Nettoyage ethnique en cours en Cisjordanie occupée

Ces dernières semaines, environ 550 personnes ont perdu leur maison ou leurs moyens de subsistance par suite de démolitions effectuées par les autorités israéliennes à Jérusalem-est et dans la zone C. Ces développements récents représentent une augmentation significative des démolitions et des déplacements forcés en Cisjordanie, soulevant un certain nombre de graves préoccupations humanitaires.

Démolitions et déplacements en 2010

Selon les dossiers d’OCHA, au moins 230 structures palestiniennes ont été démolies à Jérusalem-Est et dans la zone C au cours de plus de 40 incidents distincts depuis le début de cette année. En conséquence, plus de 1100 Palestiniens, dont plus de 400 enfants, ont été déplacées de force ou touchés autrement en raison de dommages importants aux biens ou de la destruction des moyens de subsistance.

Plus des deux tiers des démolitions de cette année ont eu lieu en juillet. Au cours de ce mois, les autorités israéliennes démoli plus de 140 structures palestiniennes, y compris des maisons, des tentes, des abris pour animaux, des casernes, des citernes d’eau, des unités d’assainissement, des magasins et d’autres entreprises commerciales. Le 13 juillet, 7 logements palestiniens, 5 d’entre eux habités, ont été démolis à Jérusalem-Est, laissant 25 personnes, dont 14 les enfants – l’un d’eux âgés de seulement 2 mois – déplacées de force. De même, la quasi-totalité d’un village palestinien, Al Farisiye dans la vallée du Jourdain, a été contraint de se déplacer le 19 juillet.

Beit Hanina, 13 juillet 2010 (@OCHA)
Beit Hanina, 13 juillet 2010 (@OCHA)

En outre, il y a eu une augmentation marquée du nombre d’arrêt de travail et des ordres de démolition en cours délivrés par les autorités israéliennes dans la zone C pendant les derniers mois. Selon les ONG qui fournissent une aide juridique aux personnes touchées, les demandes d’assistance juridique ont quadruplé en juin et en juillet.

Parmi les personnes les plus à risque qu’on trouve les communautés qui résident dans des zones déclarées par les autorités israéliennes comme zones militaires fermées ou zones de tir, ce qui, actuellement, couvre plus de 18% de la Cisjordanie, en particulier si elles sont situées à proximité des colonies israéliennes.

Poursuite de la tendance négative

Il est probable que cette tendance négative se poursuivra dans les semaines et les mois à venir. Dans une récente plaidoirie à la Haute Cour israélienne de la Justice, l’Administration civile, l’organisme qui effectue démolitions en Cisjordanie, a confirmé avoir reçu des instructions du ministère de la Défense pour accélérer les démolitions des structures palestiniennes dans toute la zone C dans le futur proche. Selon les médias israéliens l’approbation de plusieurs organismes gouvernementaux, y compris le Ministère de l’Intérieur et le bureau du Premier Ministre, est nécessaire pour effectuer les démolitions à Jérusalem-Est.

Le phénomène de la construction «illégale»

Les démolitions sont principalement conduites contre structures qui sont construites sans permis de construire émis par les autorités israéliennes et sont donc considérés comme « illégales » par ces autorités. Au cours des 12 dernières années, d’environ 2450 structures appartenant à des Palestiniens ont été démolies dans la zone C pour ces motifs. Comme indiqué dans une série de rapports récents, il est extrêmement difficile pour les résidents palestiniens de Jérusalem-Est ou de la zone C d’obtenir ces permis, ce qui ne leur laisse, en fait, d’autre choix que de construire «illégalement» afin de réparer, d’entretenir ou de construire des maisons et les infrastructures des moyens de subsistance.

En zone C, plus de 70% des terres, actuellement affectées à des colonies israéliennes ou à l’armée israélienne, ne sont pas disponible pour les Palestiniens, pendant que de sévères restrictions s’appliquent à l’utilisation de plus 29% supplémentaires de terres. Seulement 1% des terres dans la zone C est donc disponible pour la construction et le développement palestiniens. A Jérusalem-Est, seulement 13% des terres sont actuellement disponibles pour la construction palestinienne, comparativement aux 35% qui sont alloués aux colonies israéliennes.

En tant que puissance occupante, Israël est obligé d’administrer le territoire d’une manière qui profite à la population civile locale et de s’assurer que leurs besoins de base sont satisfaits. De même, en vertu des droits de l’homme internationaux, Israël doit s’assurer que les personnes relevant de sa juridiction jouissent de leurs droits de l’homme, y compris le droit au logement, à la santé, à l’éducation et à l’eau.

Les préoccupations humanitaires

La démolition des maisons et des moyens de subsistance a des conséquences dévastatrices immédiatement et à long terme pour les familles et les communautés palestiniennes, dont beaucoup vivent déjà en dessous du niveau de pauvreté et en tant que telles sont parmi les personnes les plus vulnérables dans le territoire palestinien occupé. En plus de priver la famille de son principal atout et d’une source de sécurité physique et économique, les démolitions conduisent à une importante détérioration des conditions de vie, à l’augmentation de la pauvreté et à l’instabilité à long terme, ainsi qu’à un accès limité aux services de base, tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’assainissement. L’impact sur les enfants peut être particulièrement dévastateur, y compris, par exemple, un syndrome de stress post-traumatique, la dépression, l’anxiété et l’échec scolaire.

La réponse urgente aux démolitions et aux déplacements forcés

La communauté humanitaire dans le TPO répond à certains des besoins les plus urgents qui se posent à la suite de démolitions et de déplacements forcés. Cela inclut, par exemple, la fourniture de tentes, de trousses d’hygiène, des colis de nourriture, des conseils et une assistance de subsistance, un soutien psycho-social et, dans un nombre limité de cas, une assistance financière modeste. Ces efforts sont cruciaux et nécessitent un financement régulier et des fonds propres.

Toutefois, ces efforts ne peuvent remplacer une maison détruite ou répondre correctement à plus long terme aux besoins des familles et des communautés déplacées. Le déplacement forcé de la population civile à Jérusalem-Est et dans la zone C doit s’arrêter, les familles et les communautés qui ont été déplacées doivent être autorisées à retourner dans leurs foyers et à retrouver leurs moyens de subsistance.

source : OCHA

traduction : Julien Masri

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