Quand Israël veut se débarrasser de ses députés arabes

Bulletin  N°67

Par Sophie Feyder

De nouvelles mesures risquent de marginaliser encore davantage les parlementaires arabes du parlement israélien. La nouvelle «loi sur la suspension», approuvée le 29 février en première lecture en commission parlementaire, prévoit en effet de suspendre tout parlementaire accusé d’avoir un « comportement inapproprié », indigne du statut de parlementaire.

Ce nouveau projet de loi a été personnellement lancé par Netanyahou, dans la trombe médiatique qui s’est abattue sur la tête de trois députés arabes israéliens membres de la Liste arabe unifiée, accusés «d’être allés réconforter les familles des meurtriers.» Selon les députés eux-mêmes, ils avaient simplement assisté à une réunion d’un comité de soutien qui réclamait la remise des corps des défunts, afin que les familles puissent leur organiser des funérailles décentes. En effet, la politique du gouvernement israélien vis-à-vis des familles palestiniennes endeuillées est de systématiquement leur infliger des punitions collectives et d’accroître leur détresse et leur douleur, notamment en ne leur rendant pas le corps des défunts.

S’ensuivit une condamnation générale par une grande partie de la classe politique et des médias et l’intervention personnelle de Netanyahou auprès du procureur général d’Israël. Il n’a fallu que quelques jours pour présenter ce nouveau projet de loi au comité juridique israélien.  Le texte devra être adopté par une majorité spéciale de 90 députés sur 120– les trois quarts des législateurs– puis présenté devant une commission parlementaire en trois lectures, avant d’entrer en vigueur.

Mais le comité d’éthique de la Knesset a d’ores et déjà décidé de suspendre les trois députés arabes israéliens, leur interdisant de participer aux débats en séance plénière et aux différentes commissions parlementaires, Haneen Zoabi et Basel Ghattas pour quatre mois et Jamal Zahalka pour deux mois. Le président israélien Reuven Rivlin, qui n’a que des pouvoirs symboliques, s’est prononcé contre le projet de loi. “Nous ne pouvons pas permettre que la Knesset, dont les représentants sont choisis par le peuple, remette en cause à sa guise le choix des électeurs”, a-t-il affirmé. Le groupe israélien Gush Shalom (Le Bloc de la Paix) a également condamné « la campagne démagogique [de Netanyahou] contre les membres arabes de la Knesset. »

La future “loi de suspension” s’inscrit dans la ligne d’un projet plus global, celui de marginaliser et exclure systématiquement les citoyens palestiniens d’Israël—qui constituent pourtant un cinquième de la population du pays. Rappelons ainsi la déclaration tonitruante de Netanyahou à la veille des dernières élections législatives : alors que les sondages prévoyaient un taux d’abstention élevé, il avait jugé habile d’effrayer son électorat pour le pousser à voter en affirmant “les Arabes se ruent massivement vers les urnes”. Cette manœuvre avait fortement contribué à ce que Netanyahou remporte sa quatrième victoire électorale en vingt ans et ait pu en mai 2015 former la coalition la plus à droite de l’histoire d’Israël, sans trublions centristes ou travaillistes en son sein.

En novembre 2015, profitant du choc créé par les attentats de Paris, le gouvernement de Netanyahou a décrété le principal mouvement islamique du pays « organisation illégale ». Cette décision poussa à la clandestinité un mouvement religieux, politique et social représentant d’une partie non négligeable des 1,6 million de citoyens palestiniens d’Israël. Les représentants palestiniens en Israël ont averti : l’interdiction de la branche nord du “Mouvement islamique” marque un tournant dangereux dans les relations d’Israël avec son importante minorité palestinienne.