Imprimer Imprimer

Lettre ouverte à l’Ambassadrice d’Israël par Josy Dubié

Bulletin 49, octobre 2011

Madame,

Dans un courrier envoyé au journal le Soir de ce mardi vous m’accusez de mensonge et de « manipulation de l’opinion publique » à propos de la situation des populations civiles de la bande de Gaza qui, selon vous, contrairement à ce que j’affirme, ne manqueraient de rien. Un véritable « Club Med » baigné par la Méditerranée en quelque sorte.

(…)

Contrairement à vos affirmations mensongères, la population civile de Gaza, et en particulier les enfants et les malades, vivent bel et bien un enfer. Vous osez même affirmer que « selon la Croix -Rouge opérant à Gaza, il n’y a pas de crise humanitaire dans ce territoire (sic) »

Vous conviendrez que pour départager le fait de savoir qui de vous ou de moi ment, il y a lieu de recourir à un acteur impartial et neutre. Il existe, vous le citez d’ailleurs. C’est le CICR, le Comité  International de la Croix Rouge de Genève, qui, depuis les premières Conventions humanitaires de 1864, puis celles de 1949, est chargé de surveiller leur application.

Or, il y a moins d’un mois, exactement le 28 mai 2011, Mme De Rietmaten, précisément membre du CICR, en poste à Gaza, décrivait ainsi la situation dans la bande Gaza :

«  … un million et demi de Gazaouis ne peuvent pas mener une existence normale et digne. Pratiquement personne ne peut quitter la bande de Gaza, même pas pour aller en Cisjordanie où bon nombre ont de la famille ou y ont déjà travaillé.
Les établissements de santé souffrent des restrictions imposées par Israël sur le transfert du matériel médical, des matériaux de construction et de nombreux articles de base nécessaires à l’entretien. Les installations d’eau et d’assainissement sont mises à rude épreuve depuis de nombreuses décennies. (…)

Le personnel du CICR suit constamment de près la situation des civils, tels que les agriculteurs et les ramasseurs de décombres, qui n’ont d’autre alternative que de vivre et de travailler dans des zones proches d’Israël. La zone située le long de la clôture, qui s’étend sur 300 mètres dans la bande de Gaza, a été déclarée zone d’exclusion par les Forces de défense israéliennes. Une zone beaucoup plus vaste, qui s’étend sur presque un kilomètre dans la bande de Gaza, est considérée comme dangereuse en raison des incursions de l’armée israélienne et de l’utilisation de balles réelles.(…) .

(…) Gaza est plus tributaire que jamais de l’aide extérieure. Les jeunes - jusqu’à 50 pour cent du million et demi d’habitants de la bande de Gaza ont moins de 18 ans - souffrent de l’absence terrible de perspectives et mènent un combat permanent pour garder espoir en l’avenir.

Les limites strictes sur les importations et l’interdiction quasi absolue sur les exportations imposées par Israël rendent impossible la reprise économique. Le taux de chômage est actuellement de près de 40 pour cent et restera très élevé tant que l’économie ne pourra pas reprendre. Cette situation difficile exacerbe les difficultés déjà considérables liées à l’effondrement des secteurs jadis prospères de l’économie.(…)

(…) Comme Israël conserve un contrôle effectif sur la bande de Gaza, en particulier en maintenant l’autorité sur le mouvement des personnes et biens, il doit s’acquitter des obligations qui lui incombent en vertu des règles du droit applicable en cas d’occupation et permettre à la population civile de mener une vie aussi normale que possible.(…) »

Cette responsable du CICR poursuit sur plusieurs pages la description de la situation catastrophique dans ce territoire minuscule et surpeuplé où je suis convaincu que, comme la plupart des Israéliens, et contrairement à moi, vous n’avez jamais mis les pieds.

Madame l’Ambassadrice, mes trois compagnons et moi, qui embarquerons sur cette flottille chargée d’aide humanitaire à destination de Gaza , n’avons d’autre but que de démontrer pacifiquement la violation par votre pays de la 4ème Convention de Genève, base du Droit Humanitaire, relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre (12 août 1949) . Celle-ci interdit en effet explicitement dans son article 33 « les peines collectives », ce qui est bien le résultat du blocus imposé par votre pays à la population civile de Gaza depuis des années.

De plus, nous entendons nous conformer à la recommandation du Conseil de Sécurité des Nations Unies, responsable, en vertu de la Charte des Nations Unies, signée par Israël, du maintien et du rétablissement de la paix. En effet dans sa résolution 1860 du 8 janvier 2009, qui a mis fin à la sanglante attaque israélienne « Plomb durci »,  le Conseil de Sécurité « se félicite des initiatives visant à créer et ouvrir des couloirs humanitaires et autres mécanismes permettant un acheminement ininterrompu de l’aide humanitaire (sic) ».

C’est bien le but de notre flottille, quatre prix Nobel de la paix ayant d’ailleurs demandé au Secrétaire Général des Nations Unies, Mr Ban Ki Moon, de faire vérifier et sceller notre cargaison, pour en assurer la composition exclusivement humanitaire.

Madame l’Ambassadrice votre gouvernement a annoncé qu’il empêcherait par la force notre flottille de rejoindre Gaza. Nous n’avons à vous opposer que « la force du droit ». Vous avez effectivement, vous, gouvernement israélien, « le droit de la force ».

Sachez cependant que, pastichant Boris Vian, dans sa célèbre chanson « Le déserteur », « Prévenez vos gendarmes  que nous n’aurons pas d’armes et qu’ils pourront tirer »

Josy Dubié,

Sénateur honoraire

  • Publications