L’exigence de justice est portée par les citoyens

Pour la première fois en 2002, les sondages d’opinion et en particulier l’Eurobaromètre de l’Union européenne témoignent d’un réel renversement dans la compréhension par les populations européennes du conflit israélo-palestinien. Jusqu’alors, dans la majorité des pays européens, prédominait l’opinion qu’Israël était victime d’un projet arabo-palestinien qui visait à rejeter les Juifs à la mer. Israël avait donc toute légitimité à se défendre. Il n’était pas rare de rencontrer des Européens croyant sérieusement que c’était Israël qui était occupé par les Palestiniens.

Dans les sphères politiques européennes, dès les années 1970, Israël occupait déjà une place privilégiée dans la totalité des accords interétatiques, notamment en matière de recherche et de culture. Le monde arabe y était, lui aussi, représenté, et en particulier, vu leur poids stratégique, les monarchies pétrolières. Les responsables politiques européens encourageaient alors Israël à négocier un accord de paix avec les Arabes et à engager des pourparlers pour la reconnaissance d’un Etat palestinien.

Cette politique se développa essentiellement entre 1970 et 1995, année au cours de laquelle l’Europe initia avec la plupart des pays de la rive sud de la Méditerranée, un processus de coopération dit « Processus de Barcelone » ou « partenariat euro-méditerranéen ».

Les accords d’association bilatéraux qui en découlèrent étaient fondés sur un préambule qui en fixait l’ambition : le commerce au service des droits humains et de la démocratie une Méditerranée de paix et de bien-être pour tous les peuples du pourtour méditerranéen. C’est en tout cas ainsi que fut présenté le partenariat Euro-Med par M. Chirac, président en exercice de l’Union européenne à Barcelone, en novembre 1995. Discours qui fera date dans les annales de l’hypocrisie politique.

S’il y eut, certes, beaucoup de commerce, en matière de progrès des droits humains et de la démocratie, les révolutions tunisienne et égyptienne sont là pour témoigner de ce que Barcelone ne fut qu’un paravent au bénéfice des seuls intérêts de quelques-uns sur les deux rives de la Méditerranée. Quant aux Palestiniens auxquels on avait fait miroiter la mise en œuvre des accords d’Oslo, ceux-ci allaient purement et simplement être laissés en friche pendant que les territoires palestiniens étaient de plus en plus grignotés par Israël, tant en Cisjordanie, à Gaza qu’à Jérusalem-Est.

Aujourd’hui cependant, devant la vacuité persistante de l’engagement européen à résoudre, dans le respect des résolutions des Nations Unies et du droit international, le conflit israélo-palestinien, l’exigence de justice pour les Palestiniens, pour leur droit à l’autodétermination et le respect de leurs droits à la terre de Palestine, cette exigence est de plus en plus portée par la société civile et des citoyens en Europe, en Turquie et dans le monde arabe.

Les nombreuses missions civiles qui se rendent en Palestine depuis dix ans ont permis de renforcer la solidarité avec les Palestiniens et leur lutte  à travers de nombreuses campagnes initiées et portées par la société civile:
–    La campagne contre le Mur, Mur dit de séparation dénoncé dès juillet 2004 par l’avis de la Cour Internationale de Justice et condamné par une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies le même mois ;
–    La campagne en faveur de l’examen approfondi du rapport Goldstone sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par les Israéliens durant l’opération « Plomb durci » menée contre les Gazaouis ;
–    La montée en puissance de la campagne BDS à laquelle s’associent de plus en plus de citoyens et le premier succès que constitue le ralliement à BDS de syndicats, de grandes Eglises, d’associations de droits humains ;
–    La tenue du Tribunal Russell sur la Palestine qui, avec rigueur, étape par étape, met au jour les complicités multiples dont bénéficie Israël dans son programme d’annexion de la terre de Palestine. C’est là une initiative citoyenne d’une aussi grande envergure et d’un aussi grand impact que celle lancée en 1962 par Bertrand Russell et Jean-Paul Sartre sur le Vietnam. L’une et l’autre ont en commun de légitimer l’action citoyenne à l’encontre d’Etats qui envahissent et occupent illégalement le territoire d’un tiers.

Tout cela constitue aujourd’hui un message fort de la société civile lancé aux Etats pour qu’ils modifient leur comportement coupable et témoigne de notre solidarité avec les Palestiniens et de notre volonté de restaurer des règles de coexistence pacifique entre les peuples, fondées sur la légalité internationale.

Pierre Galand
Président

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