments-là, je me recentre en me rappelant qui je suis, d’où je viens et ce qui compte vraiment.

Même dans les circonstances exceptionnelles et difficiles que je traverse en Belgique, je découvre parfois des moments de clarté au sein de la confusion. La lutte continue pour la libération de la Palestine – pour son peuple et sa terre – reste ma boussole morale. Je comprends que les systèmes d’oppression sont profondément interconnectés, qu’il s’agisse du colonialisme en Palestine ou de la montée des partis racistes en Belgique et ailleurs. Résister à l’oppression sous toutes ses formes n’est ni un fardeau ni une faveur : c’est un devoir moral fondamental.

Il y a eu des moments où je me suis sentie soutenue par une véritable solidarité. Je suis reconnaissante envers les personnes de conscience qui se sont organisées, ont marché, ont élevé la voix pour exiger la fin du génocide en cours et du régime colonial de peuplement d’Israël. Par contre, à chaque rencontre avec des politiciens, je suis envahie par la colère. C’est révoltant de devoir supplier pour la sécurité de ma famille, de devoir les implorer de condamner le nettoyage ethnique du camp où je suis née et où j’ai grandi. Trop souvent, je me retrouve à demander le strict minimum – appeler à des sanctions, à des embargos sur les armes, à des actions concrètes de la part de ceux qui ont le privilège de pouvoir agir.

Quoi qu’il en soit, tout ce que je ressens ici dans mon confort à Bruxelles semble souvent insignifiant face à la vision d’un enfant pris dans les flammes, d’un parent criant au secours pour sauver ses enfants coincés sous les décombres, d’un survivant de la Nakba préférant mourir plutôt que d’assister à ce génocide, et tant d’autres scènes déchirantes.

Je porte les histoires de mon peuple avec moi – non comme un fardeau, mais comme une source de sens.

Même si le monde peut sembler indifférent, je puise ma force dans mes racines et dans l’engagement inébranlable pour la justice qui unit des personnes au-delà des frontières. Chaque acte de solidarité, chaque voix contre le génocide et la violence coloniale, me rappellent que c’est notre lutte collective qui compte. Je porte les histoires de mon peuple avec moi – non comme un fardeau, mais comme une source de sens. Même en exil, je ne suis pas impuissante. Je ne suis pas une victime. Je fais partie d’un mouvement mondial pour la libération et je vais continuer à résister, à espérer et à croire qu’un avenir fondé sur la dignité et la liberté n’est pas seulement possible, mais nécessaire.

Qu’as-tu envie de dire au monde ?

Ouvrez vos yeux, vos esprits, et vos cœurs. Prenez position pour ce qui est juste ;

Rester neutre ou silencieux face à une injustice grave est une forme de complicité. Refusez d’être complices de colonialisme, de génocide, de famine et de nettoyage ethnique ; la Palestine peut sembler lointaine, mais ce qu’il s’y passe met à l’épreuve notre humanité commune et façonne le monde que nous léguerons ;

Chaque personne – y compris toi, moi, et le peuple de Palestine – mérite un monde libéré du colonialisme, de la violence et du fascisme. Construisons ce monde ensemble !

Un monde meilleur n’est pas qu’un rêve. Par nos actions, notre engagement, notre détermination – individuellement et collectivement – nous pouvons le rendre réel ;

Ne laissez pas les puissants parler ou agir en votre nom. Tenez-les pour responsables. Dites clairement : pas en mon nom, pas en notre nom !

Certains dirigeants politiques utilisent des mots forts pour désamorcer votre colère et votre déception. Mais les mots ne sont pas des actes. Ne vous laissez pas tromper – exigez un véritable changement !

Le désespoir n’est pas une option. Notre seule voie d’avenir est de continuer à nous battre pour la justice ; un jour, on vous demandera – ou vous vous demanderez – qu’avez-vous fait pendant le premier génocide diffusé en direct dans le monde ? Assurez-vous que votre réponse soit une source de fierté pour vous.

Top