W3vina.COM Free Wordpress Themes Joomla Templates Best Wordpress Themes Premium Wordpress Themes Top Best Wordpress Themes 2012

Catégorisé | Infos

Les prisonniers et la résistance

Bulletin 56, juin 2013

« Je défends ma dignité et celle de mon peuple et je ne le fais pas en vain. » (Khader Adnan)

 

La majorité des prisonniers sont dans les prisons israéliennes pour avoir résister à l’occupation. Qu’on aille chercher du travail en Israël « illégalement » ou qu’on manifeste (Jawad Siham, Bassem Tamimi), que l’on écrive (Ahmaed Qatamish) ou que l’on dessine (Mohammad Saba’aneh), que l’on chante (Oday al-Khatib) ou que l’on cultive son champ, que l’on soit un représentant politique (Hatem Qafisha, député), un militant (Ayman Nasser) ou un footballeur (Mahmoud Sarsak), que l’on jette des pierres ou encore que l’on prenne les armes, du moment que l’on défend la Palestine et affirme l’existence d’un peuple palestinien, on est une cible pour l’occupant.

Les prisonniers ne sont donc pas que des cas humains douloureux, ils sont la preuve vivante de l’occupation et le révélateur de la résistance. Les grévistes de la faim ne luttent pas seulement contre un système judiciaire, pénal et carcéral inique ; ils ne luttent pas seulement pour leur cas personnel ou même uniquement contre la détention administrative. Les lettres de Marwan Barghouti ou Samer Issawi sont des appels à résister, à refaire l’unité et à retrouver la dignité. De leur prison, ils interpellent le monde politique et le peuple palestinien ; ils vont jusqu’à montrer la voie d’un renouveau de la résistance contre l’oppression israélienne. C’est une question de dignité humaine individuelle mais aussi nationale. Une lettre poignante de Samer Issawi met en lumière ce lien individu/nation : « Je conseille à tous les Palestiniens de s’attacher à leur terre et à leur village et de ne jamais céder aux désirs de l’occupant israélien. Je ne vois pas cette question comme une cause personnelle concernant Samer Al Issawi. C’est une question nationale, une conviction et un principe que devrait avoir chaque Palestinien qui aime le sol sacré de son pays. » (F. CHAHINE, sur www.info-palestine.net)

 

Vers une autre stratégie nationale ?

 

Alors qu’ils sont enfermés dans des conditions déplorables, des prisonniers agissent et prouvent que le combat peut être victorieux. Khader Adnan avait montré la route. Tout récemment, il y a le cas de Samer Issawi. N’a-t-il pas, au prix de sa vie, refusé d’être libéré et envoyé à Gaza ? N’a-t-il pas en fin de compte eu gain de cause puisqu’il sera libéré ? Et que dire de la grève de plus de 2.000 prisonniers en 2012  et de 3.000 autres d’entre eux en 2013?

Les prisonniers, par leur grève de la faim accompagnée de revendications précises, ont réussi à mobiliser la solidarité internationale et même à obliger les instances internationales à prendre position. Ils ont aussi réveillé les jeunes Palestiniens qui ont manifesté avec force pour leur libération et pour dénoncer les morts sous la torture (Arafat Jaradat) ou par défaut de soins médicaux (Maissara Abou Hamdia). Tandis que les Israéliens craignent une nouvelle Intifada, les prisonniers la réclament. Les prisonniers ont toujours été des héros dans la société palestinienne et, d’une certaine manière, leur cas transcende les clivages politiques. Ainsi, tandis qu’Ismaïl Hanieh appelle à poursuivre « l’Intifada des prisonniers » sur tous les terrains, Mahmoud Abbas déclare à l’envoyé américain, John Kerry, que la libération des prisonniers est une priorité qui créera «un climat approprié » pour faire avancer le processus de paix.

Explicitement pour certains (Marwan Barghouti), implicitement pour les autres, ils disent l’inanité de la stratégie de l’Autorité palestinienne. « Arrêtez de nous vendre l’illusion qu’il y a un moyen de mettre fin à l’occupation et de réaliser un Etat par des négociations après l’échec pitoyable de cette vision ». « C’est le droit du peuple palestinien de s’opposer à l’occupation par tous les moyens et la résistance doit être centrée sur les territoires de 1967.» Voilà ce qu’écrivait Marwan Barghouti en 2012. Mais l’Autorité reste sourde à ce constat et n’a pas mis les prisonniers dans les priorités de son agenda. Et ce, depuis 20 ans de négociations avec Israël, dénonce Barghouti (R. BAROUDI, What Marwan Barghouti really means to Palestinians, Counterpunch, avril 2012).

Pour Addameer, principale association de défense des prisonniers, la chose est claire : les accords d’Oslo ont renforcé l’occupation. Dès lors, Addameer appelle à « cesser d’utiliser la question des prisonniers comme motivation pour retourner à la table des négociations » : il faut se recentrer sur le droit des détenus à être libérés immédiatement et attaquer Israël devant la Cour pénale internationale.

 

Pendant ce temps-là, en Israël…

 

…deux intellectuels dits de gauche, deux écrivains connus, Amos Oz et A.B.Yehoshua, ont répondu à la lettre adressée aux Israéliens par Samer Issawi. On aurait pu croire qu’ils réagiraient en interpellant leur gouvernement, en participant à des manifestations pour la libération d’un homme emprisonné sans jugement ou en allant le voir, enchaîné à son lit, à l’hôpital. Eh bien ! Non. Ils se sont émus. Ils se sont dits « horrifiés » par la dégradation de son état de santé et puis, sans autre état d’âme, ils lui ont demandé d’arrêter sa grève de la faim car, disent-ils, « Votre acte suicidaire ne fera qu’ajouter un autre élément de tragédie et de désespoir au conflit entre les deux nations. Donnez-vous de l’espoir afin de renforcer l’espoir parmi nous. » En bref, ces deux « militants de la paix » demandent à un prisonnier de renoncer à sa lutte légitime pour leur donner de l’espoir, à eux qui sont « engagés à s’efforcer inlassablement vers la paix entre les deux peuples, qui vivront côte à côte pour toujours dans ce pays. » (Ch. LEVINSON, Top Israeli authors plead with Palestinian security prisoner: End hunger strike, Haaretz, 13/04/2013)

On croit rêver. Heureusement, d’autres militants israéliens ont réagi plus dignement : certains ont entamé en solidarité une grève de la faim devant le ministère de la Défense, d’autres ont essayé de lui rendre visite à l’hôpital et enfin, un certain nombre a manifesté régulièrement dans différentes villes du pays.

Quant au gouvernement et à l’armée, ils sont sur pied de guerre et répriment toujours plus violemment les manifestations et continuent à arrêter, y compris des enfants…

 

Les prisonniers palestiniens se battent contre la détention administrative, pour des conditions décentes, contre la torture et les mauvais traitements, pour l’accès à l’éducation et un vrai droit de visite. Mais ils interpellent surtout les dirigeants palestiniens sur leurs stratégies de lutte ; ils redonnent la priorité à la cause palestinienne et à la résistance contre l’occupation. Leur lutte est profondément politique. Du fond de leur prison, ils résistent à l’occupant. De leur prison, ils continuent à participer au débat politique interne palestinien.

 

M.B.

 

Extrait d’une lettre de Samer Issawi :

 

« En ce qui concerne l’offre, faite par l’occupant israélien, de me déporter à Gaza, j’affirme que Gaza fait indéniablement partie de mon pays et son peuple est mon peuple. Cependant, je rendrai visite à Gaza quand j’en aurai envie et quand je le déciderai, car elle fait partie de mon pays, la Palestine, dans lequel j’ai le droit d’aller où bon me semble, du nord au sud. Je refuse catégoriquement d’être déporté à Gaza, car cette pratique ne fait que raviver l’amer souvenir des expulsions que notre peuple palestinien a subies en 1948 et 1967. (…) Je n’accepterai d’être libéré qu’à Jérusalem car je sais que l’occupant israélien tente de vider Jérusalem de ses habitants pour que les Arabes deviennent une minorité. La question de la déportation n’est plus une décision personnelle. Il s’agit au contraire d’un principe national. Si chaque détenu accepte, sous la pression, d’être déporté loin de Jérusalem, la ville finira par être totalement dépeuplée. (…) » (cité par H. Wajnblum dans Points critiques, mai2013)

 

 

 

 

 

 

 

Print Friendly
Share

Comments are closed.