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Catégorisé | Infos

Dans les coulisses de la normalisation des relations turco-israéliennes

Bulletin 56, juin 2013

Trois ans après le raid meurtrier sur la flottille de Gaza qui avait provoqué une crise diplomatique entre les deux pays, Israël a consenti à présenter des excuses à la Turquie, achevant ainsi le processus de rapprochement entamé il y a quelques mois. Celui-ci s’explique par la convergence de plusieurs facteurs, au premier rang desquels la géopolitique régionale,  les enjeux énergétiques et le partenariat stratégique de chacune des parties avec les Etats-Unis.

En pleine visite de Barack Obama en Israël, le gouvernement israélien s’est finalement décidé à s’excuser auprès de la Turquie pour la mort de 9 civils turcs lors de l’arraisonnement de la flottille affrétée pour briser le blocus de Gaza et y acheminer de l’aide humanitaire. Ces excuses s’accompagnent d’un accord de dédommagement des familles des victimes et de l’engagement, du côté turc, que les procédures juridiques intentées contre les soldats israéliens seront immédiatement arrêtées. En scellant ce deal, le premier ministre turc Recep Erdoğan réduit la revendication de justice aux seules réparations, sans même consulter les familles concernées, et cède sur l’exigence de levée du blocus sur Gaza, jusqu’alors posée comme condition de la normalisation des relations bilatérales.

Des relations en dents de scie

Après avoir connu une période faste dans les années 90 illustrée par la signature de nombreux accords de coopération, les relations turco-israéliennes ont commencé à se détériorer au début des années 2000, lorsqu’il est devenu évident que le processus de paix initié à Oslo s’était soldé par un échec. Plusieurs évènements, dont le soutien diplomatique apporté par la Turquie au Hamas après la victoire de ce dernier aux élections palestiniennes et l’opération Plomb durci, sont venus nourrir les tensions, que le raid sur la flottille a transformées en crise ouverte. Celle-ci s’est traduite par l’expulsion de l’ambassadeur israélien d’Ankara et le gel des relations militaires.  Deux composantes du contexte géopolitique sont venues la renforcer: une appréciation contradictoire des révolutions arabes et le rapprochement israélo-chypriote suite à la découverte par Israël de champs gaziers en Méditerranée.

L’alignement sur plusieurs intérêts communs va renverser la tendance. Pour commencer, la prise de distance turque avec le régime d’Assad en Syrie rencontre les intérêts sécuritaires israéliens, échaudés par plusieurs incidents sur le plateau du Golan. A la crainte de déstabilisation de la frontière du Golan vient s’ajouter celle de la prolifération d’armes lourdes (notamment vers le Liban) en cas de chute du régime syrien. Et c’est ici que la coopération militaire avec la Turquie est indispensable à Israël, la Turquie étant considérée comme le seul partenaire régional capable de contenir cette prolifération potentielle. C’est dans ce cadre que doit être comprise la livraison par Israël d’équipements militaires à hauteur de 25 millions de dollars à l’industrie aérospatiale turque. Par ailleurs, en cas d’affrontement d’Israël avec l’Iran, la stabilisation des relations israéliennes avec la Turquie pourrait permettre de neutraliser cette dernière.

Les liens transatlantiques offrent un second élément d’explication, Israël ayant besoin de la Turquie et à plus forte raison des Etats-Unis pour contenir son isolement croissant. Washington compte sur la Turquie pour servir de courroie de transmission entre Israël et l’Iran dans le cadre des négociations sur le nucléaire iranien.  La Turquie a, quant à elle, tout intérêt à satisfaire son allié américain pour retrouver son statut de médiateur dans le processus de paix israélo-arabe que les Etats-Unis s’efforcent de relancer, ce qui lui permettrait d’asseoir son influence politique au niveau régional.

Enfin, l’intérêt des deux pays converge en ce qui concerne le gazoduc qui transportera le gaz israélien vers l’Europe. Du côté turc, il s’agit de diversifier les sources d’approvisionnement en énergie, de devenir un carrefour de distribution de gaz vers l’Europe et de s’interposer entre Chypre et Israël, qui viennent de conclure un accord de prospection conjointe, contesté par la Turquie. Israël, quant à lui, préfèrerait se tourner vers un partenaire plus solide du point de vue économique, plus à même d’investir dans un couteux projet sous-marin qui permettrait d’éviter le passage par le canal de Suez.

La Palestine, reléguée à l’arrière-plan?

La normalisation des relations turco-israéliennes correspond à une évolution stratégique qui l’emporte sur l’engagement de la Turquie en faveur de la Palestine. En prenant ses distances vis-à-vis d’Israël, la Turquie a été évacuée des discussions liées au processus de paix et a perdu son levier d’influence. Le rapprochement auquel on assiste peut être vu comme un renoncement turc sur cette question, ou, a contrario, comme la réévaluation nécessaire d’une prise de position qui n’a pas été couronnée de succès. Pour cela, encore faudrait-il connaitre les intentions réelles du gouvernement turc. L’histoire nous le dira.

Katarzyna Lemanska

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Energie

Ces trois dernières années, Israël a découvert deux importants champs gaziers (Tamar et Léviathan) au large de la Méditerranée, plus précisément dans le bassin Levantin qui s’étend sur les eaux syriennes, chypriotes et libanaises. L’exploitation de ces gisements se pose déjà en catalyseur de tensions supplémentaires entre les différents acteurs impliqués (Chypre, Turquie, Liban, Syrie, Palestine et Israël). A la clé, le partage d’une manne financière conséquente (entre 130 et 240 milliards de dollars selon les projections) et l’indépendance énergétique (les ressources en gaz du Bassin sont estimées à 3 400 milliards de m3). Illustrations de ces tensions : le Liban a déjà fait savoir qu’il disputait la souveraineté israélienne exclusive sur Tamar et Léviathan, les frontières maritimes des deux pays n’ayant pas été définies; la Turquie conteste l’accord conclu entre la République de Chypre et Israël qui porte sur la délimitation de leurs zones économiques exclusives en Méditerranée.

Dans la configuration actuelle, ces découvertes sont des atouts stratégique et économique majeurs pour Israël. Elles rendent Israël moins dépendant de l’Egypte, qui fournit 40% de sa consommation domestique et, selon les prévisions de la Banque d’Israël, rien que les réserves de Tamar (deux fois moins importantes que celles de Léviathan), devraient ajouter 1% à la croissance économique israélienne en 2013. Par ailleurs, les efforts de prospection libanaise et syrienne sont quasi inexistants alors qu’Israël continue à mobiliser des ressources importantes dans l’espoir de trouver des gisements supplémentaires de gaz, mais aussi du pétrole. Si, d’un côté, les Israéliens comptent bien profiter de ces nouveaux développements, ils bloquent de l’autre les négociations avec les Palestiniens qui pourraient permettre les exploitations gazières gazaouies – et donc mettre fin aux incessantes coupures de courant dues au blocus.

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1949 : la Turquie reconnait Israël

1992-1998 : signature d’accords sur le tourisme, l’éducation, l’environnement, le libre-échange, la taxation et les investissements

1996 : début de la coopération militaire

2009 : prise de distance de la Turquie suite à l’opération Plomb durci, annulation d’exercices militaires conjoints

Mai 2010 : attaque israélienne sur la Flottille de Gaza, la prise de distance se transforme en crise ouverte

Mars 2013 : visite de Barack Obama en Israël,  normalisation des relations turco-israéliennes

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