Sheldon Adelson, l’éminence grise de la propagande anti-boycott

Bulletin 65, Septembre 2015

Par Nathalie Janne d’Othée

Sheldon Adelson : ce nom ne vous dit probablement rien. Et pourtant, cet homme a une influence considérable en Israël comme aux Etats-Unis. Né en 1933 aux Etats-Unis, Sheldon Adelson a fait fortune dans l’industrie du casino et dans l’immobilier. Il possède le Venetian Hotel à Las Vegas, ainsi que de nombreux casinos à Singapour et Macao. Sa fortune s’élève à 29 milliards de dollars. Il y a peu, il a essayé de racheter le journal israélien Maariv, sans succès, ce qui l’a poussé à lancer le quotidien gratuit Israel Hayom, aujourd’hui le deuxième journal le plus lu en Israël.

Si l’homme nous intéresse et d’autant plus maintenant, c’est parce qu’il est récemment parti en croisade contre le mouvement Boycott Désinvestissement et Sanctions aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde. Ce n’est pas le premier ni le dernier à s’impliquer pour défendre la légitimité de la politique israélienne, mais vu son influence et sa fortune, le fait a de quoi nous inquiéter.

Outre son business, Adelson met son énergie et son argent au service de la défense d’Israël ainsi que dans le financement de campagnes électorales aux Etats-Unis et en Israël.

Au début du mois de juin, Adelson et d’autres riches mécènes pro-israéliens ont réuni quelque 200 personnes au Venetian Hotel à Las Vegas. L’initiative, intitulée le Campus Maccabees Summit, vise à contrecarrer le succès grandissant du mouvement BDS sur les campus universitaires américains. Les donateurs ont promis des millions (entre 20 et 50 millions de dollars) aux représentants des organisations pro-israéliennes présentes, à condition qu’elles agissent ensemble, de manière unie et efficace.

Ce n’est pas là la première initiative d’Adelson en matière de propagande pour Israël. Il avait déjà versé deux fois – en 2006 et 2007 – 25 millions de dollars au programme Taglit-Birthright Israel qui organise gratuitement des voyages de découverte d’Israël à l’intention de jeunes adultes juifs de 59 pays. C’est également Sheldon Adelson qu’on retrouve derrière l’expérience faite au début de l’année par un journaliste israélien qui s’est promené dans les banlieues parisiennes avec une kippa (« Qui est derrière “10 hours of walking in Paris as a Jew” ? » dans Les Inrocks, 17 février 2015).

La fortune d’Adelson lui permet par ailleurs de financer les candidats politiques de son choix. Aux Etats-Unis, il soutient ainsi les campagnes républicaines, dont la dernière campagne de Mitt Romney aux présidentielles de 2012.

En Israël, il soutient Benjamin Netanyahou. Son journal Israel Hayom est connu pour être favorable au Premier ministre. Ses liens privilégiés avec le parti républicain américain lui ont également permis de suggérer aux Républicains du Congrès d’inviter Benjamin Netanyahou à venir s’exprimer devant l’assemblée (Uri Avnery, « Sheldon Adelson Ordered Netanyahu’s Speech in Congress, to Show Who Is In Controll of Both US and Israeli Governments » sur Al Jazeera, 20 février 2015). L’invitation avait été mal reçue par la Maison Blanche qui n’avait pas été consultée au préalable sur cette visite d’un chef d’Etat étranger, une première. Le discours tenu par Netanyahou à cette occasion devant le Congrès fut un véritable pied-de-nez à la politique iranienne d’Obama. Depuis, les relations déjà tièdes entre l’administration américaine et le gouvernement israélien se sont encore davantage refroidies.

Sheldon Adelson ne cache pas son hostilité à la politique d’Obama, voire à l’homme lui-même, et a ainsi osé déclarer que le président américain « n’avait cessé d’aller et venir entre les chrétiens et les musulmans comme un coureur de jupons dans un bar » (« Does Sheldon Adelson really want to defeat BDS?” dans Haaretz, 10 juin 2015).

Mais la défense d’Israël n’est certainement pas l’apanage des seuls Républicains. L’initiative Campus Maccabees est ainsi également portée par un autre milliardaire israélo-américain, Haim Saban, qui finance, lui, le camp démocrate, dont le clan Clinton. Hillary lui a d’ailleurs récemment assuré qu’elle lutterait contre le boycott durant sa campagne (« Hillary Clinton Condemns BDS in Letter to Haim Saban » dans Forward, 6 juillet).