Lorsque Ahmed Qurei se disait prêt à voter pour Livni

Tzipi Livni – dirigeante de Kadima, le principal parti d’opposition – cherche récemment à se positionner elle et son parti en tant que représentant du camp de la modération sur la scène politique israélienne, l’alternative pour la paix, face à une coalition gouvernementale très à droite.

Elle accuse régulièrement Benjamin Netanyahu, le premier ministre israélien, de choisir des solutions politiques à court-termes en lieu et place d’un accord de paix avec l’Autorité Palestinienne (AP).

« Lorsque Netanyahu doit choisir entre une coalition et la paix, il préfère sa survie politique, » disait-elle encore en décembre lors d’une interview avec la radio militaire israélienne. « Il y a une majorité politique, un consensus national, et une majorité populaire pour un accord (de paix) et les décisions politiques de Netanyahu indiquent ses intentions ».

L’Autorité Palestinienne épouse cette vision des faits qui fait de Kadima un « partenaire pour la paix ». Les négociateurs palestiniens expriment régulièrement leurs  inquiétudes par rapport à la manière dont leurs actions pourraient affecter la position de Kadima sur la scène politique israélienne. Un officiel palestinien expérimenté déclara même une fois qu’il voterait pour Livni s’il en avait la possibilité – une déclaration étonnante même si faite sur le ton de la plaisanterie.

Cependant les Papiers Palestiniens (Palestine Papers) révèlent que la direction de Kadima campaient sur des positions extrêmement strictes lors des négociations, refusant toute concession sur les sujets les plus basiques. Lors de ces négociations, Livni approuva le transfert de villages arabes israéliens vers un futur état palestinien, une idée développée depuis lors par Avigdor Lieberman – l’actuel ministre israélien des affaires étrangères, très à droite sur l’échiquier politique. Livni refusa tout droit au retour de la part des réfugiés palestiniens et rejeta toute préoccupation palestinienne quant à l’intégrité territorial d’un futur état palestinien.

En d’autres mots, l’attitude de Kadima – et particulièrement celle de Livni – n’apporte aucune preuve pour étayer l’avis populaire selon lequel Kadima serait un « partenaire pour la paix » plus flexible.

« Nous ne tomberons pas d’accord »

Plusieurs autres prises de position de Livni ont été révélées dans d’autres articles d’Al Jazeera et sa couverture des Palestine Papers.

Il y a sa conviction que des dizaines de milliers d’Arabes israéliens devraient être transférés vers un futur état palestinien, un acte dont le but est de préserver le caractère juif de l’État d’Israël.

Ou son point de vue sans concession sur le fait que l’État palestinien devrait être démilitarisé.

En ce qui concerne les réfugiés, la prise de position de Livni est méprisante. Elle dit platement aux négociateurs palestiniens que l’État israélien n’aidera pas les réfugiés palestiens et qu’ils devraient au contraire espérer l’aide et la charité « de Bill Gates (fondateur de Microsoft) et ses semblables ».

Elle rejette tout droit au retour en déclarant à Ahmed Qurei,  premier ministre palestinien en juin 2008, « que nous (les Israéliens) ne tomberont pas d’accord sur 194 » – la résolution de l’Organisation des Nations Unis (ONU) qui tenta de préserver le droit au retour des Palestiniens expulsés en 1948.

Livni : Le principe derrière la création de l’État d’Israël était qu’il faut créer pour le peuple juif. Votre état sera la réponse pour tous les Palestiniens, réfugiés inclus. Mettre fin aux revendications (du droit au retour) signifie la réalisation de nos droits nationaux à tous.

De manière identique, Livni est inflexible en ce qui concerne les colonies et les préoccupations palestiniennes concernant leur intégrité territoriale. Les gouvernements israéliens et palestiniens se sont entendus lors des Accords d’Oslo de 1993 afin d’établir un passage sûr, un corridor, entre la bande de Gaza et la Cisjordanie. Mais lors d’une réunion, le 18 février 2008, Livni déclare que ce passage est une concession et prétend que le gouvernement israélien n’est pas responsable en ce qui concerne la viabilité d’un futur état palestinien.

Livni : La viabilité d’un état est une affaire interne.

Qurei : Je ne parle pas de viabilité économique mais d’un territoire sur lequel j’établirai mon état.

Livni : Les blocs de colonies n’auront aucun effet sur la viabilité de l’état.

Ensuite, il y ce froissement de sourcils occasionnel.

Questionnée par Qurei à propos de ce qu’elle désire des Jordaniens, Livni répond « un état palestinien », insistant ensuite rapidement sur le fait qu’elle ne pensait pas ce qu’elle disait. Elle explique à Saeb Erekat (chef des négociateurs de l’AP) une blague en hébreu. « Lorsque vous voulez maudir quelqu’un, vous lui dites “Va en enfer”. Mais nous, nous raccourcissons cela en disant “Va à Gaza” ».

Erekat offre ses services à Livni

Malgré tout, l’Autorité Palestinienne insiste pour traiter Kadima en tant qu’allié.

Les minutes de différentes rencontres de 2008 et 2009 montrent que Saeb Erekat planifier la manière dont il peut soutenir la popularité électorale de Kadima. En juillet 2008, Qurei rassure Livni par rapport au fait que l’AP ne veut pas l’affaiblir politiquement en insistant trop fort sur les frontières de 1967.

« Nous ne voulons pas affecter votre campagne, pour vous ou pour d’autres », déclare Qurei.

Une rencontre de décembre 2008 à Washington inclut ce qui semble être une longue discussion sur « la dynamique des partis israéliens ». Erekat, à un moment donné, propose même d’apparaître à certains évènements publics à côté de Livni afin de « prouver que nous avons quelque chose depuis Annapolis » et ainsi renforcer la position de son parti.

Au final, les efforts de l’AP ne servirent à rien. Kadima obtint le plus grand nombre de sièges aux élections parlementaires de février 2009, mais ne réussit pas à former une coalition. Et fut donc forcé à une cure d’opposition.

Quelques négociateurs palestiniens se rendirent alors à Washington où ils demandèrent à l’administration Obama de renforcer le parti de Livni. Mais lors de différentes rencontres d’Octobre 2009, Erekat craint déjà que les efforts de l’administration Obama pour relancer le « processus de paix » – alors que ces efforts s’avéraient déjà futiles – « ne plombent même la ligne de Sharon ; et n’assassinent Livni ».

« Pourquoi ne pas se débarrasser de Lieberman et inclure Livni ? » demande-t-il au Département d’État américain, le 20 octobre 2010. « Vous lui offrez la couronne du Moyen Orient ».

En juillet 2009, Maen Areikat, un officiel de l’OLP au département des négociations de Ramallah et aujourd’hui représentant de l’OLP aux États-Unis, briefe l’unité de négociation de l’AP pour une visite à Washington. Il exprime son espoir de voir l’administration Obama faire pression sur Netanyahu.

« Des pressions sur Netanyahu apporteront un changement au sein du gouvernement israélien, cela ne peut pas spécialement dire que Netanyahu s’en ira. Peut-être que Yisrael Beitanu s’en ira et que Kadima rejoindra la coalition », déclare-t-il optimiste.

Mais ce n’était et n’est toujours pas une vue partagé par tous au sein de l’Autorité Palestinienne. Hala Rashed, un autre membre de l’unité de négociation, déclarait en juin 2009 qu’il ne « voyait pas une grosse différence entre Kadima et Netanyahu ».

Ceci dit, les Palestine Papers suggèrent que la plupart des négociateurs palestiniens soutiennent fortement Livni et son parti Kadima. Et sans doute personne ne la soutient autant que Qurei, qui déclara à Livni en juin 2008 : « Je voterais pour vous ».

Gregg Carlstrom. Lundi 24 janvier 2010. AJE: Qurei to Livni: “I’d vote for you”

Traduction : NVC

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