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La « conférence de paix » occulte la destruction de la Palestine

Par Jacques Bude, Professeur émérite de Psychologie sociale à l’ULB

Mettre fin aux spéculations sur les mirages de la fin de l’occupation et les chimères quant à la création d’un État palestinien au moyen des négociations, alors que ces tentatives ont échoué de manière cinglante. … L’expérience de vingt années de négociations avec l’entité sioniste prouve que celle-ci, par sa composition, sa nature, son comportement raciste de colonisation et de haine et sa politique ne montre aucune disposition pour une paix véritable qui garantisse au minimum les droits nationaux de notre peuple. … La colonisation s’est poursuivie pendant ces vingt ans de négociations et vu sa proportion se multiplier par trois, voire par quatre. Tandis que la judaïsation de Jérusalem se propage inexorablement.

Marwan Barghouti, mars 2012

À de rares exceptions près, les initiatives internationales visant à mettre fin au conflit entre Israéliens et Palestiniens considèrent que le dialogue de paix – négociations sans intervention extérieure – est le seul moyen d’atteindre cet objectif. Cette vision des choses est également largement répandue au niveau du sens commun.

Pourtant les « conférences de paix » entre Israéliens et Palestiniens – Madrid (1991), Oslo I (1993-1994), Oslo II (1995), Wye River (1998), Charm El-Cheikh (1999), Camp David (2000), Taba (2001), Charm El-Cheikh (2005), Jérusalem (2006), Annapolis (2007) – n’ont ni réalisé ni même contribué à la paix. Ces « dialogues de paix » n’ont ni interrompu, ni même ralenti la colonisation de peuplement et la confiscation des terres dans les territoires occupés en 1967. Ils n’ont pas empêché l’État d’Israël de poursuivre, voire d’accélérer l’installation d’Israéliens juifs dans les territoires occupés – aujourd’hui plus de 500000, soit un Israélien juif sur 10 -, l’implantation de colonies fortifiées, la confiscation et le nettoyage ethnique de terres palestiniennes.

Longtemps les appels à la négociation – au “dialogue de paix“ – entre Israéliens et Palestiniens se sont inscrits dans une rhétorique d’évacuation des territoires occupés en 1967 en échange de la paix. Dans le sillage des Accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne s’est totalement engagée dans cette perspective. Il n’en a manifestement pas été de même pour les autorités israéliennes. Avant et après Oslo, tous les gouvernements israéliens ont inscrits leur politique – à l’instar de la politique officiellement prônée par Yitzhak Shamir en 1991[1] – dans la perspective de la paix en échange de la paix, c’est-à-dire, de la fin des agressions israéliennes en échange de la fin de la résistance à l’occupation et à la colonisation.[2] Ce qui d’ailleurs est conforme à l’essence même de l’État d’Israël. Read the full story

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La relance du processus de paix israélo-palestinien : véritable avancée ou nouveau marché de dupes ?

Bulletin 57, septembre 2013

La relance d’un processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, après trois ans de blocage complet, ne cesse de nourrir la polémique : on s’interroge sur la finalité de ce nouveau round de négociations et ses véritables chances d’aboutir. Si d’aucuns se réjouissent de cette énième initiative diplomatique, ils espèrent aussi qu’elle apportera enfin des résultats concrets.

La relance du processus de paix : sauver la paix ou Israël ?

L’ouverture de nouvelles négociations de paix israélo-palestiniennes, à l’initiative des Etats-Unis et plus particulièrement de son secrétaire d’Etat, John Kerry, semble répondre à une conjonction d’éléments qui font que les Américains n’avaient d’autre choix que de remettre sur les rails un processus de paix moribond. La crainte d’un isolement diplomatique croissant de l’Etat d’Israël sur la scène internationale a poussé les Israéliens à reprendre le chemin des pourparlers de paix. De l’avis même du ministre israélien de l’Intérieur, Gideon Sa’ar, membre du Likoud et farouche opposant en son temps au plan de désengagement de la Bande de Gaza : « nous risquions de tout perdre, y compris nos alliés ultimes et d’être mis au banc des nations. ».

La décision de l’Union européenne, en juillet dernier, de mettre un terme à tout financement d’activité israélienne dans les colonies de peuplement a été ressentie par Tel-Aviv comme une forme d’isolement diplomatique. En effet, conformément au document adopté sous le titre : « Lignes directrices relatives à l’éligibilité des entités israéliennes établies dans les territoires occupés par Israël depuis juin 1967 et des activités qu’elles y déploient aux subventions, prix et instruments financiers financés par l’UE à partir de 2014 », l’Union européenne exclut les colonies israéliennes de toute coopération financière et ce, dans quatre secteurs importants: l’économie, la recherche scientifique, la culture, les sports et la collaboration académique. Ce qui fait dire à René Backman, journaliste au Nouvel Observateur et spécialiste reconnu du conflit israélo-palestinien : « Par ailleurs, la publi­cation récente par l’Union euro­péenne de nou­velles « lignes direc­trices » excluant les ter­ri­toires occupés c’est-à-dire les colonies israé­liennes des aides accordées par Bruxelles à Israël, a été inter­prétée par la diplo­matie israé­lienne comme une riposte des Euro­péens au refus israélien de revenir à la table des négo­cia­tions. Et Washington n’a pas manqué de faire observer que cette mesure aggravait l’isolement d’Israël et rendait plus néces­saire que jamais une reprise au moins sym­bo­lique des négociations. »

 

 


Les faiblesses des  paramètres de la négociation 

Les paramètres fixés pour la négociation entre les deux parties semblent viciés dès le départ. Ainsi, si les Israéliens reconnaissent la nécessité d’avoir recours à la négociation diplomatique, ils excluent tout préalable relatif à un arrêt du processus de colonisation des territoires palestiniens. Ce de l’aveu même de l’actuel  Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, dans une lettre rendue publique sur ses motivations à reprendre le chemin des négociations : « A l’heure actuelle, il me semble très important pour l’État d’Israël d’entrer dans un processus diplomatique. Ceci est important, tant pour utiliser toutes les chances de mettre fin au conflit avec les Palestiniens, que pour mettre Israël en position dans la réalité complexe internationale qui nous entoure. Les changements majeurs dans notre région, en Égypte, Syrie et en Iran, ne font pas que poser des défis à l’État d’Israël ; ils créent aussi des opportunités considérables pour nous. Mais en dépit de toute l’importance que j’attribue au processus diplomatique, je n’étais pas prêt à accepter les exigences des Palestiniens de retraits et de gel des constructions comme conditions préalables au début des négociations. ». Lorsque l’on sait que le gel des négociations pendant près de trois ans était dû au refus israélien de mettre un terme à la colonisation des territoires palestiniens, ceci constitue, à n’en pas douter, un blocage évident.

La question des frontières est un autre point d’achoppement. Les Palestiniens ont toujours fait de  la reconnaissance de la Ligne verte  comme frontière la condition sine qua non de l’établissement de leur futur Etat,  à savoir : la Cisjordanie, la Bande de Gaza et Jérusalem-Est comme capitale. Les Palestiniens ont toujours proclamé qu’ils ne pouvaient accepter toute proposition qui irait en deçà des frontières de 1967. Or Israël rejette systématiquement et catégoriquement tout retour aux frontières de 1967 comme base de négociation. Tout au plus, se dit-il prêt à des aménagements territoriaux mais se refuse à tout désengagement des grandes colonies et entend annexer les portions de territoires où ces dernières sont enclavées.

Un référendum pour entériner un éventuel accord de paix ou comment le saboter  à l’avance

Un éventuel accord de paix issu de ces négociations devrait être soumis à référendum. En effet, le principe d’une consultation populaire a été adopté par le Conseil des ministres le 28 juillet 2013 et ce projet de loi doit être voté par le Parlement israélien prochainement. Si Benyamin Netanyahou déclare que, pour lui : « Il est important que, pour de telles déci­sions his­to­riques, chaque citoyen vote direc­tement sur un sujet qui va décider de l’avenir du pays », certains y voient une manœuvre politique destinée à rassurer l’électorat et les ministres de droite de son gouvernement totalement opposés à la création d’un Etat palestinien, à l’image de l’actuel ministre des Affaires étrangères pour qui les négociations ne sont qu’un paravent pour « gérer » le conflit au quotidien. La perspective de voir une majorité d’Israéliens rejeter tout accord de paix avec les Palestiniens est à craindre si l’on se rappelle qu’en 2005, des sondages avaient montré qu’une large majorité d’Israéliens étaient opposés à la décision d’Ariel Sharon d’évacuer les colonies de Gaza.

L’opposition à la reprise des négociations

« Le Hamas rejette l’annonce du secrétaire d’État américain John Kerry sur la reprise des négociations ». C’est en ces termes que Sami Abou Zouhri, porte-parole du mouvement islamiste qui contrôle la Bande de Gaza, refuse catégoriquement les négociations avec Israël. Le Hamas dénie à l’Autorité palestinienne le droit de négocier au nom du peuple palestinien sans au préalable avoir été mandaté pour ce faire. Il est rejoint en cela par d’autres formations politiques à l’instar du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) pour qui ces négociations font courir de gros dangers et risquent de porter atteinte aux droits nationaux des Palestiniens. Une manifestation pacifique d’opposition à la reprise des négociations était organisée à l’appel du FPLP ce 28 juillet 2013 dans les rues de Ramallah ; elle a été violemment réprimée par les forces de l’ordre de l’Autorité palestinienne.

La libération de prisonniers palestiniens

L’Autorité palestinienne a posé, comme préalable à la reprise des négociations, la libération de prisonniers palestiniens détenus dans les geôles israéliennes et arrêtés avant les accords d’Oslo. C’est ainsi que le Conseil des ministres israélien a approuvé, malgré la réticence de certains de ses membres, un accord prévoyant l’élargissement de 104 prisonniers palestiniens. Une décision qui est loin de faire l’unanimité en Israël où des manifestations de protestation ont été organisées.

L’inanité des négociations pour le règlement de la question palestinienne

Espérons que la communauté internationale reconnaîtra aux Palestiniens leur maturité politique et leur bonne foi qui les fait accepter de s’engager à nouveau et pour la énième fois dans un processus de négociations et ce, malgré tous les revers essuyés au cours des années précédentes. Pourtant, en novembre 2012, après l’opération « Pilier de défense » qui avait ensanglanté la Bande de Gaza, Leila Shahid, ambassadeur de Palestine auprès de l’Union européenne, faisait un aveu cinglant d’échec : « (…) moi, je suis l’ambassadeur de Palestine, et je vous dis que, malheureusement, la stratégie de ma direction, la mienne, celle que je défends maintenant depuis 45 ans, elle a échoué. Dites-moi à quoi ont servi les négociations pendant 20 ans ? Nous avons commencé à négocier à Madrid en 1990. On a continué en 1993, on a arrêté la lutte armée, on a voulu montrer qu’on était respectueux du droit international et Israël nous a donné une claque. » . Puisse-t-elle être entendue…

Hocine Ouazraf

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Après l’échec annoncé des pourparlers de paix

Bulletin 57, septembre 2013

Une génération de Palestiniens est arrivée à maturité, qui n’a aucune hâte de conclure un accord avec les Israéliens, parce que les Israéliens ne sont pas prêts à signer un accord équitable.

 

par Amira Hass

Source : Haaretz, dimanche 28 juillet 2013

Traduction : C. S.

 

N’ayez aucune crainte, dans cette série de pourparlers avec les Palestiniens, Israël va à nouveau rater l’occasion de changer et d’être changé – tout comme les gouvernements Rabin – Peres et celui de Barak ont raté les leurs. Les discussions sur un référendum passent à côté de l’essentiel : pour la communauté juive de cette partie du Moyen–Orient, tout avenir digne d’être vécu dépend de sa capacité et de sa volonté de se libérer de l’ethnocratie (« la démocratie pour les seuls Juifs») qu’elle a construite ici depuis près de sept décennies. Pour cela, nous avons désespérément besoin des Palestiniens.

Mais notre supériorité militaire et économique nous aveugle. Nous sommes certains qu’ils ont besoin de nous et que nous les avons réduits à une position de faiblesse telle que nous pouvons leur extorquer un oui sur tout ce à quoi ils ont dit non pendant 20 ans, c’est-à-dire bien moins que les frontières de 1967.

Les négociations prochaines, avec la participation, très loin d’être neutre, des Américains (si toutefois elles dépassent la phase de pré-négociation), ne donneront pas l’indépendance aux Palestiniens. Mais le Premier ministre Benjamin Netanyahou et ses problèmes de coalition ne doivent pas en être tenus pour responsables. Ce sont les Israéliens qui ne sont pas encore prêts à exiger de leurs dirigeants qu’ils travaillent à un accord de paix, parce qu’ils profitent encore trop de l’occupation.

Ce n’est pas pour rien qu’avec nos 6 800 exportateurs d’armes, nous avons été gratifiés du titre de sixième plus grand exportateur d’armes du monde et que nous occupons la première ou la deuxième place au sein des pays vendeurs d’avions sans pilote, perfectionnés par des tests sur les Libanais et surtout sur les Gazaouis. Même si seulement un petit nombre d’Israéliens sont impliqués dans la fabrication et l’exportation d’armes et plus généralement dans l’industrie de la défense, il s’agit d’une minorité qui dispose d’une grande influence et d’un important pouvoir économique et qui façonne la politique en rationalisant ses aspects messianiques et technocratiques.

Les directives de l’Union européenne sur la non-coopération avec les colonies et les entreprises  qui leur sont liées ont au moins 15 ans de retard. Dès les années 1990, il était clair pour l’Europe que la colonisation de la Cisjordanie et de Gaza était en contradiction avec son interprétation des accords d’Oslo, mais cela ne l’a pas empêchée de gâter Israël avec des accords commerciaux favorables. Ni ces accords, ni le soutien massif à l’Autorité palestinienne (c’est-à-dire la compensation des dommages causés par l’application des règles israéliennes et les restrictions à la circulation qui en découlent), n’ont permis à l’Europe d’avoir une réelle influence politique sur Israël et dans les couloirs des négociations. Et maintenant, avec la détermination mise à faire ce premier pas, l’Europe a rétabli sa position politique.

Les Palestiniens ont clairement indiqué que si les Européens revenaient en arrière sur ces directives (comme Israël le demande et comme les États-Unis l’exigent), ils arrêteraient les pourparlers (s’ils ont commencé, évidemment). Mais l’impact principalement psychologique de ces directives se dissipera vite si elles ne sont pas appliquées rapidement. Quand elles le seront (si ça se produit), les résultats ne seront pas immédiatement ressentis en Israël et de toute façon, ils ne se feront sentir que progressivement. Autrement dit, il faudra du temps avant que de plus en plus d’Israéliens ne se rendent compte que l’occupation n’en vaut pas la peine. Et nous aurons tout le temps qu’il nous faut pour continuer à nous sentir plus forts que les Palestiniens.

Mais tout mettre sur le compte de la faiblesse des Palestiniens est une illusion d’optique, une illusion d’arrogants. Certes, la direction de l’OLP est fossilisée et contrôlée par un seul homme, qui consulte rarement et ne prend que rarement en compte les opinions de son peuple. Mais même lui ne peut accepter ce que le gouvernement Netanyahou – Bennett – Lapid forme le projet de lui offrir. Il est vrai que la société palestinienne est plus fracturée géographiquement et politiquement aujourd’hui qu’il y a 20 ans, mais elle a  de l’endurance, ce dont les Israéliens manquent totalement.

L’Autorité palestinienne et le gouvernement Hamas gémissent sous le fardeau financier de leurs économies en état de siège. Les clivages sociaux et économiques se sont creusés et un climat de dépolitisation a pris le dessus. Mais sous la surface, il y a du nouveau. Des initiatives sont en cours pour que le peuple palestinien – de Cisjordanie, de la bande de Gaza et de la diaspora – se dote d’un organe de décision unique. Des discussions sérieuses sont engagées sur la prospection de méthodes de lutte en dehors des négociations. Une génération, arrivée à maturité, n’a aucune hâte de conclure un accord avec les Israéliens, parce que les Israéliens ne sont pas prêts à signer un accord équitable. Et quand nous, les Israéliens, nous nous réveillerons et que nous les supplierons d’arriver à un accord, il sera peut-être trop tard.

 

 

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La question de la libération de prisonniers inquiète les Palestiniens

Bulletin 57, septembre 2013

Avec  la reprise des négociations, des Palestiniens craignent que les prisonniers y servent de monnaie d’échange contre des concessions sur le statut final.

 

par Nour Samaha

Source : Al Jazeera.com, 10 août 2013

Trad. : R. K.-B.

 

Il est habituel qu’Israël promette de libérer des prisonniers palestiniens afin d’inciter les négociateurs palestiniens à reprendre le dialogue. Aujourd’hui, alors qu’Israël présente fièrement la libération de 104 prisonniers comme un « geste de bonne volonté » de sa part à l’aube de la reprise des négociations à Washington, de nombreux Palestiniens s’inquiètent de ce qu’ils seraient contraints d’y perdre

Tôt cette semaine, Israël a officiellement déclaré que tous les prisonniers détenus depuis plus de vingt ans dans les prisons israéliennes seraient libérés en quatre phases, les 26 premiers ce mardi (13 août 2013, ndt). Les 78 autres seraient relâchés au cours des huit mois suivants, en fonction des progrès des négociations (qui ont repris après trois ans d’interruption).

Pourtant, depuis l’annonce en juillet de la libération des prisonniers, dont le but implicite est d’encourager les Palestiniens à reprendre les négociations, Israël n’a pas seulement approuvé le financement de dizaines de colonies illégales dans les Territoires Occupés mais aussi voté un plan de construction de plus de 800 logements dans les colonies, ce qui a déclenché la sonnette d’alarme.

Toute la classe politique palestinienne met en garde l’Autorité palestinienne, qui mène les négociations, pour qu’elle ne fasse pas, pour atteindre des objectifs à court terme, le moindre compromis sur d’autres points cruciaux du statut final comme les colonies illégales, les frontières de 1967 ou la sécurité.

 

« Combattants de la liberté »

Pour Shawan Jabarin, directeur d‘Al Haq, organisation palestinienne pour les droits de l’Homme établie à Ramallah, la prochaine libération de prisonniers n’est qu’un stratagème politique utilisé par les Israéliens pour manipuler les Palestiniens.

« Nous voulons voir les prisonniers libres parce qu’ils ont combattu pour la liberté et le droit à l’autodétermination de la Palestine, mais je pense que leur liberté est instrumentalisée à d’autres fins politiques », a-t-il déclaré à Al Jazeera.

Pour Jabarin, la situation est telle aujourd’hui que les leaders palestiniens en arrivent à considérer comme des succès ce que les Israéliens considèrent, eux, comme de petites concessions offertes dans le cadre d’une politique plus large de contrôle territorial.

« La question des prisonniers, dit-il, n’est pas très importante pour les Israéliens, c’est la plus facile. Mais c’est la seule chose que les leaders palestiniens peuvent obtenir car ils ont déjà perdu tout le reste par le passé. »

Durant les vingt dernières années, Israël a plusieurs fois accordé la libération de centaines de prisonniers palestiniens, soit comme « geste de bonne volonté » soit dans le cadre d’un échange de prisonniers.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a déclaré que la dernière libération de prisonniers avait été une option laborieuse pour son gouvernement. « Il faut parfois prendre des décisions difficiles pour le bien du pays et celle-là en est une. », a-t-il dit récemment. L’opposition à cette décision a été grande, jusque dans les rangs du Likoud, le parti de Netanyahou. Danny Danon, vice-ministre de l’Intérieur, s’y est farouchement opposé, qualifiant de « folle » l’initiative de libérer « des dizaines de terroristes aux mains pleines du sang de centaines d’Israéliens».

Les libérations servent généralement à amener l’Autorité palestinienne, qui gouverne la Cisjordanie occupée, à la table des négociations. Le dernier « geste de bonne volonté » a été fait en 2008, quand Israël a libéré 224 Palestiniens dans le but de faciliter les relations avec Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne. Il y a deux ans, Israël et le Hamas ont convenu de la libération de 1027 Palestiniens en échange d’un soldat israélien détenu à Gaza.

En fait, la libération des 104 prisonniers est la concrétisation d’une promesse d’Israël faite en 1999 durant les pourparlers de Sharm el Sheikh, selon laquelle ces mêmes 104 détenus devaient être remis en liberté comme partie d’un accord de libération de prisonniers.

Pour Yousef Mounayyer, directeur du Centre Palestine, basé à Washington, cette prochaine libération illustre parfaitement le fait qu’Israël n’est jamais contraint de tenir ses engagements.

« Le fait que ces prisonniers auraient déjà dû être libérés il y a quatorze ans démontre bien que les Israéliens prennent des engagements qu’ils ne sont jamais tenus d’honorer, a-t-il déclaré à Al Jazeera. Les prisonniers sont une des monnaies d’échange que les Israéliens peuvent produire, ne jamais céder et garder en réserve. »

Mounayyer souligne que la mise en liberté des prisonniers est un grand soulagement puisque « chaque Palestinien, chaque famille palestinienne a connu, d’une façon ou d’une autre, la prison israélienne. C’est donc une problématique qui touche tout le monde. Cependant, précise-t-il, la question est de savoir ce que cette transaction implique»

 

« Les négociations en otage »

Sahar Francis, de l’association d’aide aux prisonniers  Addameer , a exprimé son inquiétude devant la détermination des Israéliens à ne libérer les prisonniers qu’en plusieurs phases.

« Ce qu’il font, au fond, c’est prendre les négociations en otage, a-t-elle déclaré à Al Jazeera.

Les Israéliens se servent de la question des prisonniers politiques comme d’un moyen de pression, comme ils l’ont fait lors des précédentes négociations, et ils l’utilisent de nouveau parce qu’ils savent que c’est une question sensible pour l’Autorité palestinienne. »dit-elle.« Nous sommes en train de voir se reproduire les erreurs faites à Oslo il y a vingt ans. »

L’histoire a montré qu’après chaque libération ou échange de prisonniers, Israël ré-arrêtait délibérément un grand nombre d’entre eux. Et que le taux d’emprisonnement de Palestiniens par Israël augmente clairement juste après chaque libération massive. » « Le nombre de Palestiniens dans les prisons israéliennes ne diminue donc pas », conclut-elle.

Amjad Salfiti, avocat et responsable de la branche anglaise de l’Organisation arabe pour les droits de l’Homme, est lui aussi circonspect devant la mesure israélienne. Pour lui, une telle libération devrait être supervisée et encadrée par des organismes indépendants comme les Nations Unies ou La Croix-Rouge internationale afin d’en garantir la réalisation.

« Nous voudrions que les négociateurs palestiniens insistent là-dessus », a-t-il dit à Al Jazeera. » Avant d’ajouter que sans garantie signée, il n’y a rien qui contraigne les Israéliens à les libérer tous et à ne pas les arrêter de nouveau dès qu’ils seront en liberté.

Aujourd’hui, cela apparaît comme un effet d’annonce destiné au grand public

En les libérant en plusieurs phases, Israël rappelle clairement qu’il garde la haute main là-dessus.

« C’est humiliant et présenté comme un signe de bonté. En fait ils disent ‘nous allons les relâcher par fournées et voir si vous êtes sages ‘, poursuit Salfiti. Et si ça ne plaît pas, rien n’empêche les Israéliens de garder le reste des prisonniers en détention. »

 

Implications politiques

Cependant, le Fatah nie que la libération des prisonniers soit d’une manière ou d’une autre liée au processus ou progrès des négociations.

Mohammad Shtayyeh, membre du comité central du Fatah, proche du président Abbas, a déclaré à Al Jazeera : « Les Israéliens peuvent dire ce qu’ils veulent sur le lien entre les prisonniers et les négociations, mais nous, nous voyons les choses autrement. La libération des prisonniers n’est en rien liée au progrès des négociations », a-t-il affirmé avant d’ajouter que cette libération « est la concrétisation de l’accord de Sharm el Sheikh de1999. Israël est obligé [de les libérer] et il le fait maintenant, à la reprise des pourparlers. Les Américains sont les garants de cette libération, conclut-il, mais nous connaissons très bien le jeu et nous connaissons très bien les Israéliens. »

Le Hamas a également fait part de son inquiétude quant à ce qui pouvait être en jeu dans ces négociations après cette libération de prisonniers, déclarant que ce n’était qu’une manœuvre pour attirer l’Autorité palestinienne.

« Américains et Israéliens essaient de séduire l’Autorité palestinienne afin d’atteindre leur propres objectifs. Et ainsi, ils lui offrent le démantèlement de checkpoints, le développement économique, la remise en liberté de prisonniers, etc. », a déclaré Ghazi Hamad, vice-ministre des Affaires étrangères du gouvernement Hamas à Gaza.

« Nous ne sommes évidemment pas contre la remise en liberté de prisonniers, mais nous aimerions que cela se fasse sans conditions politiques et sans que les Israéliens en tirent davantage de bénéfices. »

Pour Hamad, le Hamas était en meilleure position pour négocier l’échange de ses prisonniers il y a deux ans que ne l’est aujourd’hui l’Autorité palestinienne.

« Lorsque nous détenions Gilad Shalit, nous pouvions faire pression sur Israël sur la question des prisonniers ; et avec nos missiles, nous pouvions faire pression pour un cessez-le-feu. Parfois, les Israéliens traitent Abbas en homme faible. »

Et tant que les Palestiniens ne seront pas en mesure de travailler ensemble et de se présenter en coalition homogène, Israël gardera la haute main sur les négociations.

« Nous, Palestiniens, devons faire un pas en arrière et nous rasseoir ensemble pour créer une nouvelle stratégie, conclut Hamad. Aujourd’hui, il y a deux voies, politique et résistance, qui vont dans des directions opposées. Abbas avance sans aucun soutien des différentes factions palestiniennes. »

 

 

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1100 unités de logements supplémentaires dans la colonie de Gilo

Le ministère israélien de l’Intérieur a annoncé mardi 27 septembre 2011 avoir approuvé la construction de 1.100 unités de logements dans la colonie juive de Gilo, au sud de Jérusalem-Est occupée et annexée. Read the full story

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Les Palestiniens, Israël, les médias et la trêve : cynisme, complicité et double standard

Bulletin 46

C’est un mantra chanté depuis une dizaine d’années dans les grands médias d’Europe : « un nouvel attentat palestinien ou un tir de roquettes sur le territoire israélien replonge le Proche-Orient dans la spirale de la violence ». Cependant, la rhétorique des agressions palestiniennes puis des représailles israéliennes tient-elle la route ? Voici en tout état de cause les rétroactes des trêves successives entre les Palestiniens et Israël. Read the full story

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De la judéité de l’Etat

Bulletin 46

Il y a chez Israël la quête de légitimation historique a posteriori… Mais son Etat a été édifié sur nos tombeaux, sur nos exils.

Dès 1988, l’OLP a entamé le processus qui allait mener à la reconnaissance de l’Etat d’Israël lors de l’échange de lettres entre le Président Arafat et Rabin. Israël se contentait de reconnaître l’OLP comme représentant du peuple palestinien. Le cours naturel de l’histoire aurait dû, après la reconnaissance du peuple palestinien, puis de son représentant politique et de ses droits, aboutir à la mise en œuvre de ses droits, y compris son droit à un Etat. Mais l’histoire ne manque pas d’humour. Alors que nous pensions le temps de notre reconnaissance enfin arrivé, Israël, qui persiste sur le terrain à torpiller la perspective d’un Etat palestinien, exige une nouvelle forme de reconnaissance, celle de son caractère juif. Le gouvernement israélien cherche-t-il à fuir ses obligations en nous en inventant de nouvelles? Peut-être, mais pas seulement. Il vise comme toujours, en lieu et place de la paix, notre capitulation. Read the full story

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Les nouvelles exigences de Nétanyahou

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a ajouté lundi 18 octobre 2010 une nouvelle condition aux pourparlers de paix avec les Palestiniens Read the full story

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Relance de la colonisation à Jérusalem-Est

Jeudi 14 octobre 2010, le gouvernement israélien a lancé des appels d’offres pour la construction de 238 nouveaux logements dans deux quartiers de la partie orientale de Jérusalem conquise par Israël en 1967, dans ce qui ressemble à un défi aux efforts américains pour renouer les fils d’un dialogue direct entre Israël et les Palestiniens. Read the full story

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La réponse du berger à la bergère

lundi 11 octobre 2010, le premier ministre israélien Netanyahou déclarait devant le Parlement israélien Read the full story

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