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Flottille et mission internationale : quel bilan ?

Bulletin 49, octobre 2011

« Belgium to Gaza » et « Bienvenue en Palestine, »

des actions citoyennes intolérables pour Israël

Dans les deux cas, il s’agissait, pour de simples citoyens, de manifester pacifiquement en faveur des droits reconnus du peuple palestinien. Pour ce faire, ils ont donné de leur temps, de leur argent et de leur cœur. Dans les deux casi, le but des participants était d’aller en Palestine et pas en Israël.

Dans les deux cas, Israël a réagi par la coercition et la violence. Pour « Belgium to Gaza », cela a commencé par des actes de sabotage pour se terminer par l’abordage du seul bateau voguant vers Gaza en passant par des pressions intenses sur la Grèce afin qu’elle interdise le départ de la flottille. Pour « Bienvenue en Palestine », Israël a usé de tous les moyens pour empêcher les participants de partir et a jeté sans ménagement en prison ceux qui étaient passés entre les mailles du filet. Sanction supplémentaire : toutes ces personnes sont interdites d’entrée en Israël pendant 10 ans.

Ces réactions disproportionnées du gouvernement israélien montrent, une fois de plus, l’incapacité de la « seule démocratie du Moyen-Orient » à accepter la critique et les manifestations citoyennes. Mais, plus choquante encore est la passivité de notre gouvernement qui a sans doute chargé ses représentants consulaires d’apporter une aide humanitaire (toute relative) aux détenus belges mais qui n’a cependant demandé aucun compte à Israël pour les mauvais traitements infligés à ses ressortissants.

L’ABP, avec toutes les organisations qui ont organisé ou soutenu les deux actions, reste déterminée à continuer le combat pour les droits des Palestiniens. Pour paraphraser le communiqué de presse de « Belgium to Gaza », ensemble, nous atteindrons nos objectifs ; ensemble, nous continuerons à lutter pour la fin de l’occupation et l’avènement d’un Etat palestinien indépendant.

En juin dernier, un an après l’attaque israélienne contre le Mavi Marmara, une nouvelle flottille se préparait à prendre la mer pour tenter une nouvelle fois de briser le blocus de Gaza. La délégation de Belgium to Gaza, composée de quatre Belges, avait rejoint le reste des militants dans le port du Pirée. Tout ce petit monde s’apprêtait à partir, lorsque la nouvelle tomba : la Grèce n’autoriserait pas la flottille à prendre la mer !.

Cette prise de position de la Grèce est inhabituelle. Le pays est en effet connu pour ses sympathies pour la cause palestinienne. Mais la Grèce a le couteau sur la gorge et Israël a réussi à occuper une place de choix parmi ses sauveteurs. Lever le blocus de Gaza ou éviter une faillite à la Grèce : le dilemme est vite résolu.

Les militants déçus ont néanmoins tenté une sortie du port, mais ont été rapidement rattrapés par les gardes-côtes grecs. Josy Dubié, ancien sénateur et participant à la flottille, a souligné néanmoins l’attitude amicale de ces derniers qui ont bien fait comprendre que sans les ennuis financiers de la Grèce, une telle attitude de leur part n’aurait jamais eu lieu d’être.

Seul, le bateau français a fini par prendre le large, étant répertorié comme bateau de plaisance. Il a été ensuite intercepté par l’armée israélienne à son approche des côtes de Gaza.

Pour la deuxième année d’affilée, Israël se permet donc d’intervenir dans les eaux internationales. La nouveauté cette fois a été de constater que le blocus de Gaza s’étend désormais jusqu’aux côtes grecques. Mais la Grèce n’est pas le seul pays à se plier aux volontés israéliennes, comme nous l’a prouvé la mission internationale du 8 juillet dernier.

« Bienvenue en Palestine » : Attirer l’attention sur l’autre blocus

Répondant à l’appel d’un certain nombre d’organisations de la société civile palestinienne, des militants du monde entier ont planifié d’atterrir le même jour à Ben Gourion avec le projet d’aller en Cisjordanie. Leur but était de dénoncer cet autre blocus, plus insidieux, qui contraint toutes les personnes qui se rendent en Cisjordanie à mentir sur leur destination.

Mais l’attention des médias sur cette action internationale intitulée « Bienvenue en Palestine » n’a en aucun point semblé gêner Israël. Le gouvernement israélien a en effet pris des mesures afin d’une part, d’empêcher le plus grand nombre de militants possible de quitter leur pays et d’autre part, d’en intercepter une majorité à Ben Gourion. Ainsi, les compagnies aériennes se sont vu avertir que les militants refoulés le seraient à leur frais et ont reçu une liste des participants pressentis. Sur place, un terminal spécial a été attribué aux vols provenant d’Europe, d’où arrivaient la plupart des participants.. La quasi-totalité des militants belges ayant réussi à rejoindre l’aéroport se sont vus emprisonnés durant 3 jours dans des prisons israéliennes, traités durement et empêchés de prendre contact avec leurs proches. Parmi les Belges, cinq mineurs d’âge ont subi le même sort que les autres.

Bilan de la mobilisation des médias et de la société civile en Belgique

Si, du côté du gouvernement, les réactions à ces deux événements ont été quasiment inexistantes, la mobilisation médiatique autour de la flottille et de la mission internationale a quant à elle été assez satisfaisante.

Malgré une rencontre préalable avec elle, le gouvenement belge s’est gardé de toute remarque sur le sort de la délégation belge de Belgium to Gaza. Quant à la mission, hormis une visite des autorités consulaires à la prison, elle n’a pas davantage reçu le moindre soutien. Néanmoins, à la suite de pressions exercées par les participants belges à la mission internationale, Yves Leterme s’est engagé à demander des explications à Netanyahou lors de sa visite en Israël et dans les Territoires palestiniens les 4 et 5 septembre.

Par ailleurs, « Israël perd la bataille de l’image face aux pro-Palestiniens », comme le souligne le titre d’un article de Marie Kostrz  sur le site de Rue 89 le lendemain de l’opération Bienvenue en Palestine. Gilles Devers, avocat français spécialiste du conflit, y souligne à la fois la faiblesse juridique et la force politique de l’action Bienvenue en Palestine. En effet, les Etats sont souverains en matière de décision de laisser entrer ou non quiconque sur leur territoire. Mais médiatiquement, il est vrai,Israël a encore réussi à ternir un peu plus son image.

De même, si la flottille n’a pas atteint son objectif en tant que tel, elle a néanmoins attiré l’attention des médias sur le blocus qui enferme la population de Gaza depuis maintenant plus de cinq ans.

Un seul point faible peut être néanmoins relevé, c’est le fait que les médias aient trop souvent confondus les objectifs de la flottille avec ceux de la mission Bienvenue en Palestine. Ainsi le 11 juillet 2011, La Libre Belgique et l’agence Belga expliquaient que « les Belges ont voulu participer à l’opération “Bienvenue en Palestine” pour protester contre le blocus de la bande de Gaza par Israël ». Cette erreur d’interprétation est sans doute due à un manque de communication avec la presse mais aussi à la proximité des deux opérations « Belgium to Gaza » et « Bienvenue en Palestine », ce qui rendait leur distinction plus difficile. D’autre part, le fait que les deux opérations aient eu lieu l’une après l’autre a contribué à maintenir le buzz médiatique tout au long de ces actions. Un petit bémol tout de même parce que, si les médias se sont focalisés sur le sort des militants tant dans le port du Pirée que dans les geôles israéliennes, ils n’ont hélas pas beaucoup évoqué les situations problématiques que ces opérations entendaient mettre en lumière.

Quant à la mobilisation de la société civile belge, le bilan en est positif. Ainsi, des manifestations organisées la veille au soir rassemblait une centaine de personne le lendemain, un samedi midi. Le retour des délégations de Grèce et d’Israël ont  chaque fois bénéficié d’un comité d’accueil nombreux à l’aéroport, réussissant souvent de plus à mobiliser les médias.

Nathalie Janne d’Othée

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