Terres volées : combat et résistance des Bédouins du Naqab

Bulletin 46

Pour la seule année 2010, entre début juillet et mi-octobre, le village bédouin d´Al-Arakib a été rasé à six reprises. Entièrement, au bulldozer, et en présence de l’armée et des forces anti-émeutes israéliennes.  Depuis la création de l´Etat d´Israël, la population bédouine d´Al-Naqab (Néguev en hébreu) souffre d´un harcèlement systématique et inhumain de la part des autorités qui convoitent ses terres. Démolitions de maisons, expulsions manu militari, confiscations illégales des terres, arrestations arbitraires et cela, en toute impunité et à l´encontre des droits humains les plus fondamentaux.

En 1948, durant la Nakba (la catastrophe), l´armée israélienne prend « temporairement »  possession du village d´Al-Arakib pour raisons militaires. Du moins, c´est ce qu´elle annonce aux habitants. Mais dès 1950, les autorités déclarent la zone « terres de l´Etat ». À la fin des années 90, après qu´il ait été clairement établi que le Fonds National Juif (FNJ) prévoyait d´implanter une vaste forêt dans la région, les villageois bédouins reviennent sur leurs terres et reconstruisent leurs villages. Dès lors, ils sont systématiquement et constamment persécutés par les autorités israéliennes. De 250,, le nombre passe à 700 démolitions par an.

Le cas du village d´Al-Arakib n´est qu´un exemple parmi tant d´autres. Al-Naqab compte aujourd´hui près de 160.000 Bédouins. Durant les années 60, soumis à une sédentarisation forcée depuis la création d´Israël, ils sont “contenus” dans sept bidonvilles dans des conditions plus que précaires. Ceux qui refusent  de s´y établir verront, apposée à leurs villages d´origine, la mention “non reconnus”. Et donc illégaux. Au total, il existe aujourd’hui 45 villages « non reconnus ». Nombre d´entre eux n’ont aucun accès à l´eau et à l´électricité.

L´Etat d´Israël s´arroge, avec l’appui d’un appareil répressif extrêmement bien rodé, le droit de confisquer les terrains, d’interdire toute construction même précaire et de rendre inutilisables les sources d´eau. Néanmoins, les Bédouins poursuivent leur lutte et au lendemain de chaque destruction, ils reconstruisent. Certains d´entre eux ont engagé des poursuites devant la Cour de Justice du district de Beersheba, documents en mains – datant de l´Empire ottoman et du mandat britannique – qui prouvent leur droit de propriété. Mais la décision de la Cour de Justice israélienne tarde à venir tant les enjeux sont importants.


Judaïser le Néguev

Loin d’être le fruit du hasard et des circonstances, ce harcèlement continu à l´encontre des Bédouins se fait au nom de la judaïsation du Néguev.

Le Fonds National Juif a en effet lancé en 2003 le plan Néguev de développement de la région. Sur le site du FNJ, on constate que ledit plan inclut le développement des communautés, des logements, de l´emploi, de l´environnement, de la recherche agricole et le développement du traitement de l´eau, du tourisme, de l´éducation et de la sécurité. Vaste projet donc pour repeupler la région.

Même s’il y est fait mention de projets pour les communautés bédouines, les 26 signataires de la lettre ouverte de protestation au FNJ dénoncent un intérêt de pure forme de sa part, ainsi qu´une tentative de masquer sa complicité dans les dépossessions, ces projets n’étant en rien proportionnés à la  taille actuelle de la population bédouine.

Le mise en zone verte forcée de la région par Israël a des conséquences désastreuses pour ses premiers habitants, les Bédouins du Naqab. Ils en payent le prix fort. Mais même si leur situation est douloureuse, ils restent déterminés à lutter contre l´expropriation de leurs terres déjà réduites à 3% du territoire.

Lara Dewavrin

Sources : AIC, « Bédouins oubliés du Nakab » de Joseph Algazy – le Monde diplomatique, www.jnf.org.

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