“Résident permanent”, le statut des Palestiniens de Jérusalem

Bulletin N°78

Par Marianne Blume

Imagine. Tu es Palestinien, né à Jérusalem. Ta famille y habite depuis bien avant 1948, elle y possède une maison, elle y a un magasin, etc.

Puis survient la guerre de 1948. Si tu habitais du côté conquis par Israël, tu t’es enfui du côté administré par la Jordanie qu’on a appelé Jérusalem-Est. Sinon tu es resté chez toi.

Puis arrive la guerre de 1967 et toute ta ville est occupée et plus tard annexée. Le droit international et les résolutions de l’ONU déclarent que c’est illégal mais Israël s’en fout. 

Alors, quel est ton statut en tant que Palestinien ?

Tu ne reçois pas la citoyenneté israélienne, on te concède le statut de « résident permanent », c’est-à-dire que toi, dont la famille est là depuis des générations, tu es considéré comme un étranger qui serait venu s’installer de son plein gré à Jérusalem. 

Comme tel, tu paies les mêmes taxes que les citoyens israéliens. Tu as droit à l’assurance santé et aux services scolaires, hospitaliers, etc. de la ville. Tu peux travailler en Israël et te déplacer librement. Sauf que tu n’as pas droit à un passeport israélien. Tu ne peux pas voter aux élections nationales pour la Knesset mais tu peux voter aux municipales. 

De permanent, ton statut n’a que le nom car, depuis 1995, chaque année, tu dois prouver que Jérusalem est ton « centre de vie » : tu dois présenter tes factures d’électricité et d’eau, ta quittance de payement des taxes, ton acte de propriété ou ton contrat de location, tes fiches de salaire, les certificats d’inscription scolaire de tes enfantsou encore, l’attestationque tu as reçu des soins médicaux en ville.  

Si tu étudies ou travailles à l’étranger, tu dois venir renouveler ton permis de sortie tous les trois ans sous peine de perdre ton statut de résident permanent.

Si tu ne peux prouver que tu as vécu à Jérusalem au cours des sept dernières années, tu dois quitter ta maison, ta famille, ton emploi ; tu ne peux plus vivre à Jérusalem ni y travailler. 

Ton statut de résident permanent peut être révoqué : de 1967 à 2016, on a recensé plus de 14 595 révocations. 

Depuis 2003, les réunifications familiales sont interdites : tant pis pour toi si tu as épousé un-e Palestinien-ne de Cisjordanie ou de Gaza. 

Depuis le 7 mars 2018, une loi habilite le ministre israélien de l’Intérieur à révoquer ton statut de résident permanent pour trois motifs : avoir trahi la « confiance » d’Israël, avoir obtenu le statut de résident sur la base de fausses informations, ou représenter un danger pour la sécurité publique aux yeux du ministère de l’Intérieur. Tu sais ce que cela signifie trahir la confiance d’Israël ou être un danger pour la sécurité ?

Tu pourrais bien sûr demander la citoyenneté israélienne mais, même si tu es prêt à franchir le pas, tu as de moins en moins de chances de l’obtenir…(Dov LIEBER, Israel almost entirely halts citizenship approvals for East Jerusalemites, 26/09/2016) 

ATTENTION ! Si tu habites ces quartiers palestiniens de Jérusalem enfermés par un mur, Shuafat, Netanyahou et consorts projettent de vous retirer collectivement le statut de résident.

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