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Diplomatie au point mort

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Bulletin N°70

Par Nathalie Janne d’Othée

Le processus de paix israélo-palestinien semble aujourd’hui plus que jamais au point mort. A la suite du dernier ultimatum fixé en avril 2014 par le secrétaire d’Etat John Kerry, en dehors de l’initiative française, la perspective de négociations, même nébuleuse, a disparu de l’horizon. Au lendemain des élections présidentielles américaines et à la veille du cinquantième anniversaire de l’occupation israélienne de la Palestine, aucun signe ne laisse malheureusement présager un déblocage diplomatique à court ou moyen terme. Le mouvement BDS représente donc aujourd’hui le seul et le plus grand espoir de changement pour les Palestiniens. 

Plus aucun espoir du côté des Etats-Unis

Donald Trump président des Etats-Unis, personne n’y croyait vraiment. Même si Clinton n’était pas nécessairement une meilleure solution pour les Palestiniens, le programme dévoilé par les deux conseillers de Trump pour les relations avec Israël, Jason Dov Greenblatt et David Friedman, ne laisse aucune place à l’ambiguïté : accentuation du soutien américain à Israël, reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, criminalisation du mouvement BDS[1]. David Friedman aurait par ailleurs déclaré qu’il était « profondément sceptique » quant aux chances de voir un jour une solution à deux Etats et qu’il ne croyait pas que Donald Trump considère les colonies comme illégales[2]. On peut surtout penser que c’est la ligne qu’il défendra auprès de Trump, ligne que ce dernier devrait vraisemblablement suivre, au vu de ses maigres connaissances du monde extérieur. Les spéculations sur la future équipe au pouvoir à la Maison Blanche annoncent par ailleurs Newt Gingrich au poste de secrétaire d’Etat des Etats-Unis. Le candidat républicain aux élections présidentielles de 2012 est connu pour son total mépris du peuple palestinien, qu’il a publiquement taxé de « peuple inventé ».

Les quatre années à venir seront difficiles, d’autant qu’elles coïncident avec un gouvernement israélien d’extrême droite qui profitera au maximum de la situation pour établir des « faits accomplis sur le terrain ». Naftali Bennett, ministre de l’Intérieur issu du parti des colons Le Foyer juif, a par exemple déclaré au lendemain de l’élection de Trump : « L’ère d’un Etat palestinien est révolue ». L’occupation et la colonisation israéliennes semblent, vues sous ces angles, avoir de beaux jours devant elles en Israël.

 

L’espoir d’une Europe plus forte

De son côté, l’Union européenne s’est toujours positionnée comme étant le bras financier du processus de paix, laissant la primauté du travail politique aux Etats-Unis. Au vu des intentions manifestées par Donald Trump, la question est aujourd’hui de savoir si les Palestiniens peuvent espérer de l’Europe une politique plus ferme et indépendante des positions américaines.

Malheureusement, l’UE a, d’une part, une politique étrangère peu affirmée et tributaire de la décision de ses vingt-huit Etats membres ; et elle bride d’autre part les initiatives de ceux de ses Etats membres qui souhaiteraient avancer plus rapidement. Le gouvernement belge a ainsi comme ligne de conduite permanente de travailler à, et au sein d’un consensus européen, souvent au détriment d’une position belge qui pourrait être plus ferme à certains égards. Ainsi, la Belgique pourrait par exemple décider de reconnaitre dans le cadre de ses relations bilatérales l’Etat palestinien, comme l’a fait la Suède en 2014, ce qu’elle ne fait pas.

L’initiative lancée en juin 2016 à Paris a vu la France prendre un rôle d’avant-plan pour relancer le processus de paix. Il faut néanmoins préciser qu’il ne s’agit là que d’une tentative de relance du dialogue : en d’autres termes, on négocie le fait de se remettre à négocier. Le chemin vers un accord semble donc bien long. L’approche est par ailleurs de nouveau basée sur une formule d’incitation économique, vouée à l’échec dans le contexte actuel. Le récent rapport publié par le think tank European Council for Foreign Relations « EU differentiation and the push for peace in Israel-Palestine » démontre en effet clairement que les mesures d’incitation traditionnellement utilisées par l’UE pour pousser Israël à participer au processus de paix n’ont jusqu’ici  jamais porté leurs fruits.

Le think tank prône au contraire des mesures de dissuasion basées sur une politique claire de différenciation entre Israël et les colonies israéliennes. Cette politique respecterait l’obligation qui s’impose à l’UE en vertu du droit international de ne pas reconnaitre et de ne pas contribuer au maintien des colonies, qui constituent un crime de guerre selon le droit international humanitaire. Les mesures européennes récemment prises semblent aller dans le bon sens. Les Lignes directrices de 2013, les Messages communs aux entreprises de juillet 2014 et la nouvelle communication européenne sur l’étiquetage des produits des colonies de novembre 2015, toutes ces mesures traduisent une réelle volonté européenne de prendre des mesures en cohérence avec son discours de condamnation des colonies. Mais la politique européenne de différenciation est hésitante et manque encore de clarté et de cohérence, ce qui l’affaiblit face aux critiques israéliennes.

L’absence de l’Autorité palestinienne

A la veille de l’année qui marquera les cinquante ans de l’occupation, la voie diplomatique semble donc plus que jamais bloquée. Israël a aujourd’hui tout à gagner à maintenir le statu quo, puisqu’il ne paye pour l’occupation et la colonisation du territoire palestinien qu’un prix dérisoire. Et si la communauté internationale porte certes la plus grande part de responsabilité dans le manque de perspectives de paix, l’absence d’initiative officielle palestinienne fait également partie du problème. Depuis la demande et l’obtention de la reconnaissance de la Palestine comme Etat observateur non-membre à l’Assemblée générale des Nations unies en novembre 2012, l’Autorité palestinienne est absente sur la scène internationale.

L’Autorité palestinienne souffre par ailleurs d’une crise de légitimité auprès du peuple palestinien. La jeunesse palestinienne est désillusionnée. L’Autorité palestinienne n’a aucune prise sur la révolte qui, depuis un an, oppose cette jeunesse aux forces israéliennes d’occupation et constitue également une remise en cause de la légitimité de la direction palestinienne. Une direction palestinienne qui semble aujourd’hui davantage préoccupée par la succession de Mahmoud Abbas que par l’obligation de nourrir l’espoir de son peuple.

La mobilisation citoyenne internationale, plus que jamais une nécessité

L’espoir des Palestiniens et de leurs soutiens à travers le monde réside donc aujourd’hui dans la mobilisation citoyenne internationale. Cela fait plus de onze ans que le mouvement Boycott Désinvestissement et Sanctions a été lancé par la société civile palestinienne et il n’a cessé de s’élargir depuis lors. Les attaques et la criminalisation auxquelles le mouvement doit aujourd’hui faire face montrent qu’il a un impact, que sa stratégie est payante, que c’est la bonne.

L’opinion publique semble également avoir changé. Le caractère souvent odieux de la politique israélienne apparait de plus en plus dans les médias. Néanmoins, les conflits et les états de crise actuels font que les Palestiniens ne sont plus le seul peuple martyr et occultent de plus en plus leur situation. Voilà pourquoi 2017 doit avoir pour objectif de remettre la Palestine à l’agenda : à l’agenda des mobilisations citoyennes, à l’agenda médiatique, à l’agenda politique. La question palestinienne n’est peut-être plus le plus grave des conflits qui secouent aujourd’hui notre monde, mais c’est l’un des plus anciens et il reste non résolu. Y trouver une solution doit constituer une priorité.

[1] “Joint Statement from Jason Dov Greenblatt and David Friedman, Co-Chairmen of the Israel Advisory Committee to Donald J. Trump” sur Medium.com, Nov.2, 2016

[2] “Les colonies israéliennes ne sont pas illégales, selon un conseiller de Trump », sur rtbf.be, 26 octobre 2016

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