Israël interdit les boycotts contre l’Etat

Le Parlement israélien a adopté lundi une législation controversée qui interdit effectivement tout appel public au boycott contre l’Etat d’Israël ou de ses colonies en Cisjordanie, rendant l’action d’une telle infraction punissable.

Les critiques et les groupes de droits civils dénoncé la nouvelle loi comme antidémocratique et une agression flagrante à la liberté d’expression et de protestation. Les défenseurs de la loi ont dit qu’elle était un outil nécessaire dans la lutte d’Israël contre ce qu’ils appellent sa délégitimation mondiale.

Le passage de la loi a suivi à une série d’efforts au Parlement dominé par la droite à promouvoir une législation considérée par les Israéliens les plus libéraux comme une érosion des valeurs démocratiques.

Certaines critiques ont fait valoir que l’adoption de la législation contre le boycott délégitimerait encore plus Israël, qui fait face à une pression croissante sur les colonies de Cisjordanie que les Palestiniens considèrent comme une partie du territoire d’un futur État. La poursuite de la construction dans les colonies a été un obstacle majeur dans les tentatives de reprise des pourparlers de paix en panne.

Le projet de loi a été adopté par 47 voix contre 38. Il prend en compte des appels au boycott économique, culturel ou académique de l’Etat, de ses institutions ou de toute zone sous son contrôle, une référence aux territoires occupés.

Les contrevenants pourraient faire face à des poursuites et des sanctions pécuniaires. Les entreprises ou les organisations qui soutiennent le boycott pourraient perdre le droit de participer aux appels d’offres pour les travaux du gouvernement. Les organismes sans but lucratif émettant des appels au boycott risquent de perdre leurs avantages fiscaux.

Le projet de loi nommé le « boycott bill » a été parrainé par Zeev Elkin du Likoud, le parti conservateur dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu. M. Netanyahu était absent du vote, comme l’était le ministre de la Défense, Ehud Barak, qui mène une petite faction centriste dans la coalition gouvernementale.

Dans un avis publié plus tôt lundi, le conseiller juridique du Parlement, Eyal Yinon, a souligné que les éléments du projet de loi étaient proches de l’inconstitutionnalité et qu’ils s’attaquaient au cœur de la liberté d’expression politique. Toutefois, le procureur général Yehouda Weinstein a donné son approbation au projet de loi.

Le président du Parlement, Reuven Rivlin du Likoud, a essayé d’introduire des modérations dans le projet de loi, mais elles ont été rejetées. M. Rivlin s’est abstenu de voter.

L’Association pour les droits civils en Israël et d’autres organisations des droits humains ont déclaré qu’ils se préparaient à contester la loi devant la Haute Cour de Justice. L’association a décrit la loi comme «une étape antidémocratique, destinée à créer un effet paralysant sur la société civile.”

Ilan Gilon, un législateur du parti de gauche Meretz, a déclaré: “Je ne sais pas du tout ce qui crée plus de délégitimation d’Israël à l’étranger que ces lois».

Hagai El-Ad, le directeur exécutif de l’Association pour les droits civils en Israël, et d’autres opposants à la loi ont signalé que les Israéliens avaient récemment lancé leur premier boycott de consommateurs à succès, faisant baisser le prix du cottage cheese. “Pourquoi les citoyens israéliens devraient être autorisés au boycott du cottage cheese israélien, comme nous avons entendu et vu ces dernières semaines, mais être empêchés de boycotter l’occupation?” a-t-il dit dans une déclaration récente.

L’année dernière, des artistes de théâtre israélien avaient refusé de travailler dans un nouveau centre culturel dans la colonie urbaine d’Ariel et dans d’autres colonies de Cisjordanie, provoquant un tollé. Ils ont été suivis par des dizaines d’Israéliens de gauche universitaires, écrivains et intellectuels qui ont dit qu’ils ne donneraient pas de conférences dans ce centre ou dans aucune des colonies.

Un mouvement des Palestiniens et des sympathisants étrangers a intensifié les appels au boycott, au désinvestissement et sanctions contre Israël. Leurs campagnes ont conduit à un certain nombre d’annulations par des artistes internationaux.

M. Elkin, le parrain de la législation, a déclaré que son importance principale était “le fait que les appels au boycott de l’État d’Israël sont venus de plus en plus de notre propre camp, ce qui rend difficile à mener une bataille contre un boycott venant du monde. ”

Par Isabel Kershner

Source : New York Times, 11 juillet 2011
Sur le même sujet, voir aussi :
– Supporting the Palestinian BDS call from within : “We will not be silent : statement in regard to the Israeli anti-boycott law”.

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