Les faits
23/03/2011 : une bombe explose à un arrêt de bus à Jérusalem, sur une ligne fréquentée par les colons. Une femme est tuée, trente personnes sont blessées, dont trois grièvement. Jérusalem n’avait plus connu d’attentat depuis 2004.
L’attentat n’est pas revendiqué. Le meurtre d’Itamar hante les mémoires.
Les réactions
L’attentat est vigoureusement condamné par toutes les parties et bien sûr par la communauté internationale. Toutefois, immédiatement, l’Egypte a exhorté Israël à ne pas se précipiter dans des opérations militaires à Gaza et la Jordanie a mis en garde contre les conséquences graves d’une escalade militaire. Salam Fayyad a condamné cette action qu’il a qualifiée de terroriste et dont il a dit qu’elle faisait du tort à la cause palestinienne. Les Brigades Al-Qouds (Jihad islamique) ont salué l’attentat tout en s’abstenant de le revendiquer. Quant au Hamas, il a nié toute implication et déclaré vouloir revenir au statu quo ante et prendre des contacts « afin d’éviter à Gaza de subir un nouvel affrontement avec l’occupant israélien. »(Courrier International/AFP, 5 mai 2011).
Sans attendre, des centaines d’ultra-orthodoxes ont manifesté au cri de « Mort aux Arabes ! ». Comme à l’habitude, les médias ont parlé d’un regain de violence.
Le contexte
Or si Amnesty International (AI) condamne sans ambages l’attentat de Jérusalem, elle condamne simultanément les tirs israéliens sur Gaza (comme d’ailleurs les tirs de roquettes Qassam sur Israël). En effet, l’attentat se passe dans un contexte bien précis. « Depuis le 19 mars », dit AI, « les tirs d’artillerie israéliens et les raids aériens menés par Israël ont tué six civils palestiniens à Gaza, dont quatre enfants, ainsi que quatre combattants des Brigades al Qods, la branche militaire du Djihad islamique. Plus de 25 Palestiniens, des civils pour la plupart, parmi lesquels 11 enfants, ont été blessés et des biens et infrastructures électriques ont été gravement endommagés par les attaques israéliennes.
Amnesty International est très préoccupée par le fait que lors d’une attaque récente, au moins, sur Gaza, les militaires israéliens n’ont pas opéré de distinction entre combattants et civils. Le 22 mars, les forces israéliennes ont tiré quatre obus de mortier « Keshet » sur le quartier densément peuplé d’al Chajaïya dans la ville de Gaza. Le troisième obus a atterri près de la maison de la famille al Hilu sur un groupe d’enfants et de jeunes qui jouaient au football, tuant deux d’entre eux. Le quatrième obus a tué un homme et son petit-fils qui tentaient d’évacuer les blessés. Onze autres civils ont été touchés par des éclats, trois d’entre eux au moins ont été gravement atteints; la plupart des blessés sont des membres de la famille al Hilu, huit sont des enfants. » (D’après B’tselem, du 19/01/ 2009 au 28/02/2011, 121 Palestiniens ont été tués dans la Bande de Gaza ).
Deux poids, deux mesures
Pour la plupart des médias, regain de violence rime alors soit avec tirs de roquettes Qassam soit avec attentat de Jérusalem : les attaques sur Gaza s’inscrivent, elles, tout naturellement dans le cycle de la violence sans que soit dénoncée la provocation israélienne. L’armée israélienne avait en effet encore une fois rompu la trêve en assassinant deux militants du Hamas peu auparavant (Amos HAREL et Avi ISSACHAROFF, Hamas not likely behind Jerusalem bombing, Haaretz, 24/03/2011).Et, comme le soulignent deux éditorialistes du Haaretz,, Israël semble vouloir une escalade : en effet, après cet assassinat, sont intervenus un bombardement qui a empêché le transfert de fonds importants entre l’Egypte et Gaza et l’enlèvement en Ukraine et l’emprisonnement en Israël de Dirar Abu Sisi, accusé notamment d’être « le père des Qassam » - les Brigades et les roquettes.
Israël cherche le Hamas. Or, comme le déclarent les mêmes journalistes, l’attentat pourrait très bien être « une initiative locale ». Le modus operandi ne ressemble pas en tout cas pas à celui des attentats du Hamas. Jusqu’à aujourd’hui, les autorités israéliennes n’ont pas trouvé les coupables. Ce qui est étonnant.
Conclusion
Laissons la parole à René Backman (journaliste au Nouvel Observateur et auteur d’ « Un mur en Palestine » ): « Après les manifestations de Gaza et de Ramallah – inspirées par les « révoltes arabes » - en faveur de la réconciliation entre le Hamas et le Fatah, puis l’offre de dialogue immédiat, voire de constitution d’un gouvernement d’union nationale, avancée par le président palestinien Mahmoud Abbas, qui cherche désespérément à réunifier au moins symboliquement le territoire national palestinien avant les élections municipales de juillet, il est tentant d’imaginer que ceux qui s’opposent à la collaboration sécuritaire de l’Autorité palestinienne avec Israël, mais aussi à un éventuel rapprochement entre le Hamas et le Fatah ont décidé de passer à l’action spectaculairement à Jérusalem. Mais l’expérience montre que dans cet « Orient compliqué », il est toujours risqué de choisir les explications simples… ». (Jérusalem : le premier attentat depuis 2009, Le Nouvel Observateur, 23/03/2011).
Marianne Blume




