Silwan à la croisée des chemins

Silwan est un village qui existe depuis au moins le XVIe siècle, mais dont les racines plongent dans la plus ancienne Antiquité : il se trouve sur le site de la ville d’Urshalimu, fondée par les cananéens ; 2000 ans plus tard, elle fut conquise par les hébreux… Le village de Silwan est situé sur le site de la ville originelle de Jérusalem, capitale d’un peuple cananéen pendant plus de 1000 ans. La vallée qui court le long de la colline, à l’ouest, s’appelait Wadi al Nabah, en souvenir d’une jeune femme assassinée par son frère. Dans cette vallée, au cours d’une bagarre, la femme du mokhtar Siyam fut tuée. Elle s’appelait Hilwah. C’est pour cela que depuis lors, la vallée et le quartier qui l’entoure s’appelle Wadi Hilwah. Ce quartier regroupe 5500 habitants (sur 55 000 dans tout Silwan).

le quartier de al Bustan, à Silwan
le quartier de al Bustan, à Silwan

Inutile de dire donc que le quartier dispose d’un atout touristique majeur : la ville antique et originelle de Jérusalem. Pourtant, Silwan est l’un des villages les plus pauvres autour de la vieille ville. En effet, depuis 1967, et la conquête israélienne de la ville, les habitants de Silwan ne sont plus que des résidents dans leur village. À partir de 1967, pas un seul permis de construire ne fut délivré aux Palestiniens de Silwan. De plus, la municipalité israélienne de Jérusalem, responsable à Silwan, n’a jamais développé un seul projet d’infrastructure urbaine ou sociale depuis la conquête !

Elad ou comment utiliser l’archéologie pour coloniser

Depuis le début des années 90, un organisme privé, Elad, a reçu des autorités israéliennes la responsabilité de la gestion des sites archéologiques de Silwan. Cette organisation d’extrême droite est un mouvement de colons qui a reçu pour mission de « renforcer le lien juif entre Silwan et Jérusalem, par le biais de tours guidés, de l’installation de colons et la publication de documents ». Ainsi, en se faisant passer pour un simple guide touristique, le fondateur d’Elad, David Be’eri, s’est installé dans la maison de la famille Abbasi. Quelques années plus tard, au milieu des années 90, ils ont saisi la maison de la famille Ghozlan. Les fouilles sont conduites, selon les archéologues du service des antiquités, de manière totalement non-professionnelle, des vestiges anciens sont détruits pour des raisons politiques (comme un cimetière musulman dans ce qui est aujourd’hui le parking Givati). Les excavations menacent la structure même des habitations (un mur s’est effondré dans un jardin d’enfants), sous prétexte de sécurité une grande partie du village est surveillée par les caméras, les familles installées dans ce village depuis des siècles se sentent aujourd’hui parfaitement étrangères dans leur nouvel environnement. Lors de notre dernier passage, avec un groupe de citoyens belges, nous avons pu tester l’intolérance et le harcèlement dont sont victimes les habitants, lorsqu’un groupe de jeunes femmes est descendu vers la piscine occupée par des hommes religieux qui se baignaient.
Aujourd’hui, des habitants palestiniens de Silwan et des archéologues israéliens se sont unis pour lutter contre la colonisation dans cette partie de Jérusalem. Les habitants se sont aussi réunis pour créer un centre culturel (www.madaasilwan.org il est possible de leur apporter un soutien financier, les coordonnées bancaires sont sur le site). La résistance par la culture, par l’éducation, sans violence, rencontre la répression policière : les habitants sont harcelés, menacés, parfois incarcérés, battus. C’est pourquoi il est important de soutenir ces initiatives constructives, de passage à Jérusalem ou depuis l’Europe.

Pour en savoir plus, le site du Wadi Hilwah information centre, et celui du alternative archeological tour of Jerusalem

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