UNIVERSITES ISRAELIENNES : fabriques de propagande (hasbara) ?

Bulletin 53, septembre 2012

Deux universités israéliennes offrent un programme en hasbara (littéralement explication et non information). L’université de Haïfa propose des cours, « Ambassadors online», destinés aux étudiants israéliens tandis que ceux de l’université de Tel Aviv, « Ambassadors’ Club », s’adressent aux étudiants étrangers.

Etudier la propagande ou en fabriquer ?

 

Qu’on étudie la propagande à l’université est une bonne idée. Ainsi, à l’ULB, Anne Morelli analysait avec ses étudiants les « Principes élémentaires de propagande de guerre » pour déconstruire avec eux la propagande et aiguiser leur esprit critique. Dans les universités israéliennes, l’optique est différente. Ainsi, le syllabus  de « Ambassador online » (http://shagririm.haifa.ac.il/) recense les informations données par les médias internationaux sur le conflit israélo-palestinien pour identifier celles jugées « hostiles ou non -objectives ». Par la suite, il s’agit de donner aux étudiants, des outils pour les contrer (arguments, utilisation de vidéos, participation active aux forums de discussion ou à Wikipedia, etc.). Les cours ne sont pas politiques, dit le directeur du programme, mais « nous nous mettons en valeur la narration sioniste ». Néanmoins s’il croit bon d’ajouter qu’il n’est pas « Im Tirzu »  (une organisation d’extrême droite sioniste qui a notamment préconisé de renvoyer tous les professeurs qui avaient un discours post-sioniste), on est en droit de s’interroger.

 

Académique ou politique ?

 

C’est ce que fait Yossi Gurvitz sur www.972mag.org. Et ses remarques sont pertinentes. D’abord, il épluche les orateurs invités.

Outre des porte-parole du Premier ministre ou de l’armée, outre des colonels, on retrouve dans les deux programmes un certain Neil Lazarus. Présenté comme conseiller externe du ministre des Affaires étrangères, c’est le gars qui a posté une vidéo, au moment de la flottille pour Gaza, dans laquelle il prétendait avoir été rejeté par les organisateurs du fait de son homosexualité. Un modèle d’honnêteté intellectuelle donc. Il a fait de la hasbara sa profession et va donner des cours aux USA et au Canada pour soutenir les étudiants dans la défense d’Israël. On y retrouve aussi Itamar Marcus, un colon extrémiste, manager de « Palestinian Media Watch », ex-vice-président du « Central Fund for Israel », une ONG américaine qui finance la colonisation, « Im Tirzu » et « Honenu » (une autre ONG d’extrême droite). C’est lui qui avait mené la campagne mensongère contre les manuels scolaires palestiniens.

Ensuite, il épingle les sponsors et soutiens de ces programmes.

Le programme de l’université de Haïfa est soutenu par le ministère de la Propagande et de la Diaspora (Yuli Edelstein, Likoud, colon activiste de Neve Daniel) et celui de l’université de Tel Aviv est appuyé par le ministère des Affaires étrangères (Avigdor Lieberman, Israel Beitenou, extrême droite). Le ton est donné. Si on ajoute la collaboration de l’université de Tel Aviv avec « Stand with Us », une organisation de droite américaine, pro-israélienne, on peut se figurer la ligne politique des cours. Quant à l’université de Haïfa, elle bénéficie du soutien de l’Union des étudiants, qui offre 2 000$ à des étudiants pour faire, depuis leur chambre, de la hasbara online et qui, avec l’Agence juive, forme et envoie des « missionnaires » de par le monde pour combattre la « délégitimation » d’Israël. (voir Electronic Intifada).

 

Education ou dressage ?

 

Que ce soit dans les écoles primaires ou secondaires, les enfants et les jeunes Israéliens sont soumis à un endoctrinement quotidien. Le livre de Nurit Peled (Palestine in Israeli School Books: Ideology and Propaganda in Education) en donne des exemples éclairants. Rien d’étonnant dès lors à ce que des universités proposent ouvertement des cours en propagande. Au risque de rappeler de mauvais souvenirs.

 

Marianne Blume

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