par Gérard Haddad, Éditions Le Passeur, janvier 2025
Chronique par Michel Brouyaux,
Bulletin n°105, automne 2025
Dans douze lettres enflammées, Gérard Haddad s’adresse à son maître à penser, celui qui déchira l’enveloppe d’illusions qui le séparait de l’insupportable réel.
Disparu en 1994, Yeshayahou Leibowitz était un sioniste convaincu. Il combattit comme officier en 1948 dans l’organisation paramilitaire juive, la Haganah. Professeur d’université, il fut notamment lauréat
du prestigieux Prix Israël. Dès 1967, il comprit avant tout le monde la catastrophe qu’entraînerait l’occupation des territoires conquis au terme de la guerre de 1967. Et c’est allé de mal en pis, (…) les discours des dirigeants n’offrant jamais une main tendue, mais au contraire toujours menaçant de destruction radicale, sur un ton guerrier appelant à vivre pour l’éternité sous le sabre.Tout cela ne pouvait que conduire au génocide : il est en cours. Israël devra « tuer son double détesté, le Palestinien. »
Le prophète, écrit Gérard Haddad, est celui qui voit au-delà de l’horizon. Leibowitz développe alors l’« éthique de la trahison » et préconise l’objection de conscience. Oui, il faut trahir ceux qui
trahissent les valeurs juives. Je veux qu’on me considère comme traître à toutes les valeurs qui dominent en ce pays. Évidemment, cette clairvoyance, cette éthique se paient d’un prix très lourd : être mis au ban de sa communauté, être vu comme un paria. Vous étiez pourtant le berger de ce peuple égaré. Hélas, conclut Gérard Haddad, vous n’avez pas été remplacé dans ce pays sans boussole…
Lien vers le livre : https://www.librairie-gallimard.com/livre/9782385210458-eloge-de-la-trahison-lettres-enflammees-sur-le-devenir-d-israel-gerard-haddad/