« Le prix à payer », la nouvelle politique raciste des colons et du gouvernement israélien

Bulletin 50, décembre 2011

Depuis quelques années, les colons se sont lancés dans une politique du « prix à payer », politique qui consiste à s’en prendre en représailles à des cibles palestiniennes chaque fois que les autorités israéliennes s’en prennent à eux.

Ce terme a été utilisé dès juillet 2007, après l’évacuation d’un bus d’un avant-poste. Le chef des colons de Yitzhar avait alors déclaré « la police doit comprendre qu’il y aura un prix très élevé à payer pour chaque événement de ce genre ». Des vergers et des propriétés palestiniennes aux alentours de la colonie avaient alors été vandalisés.

Depuis le blocage des négociations et l’initiative palestinienne à l’ONU, les colons descendent plus souvent attaquer les villageois palestiniens : un cocktail Molotov dans une maison du village de Huwwara, près de Naplouse, en février 2011 ; en mars, Mahmoud Awad, jeune homme d’une vingtaine d’années, est poignardé dans la région d’Hébron ; des colons assaillent des ouvriers palestiniens près de la colonie de Shilo et des douzaines d’autres bloquent la route entre la colonie d’Itamar et le village palestinien d’Awarta, jetant des pierres sur les résidents. Burin et Qusra, près de la ville de Naplouse, sont des cibles régulières de ces attaques depuis fin 2010. Les agressions n’épargnent pas les morts : le cimetière du village de Kfar Kadum, près de Qalqilya, est vandalisé en octobre 2010, celui de Mamilla en novembre 2011, sans oublier le cimetière de Jaffa le mois précédent, avec la même signature : « le prix à payer ».

La violence des colons touche aujourd’hui tous ceux qui osent porter atteinte à leurs intérêts. Une base de l’armée israélienne a ainsi été victime d’une de ces assauts. Le phénomène a aussi fait tache d’huile en Israël. Les bureaux de La Paix Maintenant ont été l’objet d’une alerte à la bombe ; des graffitis, menaces de mort, croix gammées et étoiles de David ont été peints au domicile de deux militants pacifistes israéliens. Début octobre 2011, une mosquée est incendiée dans le village de Tuba-Zangariyye, en Haute Galilée ; fin octobre, un restaurant palestinien est incendié à Jaffa.

Pour la Cour Suprême israélienne, la protection des résidents palestiniens est un devoir fondamental de l’armée israélienne. Mais sur le terrain, la plupart du temps, l’armée se contente d’observer. Pour Nitzan Alon, ancien commandant des forces d’occupation israéliennes en Cisjordanie, « ces actes ne devraient pas seulement être dénoncés […] mais ils devraient également être évités et leurs auteurs devraient être arrêtés de manière plus efficace que ce qui a été réalisé à ce jour. » Cela ne relève-t-il pas justement du rôle de l’armée israélienne ? Les colons jouissent d’une impunité quasi totale, ce qui n’étonne guère quand on sait le nombre d’entre eux qui servent dans l’armée. Même lorsqu’un suspect est arrêté, il est le plus souvent rapidement relâché. C’est dans ce contexte que des militants ont lancé, début septembre, la campagne « Refusing to Die in Silence » (refuser de mourir en silence), une initiative des comités populaires de villages qui vise à lister les attaques des colons contre les civils palestiniens.

Le président Peres, le premier ministre Netanyahu, Tzipi Livni ont condamné la politique du «prix à payer». Mais pour La Paix Maintenant « la responsabilité des attaques […] retombe sur Netanyahu » suite aux déclarations virulentes des membres de sa coalition contre les mouvements pacifistes et à leur soutien sans faille en faveur des avant-postes. D’ailleurs, le gouvernement israélien a lui-même adopté cette politique. En effet, le « prix à payer » pour l’admission de l’Etat de Palestine à l’Unesco a été l’annonce de la construction d’environ 2000 unités de logement dans les colonies de Cisjordanie, la suspension du versement de certaines taxes dues à l’Autorité palestinienne et la suppression des facilités de mouvement pour certains responsables palestiniens.

Julien Masri

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