Que faire avec les tombes ?

Le rapport d’enquête du Haaretz à la veille de Chavouot sur l’enlèvement de squelettes du cimetière musulman de Mamilla afin que le Musée de la Tolérance puisse y être construit a suscité à juste titre les interrogations des gens du centre Simon Wiesenthal, qui avait lancé le projet du musée. Les questions étaient à peu près de cet ordre : « Et maintenant ? Supposons que nous laissions tomber le projet. Allons-nous rétablir le cimetière sur un site qui a servi de parking pendant 40 ans ? Après tout, si nous commençons à rétablir les cimetières qui ont disparu, le pays va rapidement se remplir d’pierres tombales et il n’y aura pas de place pour les vivants. C’est donc absurde. »

Il n’est pas étonnant, cependant, qu’un cas similaire existe non loin de Mamilla. Tout comme le grand, l’important, ancien cimetière musulman de Mamilla se trouve au cœur de la Jérusalem juive israélienne, le grand, important, ancien cimetière juif du Mont des Oliviers est situé au cœur de la ville musulmane palestinienne. Les deux cimetières peuvent être considérés comme des images en miroir l’un de l’autre.

tombe à Mamilla
tombe à Mamilla

Chacun d’eux passa dans les mains des camps opposés pendant la guerre d’Indépendance. Dans les années 1960, Israël a détruit une partie du cimetière de Mamilla et construit un parking sur celui-ci. Pendant ces mêmes années, les Jordaniens ont détruit une partie du cimetière juif afin de construire une station d’essence. Au cours des dix dernières années, les ouvriers sont retournés sur les deux sites. Sur le mont des Oliviers, un projet majeur est en cours pour restaurer la partie du cimetière qui a été détruite. À Mamilla, les fouilles ont été entreprises pour retirer les squelettes en vue de faire place au Musée de la Tolérance. Les deux gestes sont une erreur.

Les pierres tombales sur le mont des Oliviers sont une fiction. Ils sont en fait le décor de théâtre d’un cimetière, car personne ne sait vraiment où les gens sont enterrés, des fragments de leurs pierres tombales jetés en tas, abandonnés par les bulldozers jordaniens. Mais l’élimination des squelettes du cimetière de Mamilla est également une erreur. L’autre côté dans la lutte sur le cimetière est la branche nord du Mouvement islamique et nous ne pouvons pas ignorer que cette organisation ne se bat pas seulement pour la dignité des morts, mais traite aussi de considérations politiques. Dès qu’il était clair que le cimetière était vaste et d’importance historique, il aurait été digne de lui donner plus d’importance que ne peuvent en avoir le Centre Wiesenthal et les autorités municipales et nationales qui ont avancé le projet.

Jérusalem a assez de problèmes, sans de plus y ajouter des squelettes datant de mille ans. Il aurait été approprié de parvenir à un compromis. Il est vrai que pendant les audiences sur le sujet devant la Haute Cour de Justice, le Centre Wiesenthal a proposé de restaurer la partie du cimetière qui ne fait pas partie du complexe muséal. Le Centre a également fait d’autres propositions généreuses de compromis.

Le Mouvement islamique a rejeté les propositions, et le Centre Wiesenthal les retira de la table. La décision du tribunal a été suivie par l’enlèvement rapide et secret de ces squelettes. En tant qu’organisation qui prétend être un porte-étendard de la tolérance, elle pourrait avoir consacré un moment de réflexion, même sans la coopération de l’autre côté.

Alors que faire maintenant ? Que va-t-il se passer dans la fosse au milieu de Jérusalem ? Il est clair que les tombes et les squelettes ne devraient pas être ramenés sur le site. Tout comme des squelettes sur le site de la salle d’urgence au centre médical Barzilai à Ashkelon ne doivent pas être sanctifié, cela ne devrait pas arriver dans le centre de Jérusalem. Mais il n’est pas non plus approprié de mettre en place un bâtiment ostentatoire dédié à la tolérance que les musulmans de la ville percevront comme une provocation.

Une des propositions était de créer un parc sur le site à la mémoire des personnes enterrées là, desservant tous les résidents de la ville. D’une façon ou une autre, la partie du cimetière qui reste doit être restaurée et entretenue, elle devrait être transformée en l’un des sites dont Jérusalem sera fière. L’absence de construction sur le site des fouilles doit faire partie du processus de guérison dont Jérusalem a tant besoin : la guérison par la tolérance.

Nir Hasson, Ha’aretz

traduction : Julien Masri

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