Témoignage : une famille avec un bébé de 5 jours dans le froid.

Nancy Hamdiya et son fils Ali, 5 jours. Photo : Abu Atef, B’Tselem, 3 mars 2010
Nancy Hamdiya et son fils Ali, 5 jours. Photo : Abu Atef, B’Tselem, 3 mars 2010

Nancy Hamdiya, 28 ans : Mon mari, Rafa’i Muhammad Sa’id Hamdiya, et moi-même vivons dans une maison familiale dans le quartier de Samudi dans le coin de Zahreh à al-Yamun. Nous avons quatre jeunes enfants : Muhammad, 8 ans, ‘Abdallah, 7 ans, Asil, 4 ans, et Ali, qui a cinq jours.

La nuit dernière (le 2 mars 2010), j’étais à la maison avec les enfants. Quand mon mari est arrivé, j’étais dans le salon et les enfants dormaient dans leur chambre. Peu de temps après son arrivée, vers minuit et demie, une heure moins le quart, j’ai entendu le bruit d’explosions près de la maison. J’ai dit à Rafa’i : « Les enfants ! » Il est allé dans leur chambre. J’ai mis un vêtement supplémentaire, j’ai couvert ma tête, et j’ai mis une autre couche de vêtements sur ‘Ali, le bébé, car il faisait très froid. Rafa’i a pris soin des trois enfants et je me suis occupé de ‘Ali. J’ai entendu des explosions à l’entrée de la maison et des gens crier « Ouvrez la porte. . . ouvrez la porte. » Rafa’i a répondu : « Attendez ! Il y a des enfants. »

Après cinq minutes environ, il a ouvert la porte. J’ai entendu des soldats lui dire de lever les mains. Ils parlaient mal arabe. Rafa’i leva les mains. J’étais à environ un mètre de lui et les enfants étaient entre nous. Les soldats nous ont dit à tous d’aller dans la cour, à une distance de quelques mètres, et nous ont fait, moi et les enfants, asseoir sur le côté. Ils ont emmené mon mari loin de nous.

dans la nuit, dans le froid

Quand nous sommes sortis, il y avait trois soldats à l’entrée et quelques autres à proximité. Les soldats ont pris la carte d’identité de mon mari et l’ont gardée. Rafa’i leur disait que j’avais accouché quelques jours plus tôt, que nous avions un bébé de cinq jour et que le froid était dangereux pour ma santé et celle du bébé, mais les soldats l’ont ignoré lui disant de se taire.

Je me suis assise dans le froid avec les enfants, qui avaient peur. Ils tremblaient et se pressaient contre moi. J’étais vraiment inquiète au sujet du bébé et de moi-même, c’était la première fois j’allais à l’extérieur depuis sa naissance. Il pleurait et j’ai essayé de le calmer, mais je ne pouvais pas l’allaiter car il faisait froid et parce que j’avais peur des soldats. Il a continué à pleurer. Je me levai et le berçais le calmer, mais chaque fois que je me levais, les soldats me disaient de m’asseoir.

Après que nous fûmes restés à l’extérieur pendant environ quinze minutes, et après que mon mari eut insisté, les soldats lui ont dit de m’apporter une couverture pour couvrir les enfants. Puis un soldat est resté avec nous, tandis que deux autres entrèrent dans la maison et commencèrent à fouiller. Ils l’ont fait tranquillement ce qui a duré environ trois heures. Pendant tout ce temps, nous étions à l’extérieur. Trois heures après le début de la fouille, des soldats supplémentaires sont arrivés avec un chien. Il y avait une vingtaine de soldats à ce moment-là. Les soldats nous ont fait retourner dans la maison. J’ai remarqué qu’ils n’avaient rien endommagé. Ils m’ont mise avec les enfants dans une pièce et Rafa’i dans une autre pièce.

changement de manières

L'une des chambres, après la fouille des soldats. Photo : Abu Atef B’Tselem, 3 mars 2010.
L'une des chambres, après la fouille des soldats. Photo : Abu Atef B’Tselem, 3 mars 2010.

Ensuite, le style de la fouille a changé. Les soldats sont devenus violents. Ils ont commencé à mettre toute la maison sens dessus-dessous et ont endommagé nos effets personnels. Il faisait froid dans la maison, aussi, l’un des soldats m’a apporté à moi et aux enfants, une autre couverture. J’ai rapidement allaité le bébé pendant quelques minutes.

Les soldats m’ont fait déplacer avec les enfants de pièce en pièce, afin qu’ils pussent procéder à la fouille. En déménageant d’une pièce à l’autre, je vis les dégâts. Ils ont laissé un vaste désordre dans la maison. Pendant que les enfants et moi étions dans la chambre à coucher, les soldats ont fait entrer le chien. J’ai eu très peur pour les enfants et me suis dirigée vers eux pour les protéger, si nécessaire.

Après cela, un soldat qui parlait l’arabe entra dans la maison. Je pense qu’il était officier. Il a dit bonjour et m’a demandé qui d’autre vivait dans la maison. Il demanda : « Où est votre mari ? » Je lui ai dit que je ne savais pas, parce que je ne l’avais pas vu depuis que les soldats l’avaient emmené. Tandis que l’officier me parlait, un soldat l’a appelé à l’extérieur. Je crois qu’il voulait lui dire que mon mari était à l’extérieur. L’officier s’est rendu dans la cour et je suis restée dans la maison, avec les enfants et dix à douze soldats.

J’ai vu les soldats jeter des vêtements et des couvertures sur le sol. Ils ont abîmé nos meubles, juste sous mes yeux. Ils ont brisé les jouets des enfants et piétiné les matelas. J’étais vraiment en colère et j’ai pensé protester, mais parce que j’étais choquée et effrayée, je me suis tue.

Environ vingt ou trente minutes après l’arrivé de l’officier, mon mari entra dans la maison, se doucha, mis ses chaussures et sortit avec les soldats. Après son départ, j’ai pleuré et demandé à l’officier arabophone s’ils avaient l’intention de me prendre mon mari. Il a dit : « Ne t’inquiète pas, il reviendra.» Il m’a promis que mon mari serait de retour. Après cela, les soldats sont partis.

Une autre pièce de la maison, avec des meubles endommagés pendant la fouille. Photo : Abu Atef B’Tselem, 3 mars 2010.
Une autre pièce de la maison, avec des meubles endommagés pendant la fouille. Photo : Abu Atef B’Tselem, 3 mars 2010.

Après leur départ, je me suis assise dans le salon avec les enfants. Ils pleuraient. Les portes et les fenêtres étaient ouvertes et il faisait très froid dans la maison. J’ai essayé de calmer les enfants. Je ne savais pas quoi faire. Après une dizaine de minutes dans le salon, j’ai commencé à fermer les portes et les fenêtres. Plus tard, quand j’ai récupéré mes forces, j’ai essayé de mettre un peu d’ordre dans les matelas des enfants.

Environ dix à quinze minutes après que j’ai fermé les portes, J’ai entendu frapper. J’ai eu peur, mais j’ai demandé, « Qui est là ? » Les coups ont continué, et j’ai continué à demander : « Qui est là ? » Personne ne répondit. Puis j’ai entendu une voix qui disait, « l’Armée de terre ». J’ai ouvert la porte et les soldats ont demandé la carte d’identité de mon mari. Je l’ai retrouvée dans la maison et la leur donnai ; ils parlaient dans un talkie-walkie et lisaient des numéros. Je crois que c’était son numéro d’identité. Puis ils sont partis et je suis restée seule avec les enfants. Il était environ six heures et demie. Un peu plus tard, la sœur de mon mari est venue.

Je n’avais pas encore fait le tour de la maison. Je n’ai pas de bijoux ou d’argent pour m’en inquiéter. Plus que tout, je m’inquiétais pour mon mari jusqu’à ce qu’il appelle et dise qu’il était sur le chemin du retour. Il est arrivé à la maison vers 9h30.

Ce n’est pas la première fois des soldats viennent chez mous, mais ils n’ont jamais causé de tels dommages. Je pense qu’ils étaient à la recherche d’un cousin de mon mari. Mon mari m’a dit qu’ils lui avaient posé des questions à son sujet.

  • Nancy Kamal Taher Hamdiya, 28 ans, mariée et mère de quatre enfants, est une résidente d’al-Yamun, dans le district de Jénine. Elle a donné son témoignage à ‘Atef Abu Rub-une le 3 mars 2010 à al-Yamun.

source : B’Tselem

traduction : Julien Masri

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