La violence des colons : un fruit de la politique israélienne

Bulletin 56, juin 2013

Le 16 mars 2013, Benyamin Netanyahou annonce la formation de son nouveau gouvernement. Naftali Bennett, ancien dirigeant du Conseil des colons de Cisjordanie, dirigeant du parti d’extrême droite Le foyer juif, devient ministre de l’industrie ; issu du même parti, Uri Ariel, un colon sioniste religieux, reçoit le ministère du Logement (qui délivre les permis de construire, un portefeuille stratégique pour la colonisation de Jérusalem-Est). Moshe Ya’alon, fervent défenseur de la colonisation, opposé à la création d’un État palestinien, prend la tête du ministère de la Défense (qui se prononce sur les projets de construction civile en Cisjordanie occupée). Une configuration qui a fait dire à Gershon Mesika, le représentant des colons du nord de la Cisjordanie que ce gouvernement ressemblait « à un rêve érotique » (sic !).

Si depuis plusieurs années déjà, le gouvernement israélien n’a cessé d’appuyer le développement de la colonisation, si les agressions des colons contre les villageois à l’époque de la récolte les olives sont devenues une tradition, ce début d’année 2013 montre que la mobilisation des colons ne faiblit pas. Ainsi, dans la semaine du 19 au 25 mars 2013, 10 agressions ont été perpétrées contre des civils palestiniens (auparavant, la moyenne se situait à 7 agressions par semaine pour 2013). Sept Palestiniens ont été blessés. Du 23 au 29 avril, dix-sept Palestiniens ont été blessés au cours de 13 agressions différentes. Rien ne signale pour l’instant une quelconque inflexion de la courbe vers le bas !.

Ainsi, le 18 mars, deux bergers palestiniens ont été agressés près de la colonie de Avne Hefez (région de Tulkarem). Le 21 mars, c’est au tour d’un agriculteur d’être agressé près de la colonie de Yitzhar. Mais les colons s’en prennent aussi aux cultures. À Beit Ummar, dans la région d’Hébron, 27 oliviers et 5 plants de vigne sont détruits le 17 mars. Le 20 mars, 300 jeunes plants d’oliviers sont détruits par des colons près du village de Husan (région de Bethléem) pendant que près de Naplouse, à Burin, 12 jeunes plants d’oliviers sont détruits.

Les villageois sont fréquemment la cible d’expéditions punitives organisées par les colons, comme cela s’est produit dans les villages de Urif, Asira al-Qibliya et Burin, dans la région de Naplouse, après le meurtre, le 30 mars, d’un colon résidant dans la colonie de Yitzhar. Des bandes de jeunes colons cagoulés ont jeté des pierres sur des habitations et des véhicules. Ils ont incendié des cultures. À Urif, ils ont tenté de pénétrer par effraction dans la mosquée pour l’incendier.

Comme il est loisible de le constater sur les vidéos diffusées par l’ONG israélienne B’Tselem, les soldats israéliens font, au mieux, de grands gestes devant les colons afin qu’ils reculent. Plus généralement, ils se contentent d’observer les agressions en cours ou de discuter avec les agresseurs. Un autre cas éclaire plus encore la situation : le 24 avril, Shaker Zaro et ses deux fils ont constaté l’intrusion sur leurs terres de colons originaires de la colonie de Giv’at Gal. Celle-ci surplombe les terres de la famille qui ont été récemment plusieurs fois l’objet de telles intrusions. L’homme prévient la police israélienne qui, plutôt que d’arrêter les colons indélicats, arrête aussitôt brutalement les trois plaignants ! Ils passeront 24 heures en détention, au cours desquelles ils subiront des pressions diverses, avant que le tribunal militaire d’Ofer ne reconnaisse leur bon droit.

Ces agressions ne sont pas le fruit du hasard. Elles n’ont pas besoin, comme prétexte, de l’agression d’un colon ou d’une décision du gouvernement israélien contraire aux intérêts des colons. Elles se produisent quasi quotidiennement dans les campagnes de Cisjordanie occupée. Sur un territoire atomisé par la colonisation, où les villages sont souvent isolés les uns des autres par des colonies ou par des routes coloniales, les villageois palestiniens n’ont souvent d’autre moyen de se protéger que de s’enfermer derrière des grilles. Après avoir répondu à la célèbre incitation d’Ariel Sharon à prendre les collines de Cisjordanie, les colons s’attaquent de plus en plus systématiquement à ce qui fait l’essence même de l’existence villageoise palestinienne : la terre, resserrant chaque fois un peu plus l’étau autour des villages et des villageois qui y résident.

Julien Masri

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