Mauvaise foi européenne

Edito, Bulletin 62, décembre 2014

Entendu lors d’une rencontre de la Coordination européenne des comités de soutien à la Palestine (ECCP) avec de hauts responsables de la Commission européenne, en ce début d’octobre : « Cet été, les intentions d’Israël étaient pures mais elles ont abouti à un bilan effroyable. 2154 Palestiniens tués dont une majorité de civils, nous ne pouvons l’accepter. Le Hamas s’est lancé dans cette guerre car il n’avait plus d’autre choix ; ses alliés égyptiens ayant été renversés par le général Al-Sissi, le blocus faisait des ravages dans les rangs de la population qui appelait de ses vœux le retour de l’Autorité palestinienne… Ils ont donc utilisé leurs roquettes avec l’intention de massacrer des civils israéliens, mais sans y parvenir vu l’imprécision du tir de ces armes et le système bien au point de protection israélien (4 civils tués). »

Et de conclure «  un Etat a l’obligation de protéger ses citoyens. Israël n’a fait que son devoir. Israël a, en outre, régulièrement informé les civils palestiniens de Gaza de ses bombardements, pour qu’ils puissent s’enfuir » !

Aujourd’hui que les armes se sont tues, selon ces mêmes hauts fonctionnaires, c’est « à  Mahmoud Abbas de reprendre la main et de profiter de la faiblesse du Hamas pour reprendre les négociations de paix avec Israël. Il y a urgence, nous dit l’un d’eux, car nous, les Européens, n’avons plus les moyens financiers de porter à bout de bras les Palestiniens ni de participer sérieusement à la reconstruction de Gaza. »

Discours parfaitement assumé, accompagné de bons conseils « et surtout, ne parlez pas de crime de génocide car cela vous discrédite », un autre allant jusqu’à nous inviter à organiser une manifestation de soutien à la nouvelle Haute représentante de l’Union européenne,  Mme Federica Mogherini.

Voilà des propos qui témoignent de l’arrogance et de l’adhésion totale de nombre de responsables de la Commission aux thèses du gouvernement Netanyahou vis-à-vis duquel aucune critique ne fut formulée au cours de l’entrevue.

Bien que passablement heurtés, voire même révoltés par ces propos, nous avons cependant soumis nos propositions d’action à ces messieurs de l’UE :

–        Faire preuve d’un minimum de cohérence dans l’approche de la problématique du Proche-Orient entre les proclamations relatives au respect des droits de l’Homme et du droit humanitaire et leur application sur le terrain . En effet, pourquoi prendre des mesures de sanctions contre la Russie et le Sri Lanka et pas contre Israël ?

–        Exiger d’Israël la levée du blocus contre Gaza et assister la Palestine pour qu’elle accède à la Cour pénale internationale ;

–        Prendre des mesures telles que la suspension de l’accord d’associations UE-Israël ; l’application urgente des Lignes directrices de juillet 2013 en matière de financements dans les colonies israéliennes ; l’application des stipulations de l’avis de la CIJ de 2004 relatif au Mur de l’apartheid ; l’exigence de paiement par Israël des dégâts causés par son armée aux équipements fournis par l’UE et ses Etats membres à la population de Gaza ; la suspension de tout commerce d’armes avec Israël aussi longtemps que durera l’occupation ; la reconnaissance de l’Etat de Palestine ; l’assistance aux 11 500 Palestiniens blessés au cours de l’opérationBbordure protectrice  et aux 600 000 déplacés de Gaza.

Heureusement pour les Palestiniens, nos revendications, nos appels et nos actions commencent à porter leurs fruits tant au Parlement européen que dans les parlements nationaux.

Des gouvernements prennent des initiatives fustigeant Israël pour ses crimes de guerre et ses crimes contre l’humanité commis cet été.

La session extraordinaire particulièrement émouvante du Tribunal Russell sur la Palestine tenue à Bruxelles ce 24 septembre a fait à cet égard un travail de grande qualité pour la qualification de ces crimes et pour la dénonciation des graves manquements des alliés d’Israël.

 

Pierre Galand

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