Leila, Nurit : deux lanceuses d’alertes

Edito, Bulletin 63, mars 2015

Ce sont des militants des droits de l’Homme qui nous alertent le plus souvent sur les violations graves des droits humains des civils palestiniens, perpétrées par Israël dans les territoires occupés.

Qu’il s’agisse de l’arrestation d’enfants ou de leur kidnapping, de leur mise à la torture via notamment leur enfermement dans des cages, qu’il s’agisse de nouvelles confiscations de terre comme ce fut le cas récemment à Hébron ou des conséquences dramatiques du blocus permanent contre la population de Gaza, il est rare que les grands médias occidentaux y fassent écho. Pour s’en justifier, les rédactions invoquent à la fois leur caractère répétitif/récurrent et leur manque d’intérêt aux yeux de leur lectorat.

Il en va tout autrement lorsque des Palestiniens ripostent par des actes de résistance individuels ou collectifs. L’écho ne se fait alors pas attendre : les gouvernements occidentaux réagissent immédiatement par la condamnation et il se trouve toujours des médias pour y réserver largement leurs colonnes. Et gare à ceux qui témoigneraient d’une quelconque forme de compréhension voire d’empathie à l’égard des auteurs de ces actes aussitôt qualifiés de terroristes par la partie israélienne occupante : ils seront illico taxés d’antisémites.

Et c’est ainsi que Mr Netanyahou et ses ministres peuvent venir parader en toute quiétude aux côtés du président français et dénoncer en France ce qu’ils permettent à leur armée, à leur police et à leurs colons dans les territoires occupés de Palestine.

Parmi ces militants courageux, je veux rendre particulièrement hommage à la professeure Nurit Peled-Elhanan, semeuse infatigable d’alertes à la conscience tant de ses concitoyens que de nombreux réseaux de par le monde.

Leila Shahid et elle s’associèrent à feu Ken Coats, président de la Fondation Russell pour lancer le premier appel en faveur du TRP et dénoncer les responsables politiques et économiques complices de la souffrance infligée par Israël aux Palestiniens.

Notre association tout entière tient à les remercier pour leur engagement sans faille et hors norme dans la défense des droits inaliénables du peuple de Palestine.

Pour nous, au moment où Leila quitte la Belgique, c’est non seulement l’ambassadeur de Palestine qui s’en va mais aussi une amie proche. Leila n’est pas seulement une combattante palestinienne, c’est également une femme de grand talent sur laquelle nous avons pu compter pour la défense de cette cause qui nous est chère.

Mais par-dessus tout, ce qui aura marqué son passage en Belgique, c’est sa détermination et son énergie déployées à faire sans relâche découvrir la richesse culturelle, l’inventivité/la créativité et l’intelligence du peuple palestinien en résistance depuis plus de soixante ans contre son envahisseur, l’Etat d’Israël.

Elle nous a aidés à comprendre, notamment grâce au festival Masarat, que sa culture était la sève et la force qui permettent au peuple palestinien de rester debout, digne et toujours capable d’assumer son Histoire tragique. C’est sa culture vivante qui constitue le levier grâce auquel le peuple palestinien peut affirmer en permanence son exigence de respect de ses droits fondamentaux.

Au revoir, Leila, et merci.

 

Pierre Galand

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