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Catégorisé | Infos

Les Frères musulmans égyptiens et la gestion du dossier palestinien ou comment la realpolitik l’emporte sur les convictions politiques

Bulletin 56, juin 2013

L’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Egypte en janvier 2012 a suscité une profonde satisfaction chez les Palestiniens, en particulier à Gaza. Mais très vite, l’euphorie consécutive  à cette élection a dû céder la place  à la déception. Confrontés à l’exercice du pouvoir, les Frères musulmans ont fait preuve d’un pragmatisme politique qui en a surpris plus d’un. 

L’arrivée au pouvoir des Frères musulmans : la fin d’une ère ? 

Si Israël voyait d’un très mauvais œil le départ de Moubarak, qui représentait un allié sûr et fiable dans la région, il va sans dire que la chute du dictateur a provoqué une immense satisfaction dans le monde arabe, particulièrement en Palestine, notamment en raison des positions pro-israéliennes de ce dernier. Il faut dire que le Raïs égyptien avait développé des relations politiques et commerciales intenses avec l’Etat hébreu qui risquaient d’être mises à mal par les Frères musulmans égyptiens fraichement élus. Si cette élection devait permettre à l’Egypte de s’affranchir de son encombrant voisin israélien, elle devait permettre par la même occasion au nouveau pouvoir de prendre ses distances par rapport au « parrain américain ». En effet, l’Egypte bénéficie depuis plusieurs décennies d’une aide financière américaine -militaire et économique- importante qui la place au second rang des bénéficiaires américains  les plus importants après Israël.

D’aucuns considèrent les Frères musulmans comme étant à la pointe du combat anti-israélien dans la région. Partisane de la lutte armée,  marginalisée et brimée durant le règne de Moubarak, la Confrérie n’avait de cesse de dénoncer la politique égyptienne à l’endroit de la Palestine. En mars 2013, deux mois après son investiture, elle a adopté une résolution qualifiant Israël « d’ennemi numéro un de l’Egypte », ce qui a amené plusieurs commentateurs à parler d’une nouvelle orientation de la politique égyptienne  dans le dossier palestinien. Malheureusement, une analyse approfondie des faits montre qu’il n’en est rien. D’emblée, Mohamed Morsi, chef de l’Etat égyptien, issu des rangs des Frères musulmans, s’est  empressé de souligner son intention de ne pas remettre en cause  les accords internationaux ratifiés précédemment par l’Egypte, en particulier l’accord de Camp David. Ce traité de paix permit aux Egyptiens de récupérer le Sinaï annexé par Israël lors de la guerre dite des Six-jours en 1967, bien qu’il soit totalement impopulaire dans la société égyptienne.  Dans l’opposition, le mouvement des Frères musulmans avait toujours soutenu la lutte armée des Palestiniens comme méthode pour recouvrer leurs droits nationaux. Or le traité de paix israélo-égyptien mettait un terme à cette option comme mode de lutte, ce qui constitue clairement une  entorse aux principes affichés publiquement par le mouvement. Si le nouveau pouvoir a des circonstances atténuantes dans ce dossier, dans la mesure où il hérite d’une situation politique pour le moins complexe, d’autres faits attestent d’un revirement politique  de la Confrérie par rapport à son crédo habituel.

La bande de Gaza comme indicateur de la politique égyptienne dans le dossier palestinien

Si l’ex-Président égyptien avait clairement affiché son soutien à l’agression israélienne lors de l’opération Plomb durci, l’actuel Président Mohamed Morsi a fait preuve d’audace politique en novembre 2012 lors de la dernière agression israélienne Pilier de défense en rappelant aussitôt son ambassadeur en poste en Israël et en dépêchant  sur place son Premier ministre deux jours seulement après le début de l’opération. De surcroît, il a joué un rôle prépondérant pour mettre un terme aux hostilités entre les deux protagonistes. Par ailleurs, le poste-frontière de Rafah est ouvert tous les jours, le nombre de Palestiniens autorisés à le passer évoluant sensiblement pour passer de 450 à 1 000 par jour. C’était là une manière de se démarquer des pratiques de l’ancien régime qui avait clairement soutenu le blocus de la bande de Gaza en bloquant le poste-frontière de Rafah. L’accession des Frères musulmans au pouvoir a empli d’espoir les Gazaouis convaincus que leur situation politique, économique et sociale allait s’améliorer. Néanmoins, les relations entre le Mouvement de la résistance islamique palestinienne Hamas, aux affaires dans la bande de Gaza, et le mouvement des Frères musulmans  vont se ternir en raison notamment d’une attaque survenue en août 2012 au poste-frontière de Rafah qui va coûter la vie à 16 gardes-frontières égyptiens. Incident meurtrier dont les autorités égyptiennes ont rendu responsable le Hamas. Bien que le fait ne soit pas clairement établi, une importante campagne médiatique visant à lui faire endosser ce douloureux incident s’est développée dans les médias égyptiens, avec notamment pour conséquence un sentiment anti-Hamas virulent dans l’opinion publique égyptienne.  De plus, en représailles, les autorités égyptiennes ont lancé l’opération Aigle 2  afin de « nettoyer » le Sinaï des éléments susceptibles d’être à l’origine de cette tuerie. Pire encore, l’armée égyptienne va procéder, dans les mois qui ont suivi, à la destruction et l’inondation par des eaux usées provenant d’égouts de plusieurs centaines de tunnels qui servent à la contrebande de marchandises entre Gaza et l’Egypte en vue de les rendre totalement impraticables. Pour nombre d’observateurs palestiniens, en agissant de la sorte, le gouvernement de Mohamed Morsi a repris à son compte des pratiques de l’ancien régime. En effet, les tunnels constituent une bouée de sauvetage qui permet aux Gazaouis de contourner le blocus israélien. Grâce à eux, les habitants de Gaza peuvent se ravitailler en produits de première nécessité, mais aussi et surtout ne pas dépendre des produits israéliens devenus hors de prix pour les habitants de ce territoire assiégé par Israël depuis 2007. Sans ces tunnels, la crise alimentaire et sanitaire qui frappe la bande de Gaza depuis l’imposition d’un blocus terrestre, maritime et aérien du territoire aurait été plus dramatique. Certains estiment que près de 80% des produits alimentaires transitent par ces tunnels. Ce qui conduit Mahmoud Zahar, un des chefs du mouvement Hamas à déclarer sans ambages: « L’ancien régime était cruel, mais il n’avait jamais accepté d’affamer Gaza ».  Le Caire, quant à lui, justifie ces destructions par l’existence d’un trafic d’armes vers l’enclave palestinienne, qui mettrait en péril la sécurité du Sinaï. Or, pour la résistance palestinienne, ces tunnels permettent l’acheminement d’armements nécessaires à son combat. Chantre de la lutte armée contre l’occupant israélien lorsqu’elle était dans la clandestinité, la Confrérie égyptienne aujourd’hui au pouvoir met en avant des arguments prétendument sécuritaires pour justifier ses actes d’obstruction et de déloyauté à l’égard de la résistance palestinienne. Des considérations plus prosaïques, la realpolitik et l’exercice du pouvoir sont à l’origine des revirements du mouvement des Frères musulmans dans sa gestion du dossier palestinien. La question palestinienne n’est plus une priorité pour les nouvelles autorités égyptiennes qui restent, pour les questions économiques, dépendantes des pays occidentaux, Etats-Unis en tête, ce qui constitue un moyen de pression considérable sur l’Egypte post-révolutionnaire. Rien ne laisse entrevoir dans les actes du Président Morsi de réelle volonté de changement. Ce qui fait dire à Ziad Medoukh, responsable du département français de l’Université Al Quds de Gaza et coordinateur du Centre de la paix à Gaza:   « Mais les Frères musulmans ont un double langage. Officiellement, ils veulent libérer la Palestine mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Désormais, ils vont tout faire pour se maintenir au pouvoir. Pour cela, ils ont besoin de l’appui des Etats-Unis, et donc, ils vont devoir faire des concessions. Au lieu de soutenir la résistance armée du Hamas, ils vont faire pression sur le mouvement islamiste pour qu’il cesse toute hostilité envers Israël afin de respecter la trêve. (…). »

Hocine Ouazraf

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