Hamas et manifestations populaires à Gaza

Ces derniers mois, les mouvements de protestation se sont multipliés dans la bande de Gaza. Pour certains observateurs, ils témoigneraient du fait que la population fait porter au Hamas la responsabilité principale du désastre actuel. La réalité est plus nuancée.

Par Marianne Blume

« Vous condamnez le Hamas? » On se souvient tous de cette question que les journalistes posaient immanquablement à tout Palestinien ou toute personne qui soutiendrait de près ou de loin leurs droits. Elle est encore récurrente sous d’autres formes.

C’est ainsi que, quand des manifestations se sont produites à Beit Lahiya et ensuite à Khan Younis, tous les médias, avec un ensemble parfait, se sont empressés de s’en réjouir et de répercuter les slogans anti-Hamas qui les avaient émaillées. Peu se sont inquiétés des raisons profondes qui ont amené une population en danger de mort permanent à se réunir dans les rues.

Or, si l’on se penche de plus près sur ces protestations, les raisons en sont très simples, comme en témoignent les slogans: « Arrêtez la guerre », « Nous refusons de mourir », « Nous voulons vivre en paix » et « Nous voulons manger ». Un manifestant explique que les gens voulaient exprimer leur ras-le-bol « face aux destructions, aux bombardements incessants et aux ordres d’évacuation répétés (de l’armée israélienne). »¹ Selon des témoins, la manifestation a commencé comme un rassemblement anti-guerre; au début, elle n’avait rien de politique mais elle s’est transformée et des slogans anti-Hamas sont effectivement apparus. Un autre manifestant explique parfaitement ce qui s’est passé là: « Nous voulons que cessent les massacres et les déplacements, quel qu’en soit le prix. Nous ne pouvons pas empêcher Israël de nous tuer, mais nous pouvons faire pression sur le Hamas pour qu’il fasse des concessions. »²

Et tout le débat est là. Des commentaires sur les réseaux sociaux, il ressort clairement que la population qui s’exprime est divisée entre ceux qui pensent que si le Hamas rend les otages, la guerre prendra fin et ceux qui ne se font aucune illusion sur les intentions d’Israël et continuent de soutenir la résistance. Il est clair aussi que le Fatah reprend du poil de la bête et profite de la situation pour attiser le ressentiment populaire. Toutes les anciennes accusations sont amplifiées. À la fois sur les réseaux sociaux et dans les manifestations, les critiques sont lourdes: le Hamas est accusé d’avoir mené la bande de Gaza à sa perte, de profiter de l’économie de guerre, de réprimer les citoyens critiques et de ne pas penser à la population.

Les dirigeants locaux refusent que les demandes populaires légitimes soient ainsi politiquement récupérées et le groupe des Anciens et des Mukhtars de Beit Lahia a publiquement affirmé son soutien aux manifestations contre l’offensive israélienne et son blocus, de même qu’à la résistance armée³.

RÉSULTATS D’UN SONDAGE RÉCENT

D’après le sondage réalisé par le PCPSR⁴ (Palestinian Center for Policy and Survey Research), daté de début mai 2025, les habitants de Gaza favorables aux manifestations anti-Hamas dans la bande de Gaza et ceux qui s’y opposent sont presque à égalité. Néanmoins, la plupart d’entre eux pensent que ces manifestations sont motivées et dirigées de l’extérieur. Par ailleurs, interrogés sur la situation humanitaire, la majorité des sondés accusent Israël et les États-Unis d’être les premiers responsables de leurs souffrances et seule une petite minorité accuse le Hamas d’en être le premier responsable. Enfin, 60% des sondés sont en désaccord avec l’affirmation selon laquelle si le Hamas libère les détenus israéliens, la guerre prendra fin et Israël se retirera de la bande de Gaza. Ceci dit, la popularité du Hamas a effectivement baissé depuis le début de l’agression israélienne: de 62% en mars 2024, elle est descendue à 39% en mai 2025. Le soutien à l’action du 7 octobre du Hamas a également baissé.

ET DONC ?

Et donc, la réalité est plus complexe que ce que les journalistes veulent en voir. La population de Gaza veut la paix, la sécurité, elle veut manger, elle veut VIVRE. Dès lors, elle exprime sa colère, sa désespérance et sa souffrance en manifestant, y compris contre l’autorité qui négocie avec Israël. Le Hamas n’est sûrement pas à l’abri de critiques⁵ mais pour nous ici, l’urgence, c’est de mettre fin au génocide et de permettre au peuple de Gaza de revivre.

1/ BFMTV, 24 avril 2025.
2/ Euronews, 26 mars 2025.
3/ Loc.cit.
4/ Press Release: Public Opinion Poll No (95) | PCPSR.
5/ « Les services de sécurité du Hamas répriment les manifestants
à Gaza», Amnesty International, 28 mai 2025.

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