lettre adressée Premier ministre en vue du Conseil européen du 30 août

Bruxelles, 29 août 2014

M. le Premier Ministre Elio Di Rupo

16 rue de la Loi

1000 Bruxelles

Objet: Conseil de l’Union européenne du 30 août 2014 – position sur la Palestine

Monsieur le Premier Ministre,
Le prochain Conseil de l’Union européenne aura lieu demain, le 30 août. Il est essentiel que la situation en Israël et en Palestine, en particulier dans la bande de Gaza, se retrouve à l’ordre du jour de cette réunion.

Selon l’UNRWA,le nombre de mortsparmi les Palestinienss’élève à2062 dont 1450-70pourcent-sont des civils, parmi lesquels482 sont des enfants et250 sont des femmes. Leblocus israélien sur Gazaest entré dans sa8èmeannée en juin2014 etcontinue d’avoirun effet dévastateur puisque la libre circulation des biens et des marchandises ainsi que des personnes, depuis et versla bande de Gaza,restesévèrement restreinte.L’économieet sa capacité àcréer des emploisa étédévastée, avec la majoritéde la populationdevenue dépendante de l’aidehumanitairepour répondre aux besoinsde base. Le nombre deréfugiés palestiniensqui dépendentde l’aide humanitaireest passé demoins de80.000 en2000 à plus de830.000aujourd’hui.

L’Union européennea une responsabilité particulièredans la recherche d’une paix juste entre Palestiniens et Israéliensainsi que pour mettre finaux violationsisraéliennes du droit international. La positionde l’Union européennedans les conclusions duConseil de l’UEdu 15juilletet du Conseil des Affairesétrangèresdu 22juillet, ne prononçantaucune condamnationclaire del’agression israélienne contrela population de Gaza, n’a fait qu’encourager Israël àcommettre davantage demassacreset de destructions.

Nous avons lu attentivement les conclusions du Conseil des Affaires étrangères du 15 août dernier. Nous accueillons positivement dans ces conclusions, la demande de lever le blocus imposé à Gaza, l’affirmation de l’unité de la Palestine, la réitération de la demande européenne de donner des moyens d’action complets au gouvernement d’unité nationale palestinien, et cela y compris dans la bande de Gaza.

Cependant, en de nombreux aspects, ces conclusions restent trop faibles:

  • Premièrement, lier dans le même paragraphe la levée du blocus de la bande de Gaza et le désarmement des groupes palestiniens équivaut à renoncer à voir la levée du blocus devenir une réalité: comment les groupes palestiniens pourraient-ils accepter un désarmement alors qu’aucune protection n’a été fournie aux Palestiniens jusqu’à présent, et que l’armée israélienne reste lourdement armée avec des armes visant à détruire des infrastructures civiles et à tuer les gens? Accepter cette condition préalable revient à suivre la logique des Israéliens, et ne donnera lieu à aucune amélioration;
  • Plus important, les conclusions du Conseil des Affaires étrangères laissent supposer que l’Union européenne se considère uniquement comme un service et une source de financement, servant en outre à faire appliquer les exigences d’Israël. Or il n’y a pas de raison qu’Israël accepte sans sanctions et sans pression. En poursuivant de la sorte, l’Union européenne se condamne en effet à supporter les exigences du parti le plus fort, Israël.

L’Europe doit parler fort et doit clairement démontrer sa volonté politique: le Conseil de l’Union européenne du 30 août est l’occasion de le faire, et la Belgique doit être l’un des principaux initiateurs d’un tel positionnement.

Monsieur le Premier Ministre, aucune solution à la crise actuelle n’est possible sans une levée immédiate du blocus de la bande de Gaza. Après tout ce que la population palestinienne de Gaza a subi au cours des dernières semaines, il est tout à fait normal qu’aucune condition préalable ne soit acceptée par les parties palestiniennes. Laisser Israël imposer des conditions préalables revient à se résigner à un blocus sans fin. Et comme l’a rappelé le Palestinian Non-Governmental Organizations Network (PNGO), la levée du blocus est également nécessaire pour toute action d’urgence dans la situation actuelle.

En cohérence avec les positions affirmées à plusieurs reprises par l’Union européenne, les dispositions minimales en ce qui concerne la situation dans la bande de Gaza sont logiquement les suivantes :

  • La levée immédiate et inconditionnelle du blocus de la bande de Gaza, le rétablissement de la liberté de circulation des personnes et des biens, l’engagement à reconstruire l’aéroport (détruit par Israël en 2001 et 2002) et à construire le port promis à plusieurs reprises, l’établissement d’un lien territorial entre Gaza et la Cisjordanie prévu depuis plus de 20 ans par les accords d’Oslo, le rétablissement de la liberté de la pêche et de l’agriculture.
  • Un soutien efficace au gouvernement palestinien d’unité nationale, qui doit avoir la capacité opérationnelle d’agir, y compris dans la bande de Gaza, et qui pourra garantir que la levée du blocus est effectuée au bénéfice de toute la population de Gaza. L’Europe a jusqu’à présent laissé Israël mettre à mal sa volonté de travailler avec ce gouvernement d’unité nationale, qui est pourtant une réelle opportunité pour la paix. Il est temps pour l’Europe de voir sa voix respectée; il n’est plus acceptable de s’en tenir à des mots et de laisser Israël gâcher cette opportunité.
  • Annoncer et mettre en œuvre une nouvelle méthode: les relations privilégiées avec l’occupant et la diplomatie du consensus, qui prétendent trouver des solutions de consensus entre une puissance occupante toute-puissante et un peuple occupé, sont à l’œuvre depuis des années et n’ont conduit qu’au désastre. L’Europe doit changer sa position et affirmer sa volonté de voir ses propositions mises en œuvre. Elle doit montrer que l’impunité d’Israël est terminée en suspendant l’accord d’association avec l’Union européenne sur base de ses violations graves et persistantes des normes impératives du droit international humanitaire; en mettant fin au commerce des armes et à la collaboration militaire avec Israël, en suivant et approfondissant l’exemple des mesures partielles adoptés par l’Espagne et le Royaume-Uni; et en soutenant clairement la Commission d’enquête des Nations Unies, la ratification du Statut de Rome par l’Autorité palestinienne et l’enquête sur les crimes de guerre israéliens par la Cour pénale internationale.

Enfin, la question des prisonnierspolitiques palestiniensest au cœurdesdemandes palestiniennes, y compris lerefus israélien de libérerlesderniers prisonnierspré-Oslo, la réincarcérationdes détenusqui ont été libérésdans le cadre de la négociation pour la libération du soldatShalit, etla question des 35 membres du Conseillégislatif palestinien récemment emprisonnés parIsraël. L’Europe ne peut pas l’ignorer.

Monsieur le Premier Ministre, la situation est urgente. L’urgence de la situation à Gaza est à la fois humanitaire et politique. Nous sommes convaincus que l’Europe doit prendre sa place pour remettre sur le chemin de la paix, du droit et de la justice, une région soumise depuis trop longtemps à la politique du fait accompli par l’Etat d’Israël. C’est une question de volonté politique, et nous croyons que le Conseil de l’Union européenne du 30 août doit annoncer une toute nouvelle méthode pour voir cette volonté politique respectée et appliquer le droit international.

Des années de laisser-faire ont tout simplement mis toutes les parties dans une impasse. Le temps est venu de faire comprendre à Israël que les sanctions tomberont s’il ne respecte pas les droits de l’homme du peuple palestinien et ne se conforme pas au droit international.

En vous remerciant d’avance pour l’attention portée à ce courrier, nous vous prions, Monsieur le Premier Ministre, d’agréer l’expression de nos salutations les meilleures.

 

Pour la Plateforme Urgence Gaza*,

Pierre Galand

 

* Les signataires de la Plateforme Urgence Gaza sont : Association belgo-palestinienne WB ; CNCD-11.11.11, 11.11.11 ; Agir pour la Paix, ; AMBDH; ARLAC ; association marocaine des droits humains (AMDH Belgique) ; AntwerpForPalestine; Artistes contre le Mur ; Association Culturelle Joseph Jacquemotte; Association des Démocrates Tunisiens au Benelux; Awsa-Be; BDS-ULB; Beweging.net; Broederlijk Delen, Bruxelles Laïque; CADTM Belgique ; Centrale Générale-FGTB ; CNAPD ; COMAC; Comité BDS ULB; Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie ; Comité Verviers Palestine ; Comité PJPO de Braine l’Alleud, Comité PJPO de d’Ittre & Comité PJPO de Mazerine ; Comité PJPO de Nivelles; Comité surveillance Otan (CSO) ; Communauté Palestinienne en Belgique et au Luxembourg ; Coordination namuroise belgo-palestinienne ; Conseil de la Jeunesse ; CSC-ACV Bruxelles Halle Vilvorde ; Ecolo J ; Parti ECOLO, EmBeM – Empowering Belgian Muslims; Esperanza Palestina Namur ; Fédération Euro-Tunisienne pour une Citoyenneté Active (FETCA); Femmes Prévoyantes Socialistes; FGTB-ABVV ; FOS-socialistische solidariteit vzw ; Groen ; Groupe Proche-Orient santé ; Hope-Espoir- Hoop asbl ; Intal ; Jeunes Anticapitalistes ; Jeunes socialistes ; Jeunesse et Culture – Réseau solidaris ; Jeunes Organisés et Combatifs (JOC) ; Käthe Kollwitz Vredesloop collectief – Ieper; LCR-SAP ; LEF-FGE ; Le Monde selon les femmes asbl; Les Amitiés belgo-algériennes (LABA); Ligue Communiste des Travailleurs (LIT-QI); Ligue des Musulmans de Belgique; Médecine pour le Tiers Monde (M3M) / Geneeskunde voor de Derde Wereld (G3W); Mouvement Chrétien pour la Paix (MCP) ; Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC) ; Palestina Solidariteit ; Parti Communiste; Plate-forme Charleroi-Palestine ; Présence et Action culturelle (PAC) ; Pax Christi Vlaanderen ; PTB-PVDA ; SCI ; Secours populaire Wallonie-Bruxelles , Solidarité socialiste ; Solidarity with Bedouins ; Théâtre du Public ; ULDP ; Union des Musulmans de Namur ; Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB) ; Union of Syrians abroad, Belgium ; VEGA ; ViaVelo Palestina ; Vie féminine ; Vrede vzw ; Vrouwen in het Zwart Leuven…

Top