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Catégorisé | Infos

Recrudescence du racisme en Israël

Bulletin 56, juin 2013

 

Recrudescence ?

Je voulais écrire un article sur les lynchages et autres agressions racistes récentes en Israël contre les « Arabes », entendez par là les Palestiniens citoyens d’Israël. J’avais la matière mais j’ai voulu pousser plus loin mes recherches sur Internet. Et j’ai dû me rendre à l’évidence : il n’y a pas une seule année où l’on ne recense des actes racistes. Même si, ces temps-ci, des articles dans la presse israélienne en anglais parlent d’un regain d’actes racistes, même si certains journalistes s’étonnent ou s’inquiètent de leur augmentation, il est évident que le phénomène n’est pas nouveau. Tant et si bien que les réflexions- d’Israéliens comme de Palestiniens ou d’observateurs étrangers-sur le racisme inhérent à l’Etat d’Israël restent plus que jamais pertinentes.

On me dira que le racisme est partout et ce ne sont pas les dérives racistes récentes en Grèce, en Italie, en France ou en Belgique qui le démentiront. Néanmoins, quand un Etat pratique, défend et excuse systématiquement le racisme anti-arabe depuis 64 ans, on ne peut qu’y voir la marque d’une politique et d’une éducation affirmées. L’écrivain israélien d’origine iraquienne, Sami Michael, n’hésite pas à dire que « Israël peut se targuer d’être l’Etat le plus raciste du monde développé » et ce, depuis son origine, avec le racisme contre les Juifs des pays arabes. (cité par H.SALLON, Israël secoué par le lynchage d’un Palestinien à Jérusalem, Le Monde, 31/08/2012)

J’avais donc écrit un peu vite « Recrudescence » du racisme en Israël. Comme si sa violence n’avait pas toujours marqué l’histoire d’Israël. J’ai décidé de le barrer sous vos yeux : Israël est un Etat d’apartheid raciste. Gideon Levy, dans un excellent article (The recent waves of attack on Arabs is related to the devastating impact of Netanyahu’s tenure, Haaretz, 7/03/2013)) fait l’inventaire de tout ce qui mène des jeunes à cette violence raciste mais il en rend seule responsable la politique de Netanyahou. Sur ce dernier point, je pense que Netanyahou a simplement donné des ailes au racisme qui existait déjà : contre les Arabes mais aussi contre les Juifs sépharades ou éthiopiens, contre les réfugiés africains ou les travailleurs immigrés appelés en Israël.

 

Un sondage et un rapport qui en disent long

Pour commencer, quelques résultats d’un sondage daté d’octobre 2012 : 49% des Juifs israéliens veulent que l’Etat favorise les citoyens juifs au détriment des citoyens arabes et 59% qu’on donne la préférence aux Juifs dans l’attribution d’emplois dans la fonction publique ; 42% ne veulent pas de classes mixtes pour leurs enfants et 42% ne veulent pas vivre dans le même immeuble que des Arabes ; 47% sont pour le transfert d’une partie de la population arabe d’Israël vers l’Autorité palestinienne et 69% sont contre le le droit de vote aux Palestiniens de Cisjordanie en cas d’annexion de celle-ci. (G. LEVY, Survey: Most Israeli Jews wouldn’t give Palestinians vote if West Bank was annexed, Haaretz, 23/10/2012)

Comme dit G. Levy commentant le sondage, les Israéliens sont « satisfaits par le racisme, à l’aise avec l’occupation et heureux de l’apartheid. »

Par ailleurs, dans les faits, le rapport 2013 de « The Coalition Against Racism in Israel » (groupement d’organisations israéliennes) donne un tableau complet  de tous les domaines et des communautés contre lesquelles le racisme s’exerce. Et les chiffres sont concluants : les citoyens arabes d’Israël sont bien la cible constante et principale du racisme. Celui-ci s’exerce à tous les niveaux : institutionnel, juridique, policier, éducatif et bien sûr dans la violence quotidienne. (voir site : http://www.fightracism.org/)

 

« Mort aux arabes » : haine classique de l’Autre ?

Des faits ? Un jeune promeneur lynché à Jérusalem (H. SALLON, Israël secoué par le lynchage d’un Palestinien à Jérusalem, Le Monde, 31/08/2012), un nettoyeur attaqué sur une digue à Tel Aviv, un serveur frappé à coup de battes et de chaises dans un restaurant à Tel Aviv, un habitant de Nazareth battu au lac Kinneret parce qu’il parlait arabe. Des supporters du Beitar (club de football) qui s’en prennent à des serveurs palestiniens dans un complexe commercial, qui veulent une équipe ethniquement pure et mettent le feu au local du club parce qu’on a engagé deux joueurs « musulmans ». Une femme arabe agressée à Jérusalem alors qu’elle attendait à un arrêt de métro, etc., etc., etc.

Une série impressionnante de violences perpétrées souvent par de très jeunes gens. Au cri de « Mort aux Arabes ».

Rien que l’horreur habituelle du racisme en général ? Non. Ceux qui s’en prennent aux Arabes sont le fruit d’une idéologie qui veut que le Juif risque l’holocauste tous les jours, qu’Israël est son seul refuge mais toujours menacé par les Arabes (au-dedans et en dehors d’Israël), que l’Etat d’Israël ne peut être que juif. Ils sont le fruit d’une éducation qui méprise l’Arabe (voir la critique des manuels scolaires israéliens de Nurit Peld-Elhanan), occulte la Nakba, affirme la supériorité du peuple élu et sanctifie l’exclusion/séparation et glorifie les vertus guerrières. Comme le dit Zvi Ba’rel , « Chez nous, la haine de l’Arabe fait partie des manifestations de la loyauté et de son identité qu’un citoyen juif doit apporter à l’Etat. Un Israélien loyal est un Israélien qui laissera mourir un Arabe, parce que ce dernier ‘est un Arabe’. Et si une personne n’est pas comme cela, c’est bien connu, ‘ c’est parce qu’elle couche avec les Arabes’ ». (A good Jew hates Arabs, 22/08/2012)

 

Un racisme nationaliste

On peut parler d’un racisme ancré dans le nationalisme identitaire. Le même dont fait preuve sur facebook une star des médias israéliens, Avri Gilad : « Je reviens d’un tour dans le Neguev(…) je suis consterné par ce que j’ai vu. Il n’y a plus de Néguev. Par la force, par des activités criminelles éhontées, avec une insolence qui n’est affrontée que par la crainte et la soumission, les Bédouins se sont emparés de tout le Néguev.» (R. ABURABIA, What’s so special about one Israeli TV personality ‘s racism, Haaretz, 23/04/2013) Tout y est : les stéréotypes racistes sur les Bédouins (violents, criminels et insolents) et la conquête du Néguev par des sauvages qui annihilent une partie de la terre d’Israël. Et je n’extrapole pas car on peut lire sur www.israelnationalnews.com la suite : « Ils tuent les fermiers juifs. Les Bédouins sont autorisés, parce qu’on détourne les yeux, à prendre toute la terre qu’ils veulent, à voler tout ce qu’ils veulent, à mettre le feu à la propriété de qui ceux qu ils n’apprécient pas, à assassiner tout ce qui bouge, à jeter des grenades, à porter des armes, à à attaquer des voitures, tout ce qu’on veut. » (sic)

Avri Gilad est connu pour être raciste mais cela ne disqualifie par pour autant son témoignage. Car le même discours existe chez des rabbins de haut rang qui justifient le fait de tuer un non-juif. Et il est présent aussi dans la classe politique qui n’hésite pas à dire –entre autres-que la croissance démographique arabe est « un cancer dans le corps de la nation ». En fait, il est présent dans tous les rouages de l’Etat, depuis la loi du retour jusqu’aux politiques pratiquées envers la minorité arabe en matière d’éducation, de santé, d’emploi, de routes, de distribution d’eau, etc.

Le racisme israélien n’est pas un racisme occidental typique : peur de l’Autre, haine de celui qui n’a pas la même couleur, la même religion, etc.  C’est un racisme inscrit dans les fondements mêmes de l’Etat et alimenté quotidiennement par les représentants politiques et religieux. C’est un racisme propagé par un système éducatif basé sur la transmission de l’idée de supériorité de l’Un et du déni de l’Autre.

Ce qui fait dire à Nurit Peled-Elhanan que ce racisme « fonctionne comme partie de l’appareil idéologique et répressif de l’Etat. »

Marianne Blume

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