Accord de l’Arizona : la Palestine brûle, la Belgique tergiverse

L’ABP dénonce le manque d’ambition du projet de résolution de la majorité fédérale sur la situation dans le territoire palestinien occupé, qui laisse les mains libres à Israël pour poursuivre le génocide en cours, au mépris de nos obligations internationales.

Fruit d’un compromis gouvernemental ardu entre les tenants de la tradition diplomatique belge (Vooruit, CD&V et Les Engagés) et les partisans d’une inflexion pro-israélienne (MR et N-VA), ce texte, qui sera déposé jeudi à la Chambre, comporte certes de timides avancées. Il prévoit de transposer certaines mesures de l’accord de coalition, comme les sanctions contre les colons violents ou l’exécution des mandats d’arrêt internationaux contre des dignitaires israéliens (rectifiant ainsi les propos du Premier ministre Bart De Wever), et en préconise d’autres. La Belgique soutiendra ainsi l’initiative néerlandaise lors du Conseil des Affaires étrangères du 20 mai, en vue d’une réévaluation de l’Accord d’association UE-Israël, au regard de sa clause sur les droits humains. En appelant à appliquer les recommandations aux États tiers de l’avis de la Cour internationale de justice du 19 juillet 2024, la résolution ouvre par ailleurs la voie à une interdiction du commerce avec les colonies israéliennes.

Néanmoins, ces quelques progrès ne répondent pas à la gravité de la situation. Il s’agit aujourd’hui de défendre un peuple palestinien en danger avéré de disparition. Avec un cynisme révoltant et dans un contexte de génocide documenté en temps réel, le MR et la N-VA sont parvenus à neutraliser les mesures susceptibles d’inquiéter réellement le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou. Celui-là même qui proclame ouvertement sa volonté de poursuivre la colonisation et l’annexion de la Cisjordanie, de détruire Gaza, et d’exterminer ou de déplacer sa population, et agit en conséquence.

De fait, le narratif général de la résolution tient davantage de la propagande que d’un exposé des faits. L’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 apparaît comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, sans lien avec le contexte colonial et d’occupation violente dans lequel elle est survenue. Pareillement, les 16 années de blocus inhumain de la bande de Gaza sont passées sous silence. Nulle mention n’est faite non plus des nombreux rapports internationaux attestant qu’Israël est coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, maintient un régime d’apartheid et commet un génocide. Conséquence logique de ces « oublis » : le texte s’abstient de demander des sanctions contre Tel-Aviv.

« La faiblesse de ce texte est une injure au peuple palestinien, à la tradition de respect du droit international de la Belgique, et aux près de 80 000 citoyens qui se sont mobilisés ce dimanche 11 mai pour exiger la fin de l’impunité d’Israël ».

Pierre Galand, président de l’ABP

Même une mesure aussi symbolique que la reconnaissance de l’État de Palestine par la Belgique est rendue pratiquement impossible. Les conditions qui lui sont imposées, comme le démantèlement du Hamas, constituent de fait une négation du droit reconnu à l’autodétermination du peuple palestinien. Alors que l’avis de la Cour internationale de justice du 19 juillet et la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU du 17 septembre 2024 (votée par la Belgique) imposent à Israël d’évacuer sans conditions l’ensemble du territoire palestinien et de démanteler ses colonies, le texte se contente de dire que la croissance de celles-ci « pourrait entraver toute perspective de paix ». Que ces deux dernières sources majeures de droit soient si peu mobilisées en dit long sur le logiciel périmé avec lequel l’Arizona appréhende la question.

« La faiblesse de ce texte est une injure au peuple palestinien, à la tradition de respect du droit international de la Belgique, et aux près de 80 000 citoyens qui se sont mobilisés ce dimanche 11 mai pour exiger la fin de l’impunité d’Israël », déclare Pierre Galand, président de l’ABP. « Nous appelons à un sursaut d’honneur et de bon sens de la part des forces politiques présentes dans ce gouvernement, attachées aux droits humains et au droit international, qui doivent peser de tout leur poids politique pour que la Belgique exerce de réelles pressions sur Israël, sans lesquelles notre pays portera une terrible responsabilité au regard de l’Histoire. »

Nous appelons les parlementaires fédéraux à prendre leurs responsabilités et à permettre au pouvoir législatif de corriger les manquements graves de l’exécutif, sous peine d’être complices de l’éradication de tout un peuple.

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