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Catégorisé | Infos

Session de clôture du Tribunal Russell sur la Palestine – par Nurit Peled Elhanan

Bulletin 56, juin 2013

Je voudrais dédicacer ces paroles à notre très cher Stéphane Hessel à qui j’avais été présentée à Paris par mes enfants Elik et Guy qui l’admiraient profondément et s’inspiraient de lui dans leur propre combat contre l’occupation de la Palestine.

Je voudrais aussi dédicacer ces mots à la mémoire d’un jeune homme de l’âge de mes enfants, le martyr Mo’ayad Nazeeh Ghazawna ( 35 ans ) mort hier à l’hôpital de Ramallah. Mo’ayad a été blessé il y a trois semaines par une bombe lacrymogène lancée par les forces d’occupation israéliennes. Et à tous les enfants des mères palestiniennes, qui sont tués, mutilés et torturés pendant que je vous parle, qui sont kidnappés dans leur lit chaque nuit et jetés dans des cellules d’isolement, arrachés à leurs parents et à leurs familles, interrogés dans les plus cruelles conditions, traumatisés à vie pour rien, pour avoir lancé une pierre ou traversé une rue réservée aux seuls Juifs ou être rentrés à leur village au retour de l’école en passant par un trou de la clôture de sécurité. Ces enfants et leurs parents ne peuvent jamais être entendus devant aucune cour de justice ni aucun tribunal au monde. Leur parole n’a aucune validité dans le système judiciaire occidental. Leur condamnation est toujours prononcée à l’avance. Ce sont des criminels par le simple fait qu’ils sont palestiniens. Et ce fait à lui seul autorise leurs oppresseurs à les traiter comme des êtres « à qui l’on dénie par la force tout statut social et dont les vies peuvent être supprimées impunément ».

Ces enfants et leurs parents, qui manifestent chaque vendredi contre le Mur de l’apartheid et contre les colonies à Nabi Saleh, Masaara, Nilin, Bilin, Bet Umar pour ne nommer que quelques villages, dont les maisons sont démolies sous des justifications puisées dans ce que le sociologue décédé Stanley Cohen appelait le « kitsch sioniste », ont reçu peut-être pour la toute première fois une écoute correcte devant le Tribunal Russel sur la Palestine.

Les Palestiniens ne sont pas autorisés à quitter leurs maisons même pour aller dans le village voisin rendre visite à leur famille encore moins à voyager pour aller jusqu’à Bruxelles. mais nous, qui avons le privilège de pouvoir voyager, devons être leurs émissaires. Nous ne pouvons permettre, et Stéphane Hessel le répétait sans cesse, de les laisser s’exaspérer parce que l’exaspération est le déni de l’espoir. Et nous, qui pouvons parler et avons le privilège de pouvoir être entendus, devons créer de l’espoir pour ceux qui n’en ont pas.

Les personnes qui ont survécu à Auschwitz disent souvent que l’une des choses les plus exaspérantes, c’était de savoir que personne ne connaissait leur souffrance, que personne ne voyait leur détresse.

Personne n’a jamais été intéressé par la souffrance humaine, surtout quand elle surgit à votre porte ou dans votre arrière-cour et on lui a toujours collé des étiquettes politiques. Pratiquement personne aujourd’hui n’étudie ni n’enseigne vraiment la souffrance des Palestiniens.

C’est pourquoi savoir qu’il y a une institution professionnelle, respectable et influente, qui est consciente de leur détresse et de leur lutte pour leur survie, pour leur dignité et leur liberté est un encouragement pour tous ceux qui résistent contre le mal israélien, des Palestiniens comme des Israéliens, à continuer à lutter et continuer à vivre.

Selon moi, c’est un des objectifs majeurs du Tribunal Russell. L’autre objectif était de collecter suffisamment de preuves pour incriminer Israël et ses complices occidentaux dans des termes qu’ils ne puissent ignorer.

Israël a réussi à se faire passer lui-même pour une démocratie mais c’est, comme l’a établi le Tribunal, un Etat d’apartheid qui prive la moitié de sa population dominée des produits de première nécessité comme de l’eau en été. Giorgio Agamben a dit récemment :  » L’Etat d’Israël est un bon exemple qui montre comment, quand un état d’exception se prolonge, toutes les institutions démocratiques s’effondrent. C’est ce qui est arrivé dans la République de Weimar. »

Israël a atteint un sommet inimaginable dans le mal. Et en effet, beaucoup de gens dans le monde peinent à croire qu’il en est ainsi.

Qui pourrait imaginer des brutes juives, bottées de noir et casquées, armées de fusils et de bâtons, lâchant des chiens sur de petits enfants et des vieillards, ou laissant des demandeurs d’asile mourir de soif dans le désert et des prisonniers mourir en grève de la faim, les punissant, ainsi que leurs familles en les envoyant en détention ? Qui pourrait imaginer des médecins juifs sortant un blessé de l’hôpital et le laissant mourir de soif sur une route déserte ? Et qui pourrait penser àdes soldats juifs brisant la nuque d’une jeune fille portant une écharpe rose pour avoir manifesté contre l’oppression ? Qui pourrait imaginer l’éducation de jeunes filles juives consistant à battre et à harceler des femmes et des enfants ou une soldate juive recevant une médaille du courage pour avoir abattu un adolescent palestinien qui s’en allait chercher son gâteau d’anniversaire ?

 

La seule conclusion possible doit être que le mal israélien n’a rien à voir avec le judaïsme et que ce qui se manifeste dans le comportement des Israéliens n’est pas de la judéité. C’est le professeur Yeshayahu Leibovitch qui avait dit: Le judaïsme national est au judaïsme ce que le national-socialisme était au socialisme. Ce qui commande le comportement israélien, c’est du pur racisme colonialiste, nationaliste et chauviniste qui devrait être traité comme tel.

Stéphane Hessel était clair comme le cristal à cet égard et pour cela a été défini par un autre camarade militant Michel Warschawski, et je cite : « Stéphane Hessel n’était pas seulement la conscience du 20e siècle mais la conscience juive en tout ce qu’elle a de meilleur. »

Le Tribunal Russell sur la Palestine a démontré et, on l’espère, continuera à démontrer la justesse de la conviction de Stéphane Hessel selon laquelle la pire attitude face à l’injustice est l’indifférence. Ou le déni. L’indignation et l’engagement sont les seules réponses possibles au Mal. Et pour cela, je suis reconnaissante à chacun d’entre vous qui avez accompli ce travail. C’est très important pour nous tous, là-bas, de savoir qu’il y a des personnes ici qui ne laisseront pas tomber jusqu’à ce que que le Mur tombe et que la justice prévale enfin.

 

Nurit Peled Elhanan

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