W3vina.COM Free Wordpress Themes Joomla Templates Best Wordpress Themes Premium Wordpress Themes Top Best Wordpress Themes 2012

Catégorisé | Infos

Le budget palestinien : reflet de la dépendance

Bulletin 56, juin 2013

Fin mars, un jour avant la date limite, Mahmoud Abbas a approuvé le budget 2013, présenté par Salam Fayyad (ex-Premier ministre). Le Conseil législatif palestinien n’a pas eu le temps de le discuter  ou d’émettre des objections. Une procédure non démocratique et – contraire à la législation palestinienne…

 

Structure du budget

Première remarque, le budget palestinien est égal à 4% du budget israélien. Ce qui  en donne la mesure.

Deuxième remarque, plus de la moitié du budget sert à payer les fonctionnaires et employés de l’Autorité palestinienne, qu’ils soient en Cisjordanie ou à Gaza où ils sont payés et ne travaillent pas sur ordre de l’autorité de Ramallah (= 62.000 des 145.000 fonctionnaires et employés, suivant Amira Hass ou 55.000 des 160.00 pour Laurent Zucchini).

Troisième remarque, 26% du budget sont consacrés à la sécurité. La Palestine, qui n’est toujours pas un Etat indépendant, a ainsi un des plus gros budgets « militaires » du monde. Bien sûr, on ne peut pas parler d’armée mais il y a une police et des services de sécurité formés et entraînés par le Général Dayton (USA) et par l’Europe.

Quatrième remarque, le budget 2013 veut répondre aux problèmes des zones C et B et comprend un poste « développement rural ».

Cinquième remarque, les recettes dépendent surtout des taxes qu’Israël collecte au nom de l’Autorité palestinienne et qu’il est censé lui reverser. Normalement, à partir du 1er janvier 2013, suivant un accord signé entre le Premier ministre Salam Fayyad et Yuval Steinlitz, ministre des Finances israélien, l’Autorité palestinienne devrait pouvoir collecter elle-même directement ces taxes ,y compris sur le carburant (un pipe-line doit être construit). Jusqu’à présent, rien n’a abouti.  (http://www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/israel-palestinian-authority-sign-bilateral-trade-agreements-1.455067)

Sixième remarque, près d’un tiers du budget est supposé être fourni par les aides extérieures. Or l’on sait que la plupart des engagements pris par les bailleurs de fonds n’ont pas été tenus ou alors avec retard et partiellement.

Septième remarque, à cause notamment des aides internationales non reçues, l’Autorité palestinienne a un déficit qui dépasse le budget actuel.

 

Objectifs déclarés

D’après le communiqué officiel, une des lignes du budget est de réduire la dépendance envers l’assistance externe : la contribution des recettes propres s’élève en effet à 70% contre les 67% de 2012.

Par ailleurs, le même communiqué stipule que l’augmentation du financement du développement (1OO millions de dollars de plus) va accélérer « le taux d’exécution des projets de développement, spécialement dans les centre ruraux affectés par les colonies et le mur dans les zones C. » et d’ajouter que le budget est en phase avec « la politique des années précédentes, qui fait face à l’occupation et à son entreprise de colonisation en soutenant la capacité des citoyens à rester avec ténacité dans leur patrie .» (http://english.wafa.ps/index.php?action=detail&id=21990: Cabinet Approves 2013 Fiscal Year General Budget)

Soit deux objectifs qui visent à plus d’indépendance et à la résistance dans les zones C.

 

Obéissez sinon vous n’aurez plus d’argent

Comme le remarque Amira Hass, le budget comporte des contradictions. Comment peut-on vouloir aider une population à résister à l’occupation israélienne et en même temps dépendre financièrement d’Israël et des aides étrangères, principalement américaines?

On sait que, suite à la reconnaissance de l’Etat de Palestine par l’Assemblée générale de l’ONU, en représailles, Israël avait refusé de reverser le montant des taxes dues à l’Autorité palestinienne et que les USA avait gelé les aides promises. Il en avait immédiatement résulté une crise financière et les fonctionnaires et employés n’avaient pas pu être payés ni dans les temps ni en totalité.

Retenue des taxes par Israël, cela signifie que près des 2/3 des revenus de l’AP sont en question… Gel des aides américaines, cela signifie notamment fin de leur assistance budgétaire (200 millions) et humanitaire (300 millions de dollars).

Finalement, suite à la visite d’Obama en Israël et en Cisjordanie, les deux blocages ont été levés (partiellement et ponctuellement pour Israël : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/03/25/israel-reprend-le-transfert-des-taxes-aux-palestiniens_1853978_3218.html). Il n’empêche, le gouvernement palestinien est donc soumis à des pressions sous forme de sanctions financières qui mettent en jeu la survie de « l’autonomie palestinienne ». Ainsi, devenue membre observateur de l’ONU, la Palestine est en droit de s’adresser à la Cour pénale internationale notamment à propos des colonies. Mais Israël aussi bien que les USA et l’Europe y sont farouchement opposés. Les dirigeants palestiniens peuvent-ils faire ce pas alors qu’ils ont besoin d’aides étrangères pour couvrir leur déficit ?

 

La sécurité : une priorité

Par ailleurs, quand la part du budget « sécurité » reste pour ainsi dire inchangée, on est en droit de se poser des questions : un tel budget pour un Etat sous occupation ? Les donateurs sont très soucieux de sécurité et n’hésitent pas à y investir en formation, entraînement et matériel: que ce soit la contribution européenne (EUPOL COPPS) ou les activités de l’United States Security Coordinator (USSC). Un des piliers des réformes du système sécuritaire palestinien est la coordination avec les services israéliens et l’accent est particulièrement mis sur la « maîtrise des foules » (http://unispal.un.org/pdfs/IRIN_secreformoccwbf.pdf)

Or il est interdit à la police palestinienne d’intervenir pour défendre ses concitoyens contre l’armée israélienne en zone A et ne peut intervenir en zone B et C (soit 83% du territoire de la Cisjordanie !) En cas d’attaque israélienne en zone A, la police se retire. Le but ultime est donc bien de maintenir l’ordre dans le territoire palestinien au profit d’Israël. Mais aussi de l’Autorité palestinienne (AP) qui défend son pouvoir (manifestations réprimées, arrestations de militants et de journalistes).

Dans ce cas-là, on voit mal comment peut se réaliser l’objectif annoncé d’aider la population à résister à l’occupation…

 

Et l’occupation dans tout cela ?

Salam Fayyad déclare que « le défaut de payement de l’aide étrangère qui était budgétisée»  est la cause principale des difficultés financières. Et l’occupation ? Officiellement, vu les checkpoints, la résorption par l’économie israélienne des exportations palestiniennes etc., ce sont 500 millions de perte pour l’économie palestinienne. Sans parler du dé-développement programmé par Israël. On peut parier qu’Israël continuera à reverser les taxes dues et que les donateurs continueront à soutenir financièrement l’Autorité palestinienne pour éviter une crise profonde qui affecterait la sécurité d’Israël. Ils l’ont fait et le feront suivant leur agenda en exerçant à tout moment un chantage sur l’AP.

En conclusion, le budget palestinien ne peut être qu’un budget  sous perfusion. Et qui dit aides étrangères (UE ou USA ou Etats arabes) dit à la fois dépendance, maintien de l’occupation et musèlement d’une résistance efficace.

—————————————————————————-

Budget 2013 (approuvé par Mahmoud Abbas)

Dépenses : 3, 9 (3,8) milliards de dollars*

– Développement rural : 350 millions

– Sécurité : 1 milliard (26% du budget)

– Social : 900 millions (16% éducation et 10% santé)

Recettes :

–  Transfert des taxes collectée par Israël+ autres taxes : 2,5 milliards de dollars

+ assistance internationale : 1,4 milliard ?

Déficit prévu : plus d’1 milliard de dollars

Dette de l’AP : 4 milliards de dollars

* Suivant l’agence Wafa qui cite un communiqué de presse de l’Autorité palestinienne.

 

Marianne Blume

 

 

 

 

 

 

 

 

Print Friendly
Share

Comments are closed.