Situation des Palestiniens d’Israël

Bulletin 46

ameer-makhoul-imageLe 1er octobre dernier, les Palestiniens d’Israël ont commémoré les événements qui, en octobre 2000, avaient fait 13 morts au sein de leur communauté. Une célébration qui a lieu alors que la situation de la minorité arabe d’Israël – représentant 20% de la population israélienne –empire depuis deux ans. Les négociations actuelles entre Israéliens et Palestiniens et la reconnaissance du caractère juif de l’Etat d’Israël exigée par Netanyahou comme condition préalable à un accord mettent davantage en lumière les difficultés qu’endure cette communauté.

Une fracture communautaire de plus en plus grande

En octobre 2000, treize jeunes Arabes israéliens sont tués par la police israélienne lors de manifestations organisées en soutien à la seconde Intifada qui vient d’éclater dans les Territoires occupés. C’est la première fois que les Palestiniens d’Israël, également appelés Arabes israéliens ou Palestiniens de 48, se joignent en masse au mouvement de résistance palestinien.

Ces événements ont pour effet de provoquer une rupture nette entre les communautés juive et arabe d’Israël : les Juifs accusant les Arabes de trahison, les Arabes se plaignant d’être traités en citoyens de seconde zone par l’Etat israélien. Depuis lors, la fracture entre les deux communautés n’a fait que s’agrandir, s’aggravant particulièrement ces deux dernières années.

La situation des Palestiniens d’Israël est en effet réapparue dans les médias en octobre 2008, à l’occasion d’affrontements à Akka (Acre) entre les communautés arabe et juive. Les tensions sont à ce moment-là poussées à vif par la politique de purification raciale prônée entre autres par le parti d’extrême droite Israel Beitenou d’Avigdor Lieberman.

Le plan Lieberman

En 1999, le parti Israel Beitenou (« Israël notre maison ») est créé afin de défendre les intérêts des immigrants juifs issus des pays de l’ancien bloc de l’Est. Son fondateur, Avigdor Lieberman, est originaire de Moldavie d’où il a émigré en 1978 pour s’installer en Israël. Actif au sein du Likoud, il décide de créer son propre parti en réaction aux concessions faites par Benjamin Netanyahou deux ans auparavant lors des accords d’Hébron.

Depuis sa création, le parti de Lieberman se distingue par un ultra-nationalisme virulent qui se traduit par une politique discriminatoire vis-à-vis des Palestiniens d’Israël. En 2004, Lieberman présente le fameux plan qui lui vaudra ses futurs succès électoraux auprès de l’électorat de droite. Plutôt qu’un échange de territoires non peuplés contre le maintien de certaines colonies en Cisjordanie, il propose de laisser à l’Autorité palestinienne des territoires israéliens, peuplés en majorité de Palestiniens, contre le maintien des colonies en Cisjordanie. Ce plan a été largement jugé raciste, que ce soit par la communauté arabe d’Israël ou par la gauche israélienne.

Depuis lors, les choses n’ont fait que s’aggraver pour les Arabes d’Israël. Durant l’attaque israélienne sur la Bande de Gaza en décembre 2008 et janvier 2009, les manifestations de soutien à la résistance palestinienne qu’ils organisent sont systématiquement réprimées. Accusés de trahison, les partis arabes Ta’al et Balad sont bannis des listes électorales. Bien que l’exclusion de ces partis ait ensuite été récusée par la Cour suprême, cette tentative d’exclusion des partis arabes fait partie d’une « tendance grandissante pour empiéter sur les droits civils et politiques de la communauté arabe palestinienne d’Israël » et « met en lumière un processus d’institutionnalisation du racisme et de la discrimination dans l’appareil d’Etat », comme l’indique un rapport publié en avril 2010 par le Centre Mossawa .

Surfant sur un sentiment anti-arabe ambiant, le parti d’Avigdor Lieberman remporte un score électoral exceptionnel aux élections de février 2009. Il obtient le troisième meilleur résultat à la Knesset avec 15 sièges et est choisi par le Likoud de Benjamin Netanyahou pour former une coalition de droite. Avigdor Lieberman reçoit le portefeuille des Affaires Etrangères ainsi qu’un poste de vice-premier ministre. Le poids d’Israel Beitenou dans le gouvernement est tel que le retrait de la formation dans l’opposition entraînerait directement la chute du gouvernement.

Reconnaissance d’Israël comme Etat « juif et démocratique »

La campagne du parti Israel Beitenou avait en grande partie été menée autour de l’idée d’un transfert des populations arabes d’Israël vers le futur Etat de Palestine, en échange d’un maintien des populations juives dans les colonies de Cisjordanie. Bien que cette proposition n’ait pas été envisagée par le gouvernement en tant que telle, la perception des Arabes israéliens comme un ennemi intérieur semble faire son chemin.

Premièrement, au début du mois de septembre dernier, lors de la reprise des négociations de paix à Washington, Benjamin Netanyahou a posé, comme condition à la paix, la reconnaissance par l’Autorité palestinienne du caractère juif de l’Etat d’Israël. Interrogé par le Monde, le membre de la Knesset et chef du parti Balad, Jamal Zahalka espère que Mahmoud Abbas ne négociera pas l’avenir de la communauté arabe d’Israël. Selon lui, la proposition israélienne est en effet inacceptable puisqu’elle « signifierait l’exclusion de la communauté arabe de l’édifice étatique et de la sphère publique ». « Il deviendrait alors difficile pour nous de bénéficier de l’intégralité de nos droits et d’une pleine citoyenneté » ajoute-t-il . Il faut de plus préciser que la reconnaissance d’Israël comme Etat juif rendrait difficilement possible l’exercice du droit au retour reconnu aux réfugiés palestiniens par la résolution 194 des Nations Unies. Pour toutes ces raisons, Mahmoud Abbas s’est jusqu’ici catégoriquement opposé à tout accord sur cette question.

Les idées d’Avigdor Lieberman font donc petit à petit leur chemin au sein du gouvernement actuel. Le dernier exemple en date a été révélé dimanche 10 octobre dernier. Un amendement a été approuvé qui stipule que toute personne désirant acquérir la citoyenneté israélienne devra désormais prêter allégeance à un « Etat juif et démocratique ». Bien qu’elle ne vaille pas pour les Palestiniens jouissant déjà de la citoyenneté, cette mesure concernera entre autres les Palestiniens de Cisjordanie désirant épouser un(e) Palestinien(ne) d’Israël.


Ameer Makhoul

Le cas d’Ameer Makhoul illustre bien la condition de plus en plus précaire des Arabes d’Israël. Défenseur des droits de l’Homme et directeur général d’Ittijah, l’Union des organisations communautaires arabes, Ameer a été arrêté le 6 mai 2010 par le Shabak (aussi connu sous le nom de Shin Beth), accusé de trahison pour avoir eu des contacts avec un agent du Hezbollah. Les services secrets israéliens ont tenté d’étouffer la nouvelle de son arrestation en émettant un ordre de discrétion. Ameer n’a pu avoir des contacts avec un avocat et sa famille que deux semaines après son arrestation.

Interviewée par Ittijah, Janan, la femme d’Ameer, fait part de son inquiétude pour son mari mais aussi pour l’ensemble de la communauté palestinienne d’Israël. « Depuis son établissement », dit-elle « l’Etat a traité la communauté palestinienne comme un ennemi ; il a essayé d’effacer notre identité et de nous contrôler par des lois et des pratiques racistes. En insistant sur le fait qu’il est un « Etat juif », il neutralise notre existence-même. Nous ne pouvons pas sentir que nous appartenons à un Etat qui nous traite comme un ennemi. Nous appelons donc à un changement de sa nature : il ne peut continuer en insistant qu’il est juif et démocratique – une telle chose n’existe pas  ».

Plus que jamais les Palestiniens d’Israël sont traités en citoyens de seconde zone, comme des hôtes dans leur propre pays. Israël s’autoproclame la seule démocratie au Proche-Orient mais cette démocratie ne concerne pas les 20% de citoyens arabes d’Israël qui voient de jour en jour leurs droits et leurs libertés se retreindre.

Nathalie Janne d’Othée

Pour plus d’informations :
–    Mossawa center : http://www.mossawacenter.org/
–    Ittijah : http://www.ittijah.org/
–    Adalah : http://www.adalah.org/

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Top