Une famille de Jérusalem victime de l’occupation : la famille Ghozlan

Pour comprendre l’histoire de cette famille, il faut remonter à la fin du XIXe siècle. En 1882 est arrivé à Jérusalem un groupe de Yéménites juifs. Ils furent immédiatement rejetés par les communautés juives de la ville, aussi bien séfarade qu’ashkénaze, qui allèrent jusqu’à mettre en doute leur judéité. Ils s’installèrent donc dans des grottes ou dans des abris de fortune, à la périphérie de la ville.

Les premiers à les aider furent des missionnaires chrétiens qui ils leur apportèrent de la nourriture, des vêtements et une aide financière directe et ce ne fut qu’après avoir entendu que les missionnaires chrétiens portaient assistance à la communauté juive yéménite que les juifs de Jérusalem leur portèrent assistance. Ils leur construisirent en 1884 des maisons au sud-est du village de Silwan, contre leur volonté (les Yéménites voulaient vivre auprès de leurs coreligionnaires et le plus près possible du Mur occidental, pas au milieu des Palestiniens). Comme ils étaient aussi pauvres que la population de Silwan, ils finirent par se fondre dans le village.

Lors des émeutes de 1929, les habitants du village, sous la conduite de la famille Ghozlan, protégèrent l’ensemble de la communauté juive de Silwan : pas un seul individu ne fut blessé, jusqu’à ce que les autorités britanniques transportent la communauté dans la vieille ville. Un groupe de familles se réinstalla à Silwan jusqu’à la Grande révolte arabe de 1936. En reconnaissance pour leur attitude pendant les émeutes, les représentants de la communauté yéménite de Silwan écrivirent une lettre à leurs voisins Palestiniens :

« Nous, résidents du village de Shiloah, déclarons publiquement que nous sommes reconnaissants envers l’honorable Haj Muhammad Ghozlan, un de nos respectables frères arabes, résidents du village de Shiloah-Silwan, et envers ses chers amis qui ont montré une compassion et une bienveillance exceptionnelle à leurs voisins juifs résidant du village de Shiloah, pendant les jours des émeutes de 1929, lorsqu’ils ne permirent pas aux bandes d’émeutiers de nous porter préjudice… »

Une lettre qui montre bien la parfaite intégration de ces juifs yéménites devenus de véritables juifs palestiniens, d’authentiques habitants de Silwan. Pourtant, cela ne joua absolument pas en la faveur de la famille Ghozlan, victime quelques décennies plus tard de l’association coloniale d’extrême droite Elad (acronyme de « el ir David » vers la ville de David) et de leur entreprise de judaïsation de Jérusalem : leur demeure fut occupée en 2006, aucun des recours juridiques engagés par la famille ne fut suivi d’effet sur le terrain.

Aujourd’hui encore, les sionistes israéliens prennent prétexte de la présence passée des juifs yéménites pour exproprier les résidents palestiniens de Silwan mais comme le dit Abed Shaludi, un des résidents du village : « nous ne nions pas le fait que des juifs yéménites vécurent ici ; au contraire, puisque nous les avons acceptés alors même que les autres juifs les avaient rejetés ».

D’après Yonathan Mizrachi, archéologue

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